Nouveaux rapports de puissance et enjeux mondiaux
Cours complet · histoire (terminale), chapitre 9 · terminale, histoire-géographie
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La disparition de l'URSS en décembre 1991 laisse les États-Unis seuls au sommet : certains annoncent un « nouvel ordre mondial » pacifié, voire la « fin de l'histoire » (Francis Fukuyama). La réalité est plus sombre et plus complexe. L'hyperpuissance américaine des années 1990 est contestée par la montée de nouvelles puissances — la Chine au premier chef — et par de nouvelles formes de conflictualité : guerres civiles et épurations ethniques (ex-Yougoslavie, Rwanda), terrorisme transnational frappant jusqu'au cœur de New York le 11 septembre 2001, conflits asymétriques d'Afghanistan et d'Irak. Face à ces défis, la communauté internationale tente d'organiser une gouvernance mondiale — justice pénale internationale, protection des réfugiés, négociations climatiques — dont les succès restent fragiles.
Problématique. Quels nouveaux rapports de puissance et quelles nouvelles formes de conflits structurent le monde depuis les années 1990, et la gouvernance mondiale peut-elle y répondre ?
9.1 De l'hyperpuissance américaine au monde multipolaire
9.1.1 Le « moment unipolaire » américain
Dans les années 1990, les États-Unis dominent dans tous les registres de la puissance : militaire (moitié des dépenses mondiales, réseau mondial de bases), économique (première économie, dollar, révolution numérique de la Silicon Valley), culturel et technologique (Hollywood, universités, Internet — né de réseaux américains et ouvert au public dans la décennie). La guerre du Golfe (1990-91) illustre ce leadership : après l'invasion du Koweït par l'Irak de Saddam Hussein (août 1990), une coalition de 35 pays conduite par Washington, mandatée par l'ONU, libère le Koweït en six semaines (opération « Tempête du désert », janvier-février 1991). Le président George H. W. Bush proclame un « nouvel ordre mondial » fondé sur le droit et la sécurité collective ; la France du président Mitterrand y participe. La diplomatie américaine arbitre alors les crises (accords de paix d'Oslo entre Israël et l'OLP signés à Washington en 1993, accords de Dayton sur la Bosnie en 1995) — on parle d'« hyperpuissance » (Hubert Védrine).
9.1.2 L'émergence d'un monde multipolaire
Ce moment unipolaire dure peu. De nouveaux pôles de puissance s'affirment :
- la Chine, dont la croissance à deux chiffres depuis les réformes de Deng en fait l'« atelier du monde » (entrée à l'OMC en 2001), puis la deuxième économie mondiale (vers 2010) et une puissance globale affichant ses ambitions (« nouvelles routes de la soie » lancées en 2013) ;
- la Russie de Vladimir Poutine (au pouvoir depuis 2000), qui restaure un État fort sur la rente des hydrocarbures et renoue avec une politique de puissance (guerre en Géorgie 2008, annexion de la Crimée 2014, intervention en Syrie 2015, invasion de l'Ukraine en février 2022) ;
- les puissances émergentes regroupées sous l'acronyme BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud — sommets à partir de 2009), qui revendiquent un ordre mondial moins occidental ; le G20, réuni au niveau des chefs d'État depuis la crise financière de 2008, acte ce rééquilibrage ;
- l'Union européenne, géant économique et normatif mais nain politique et militaire (chapitre 10).
La puissance est la capacité d'un acteur à imposer sa volonté aux autres — par la coercition (hard power militaire et économique), l'influence et l'attraction (soft power culturel et normatif, concept de Joseph Nye), ou leur combinaison (smart power). Un monde multipolaire est organisé autour de plusieurs pôles de puissance concurrents — configuration qui succède progressivement, depuis les années 2000, au monde bipolaire de la guerre froide et au « moment unipolaire » américain des années 1990.
Régime de ségrégation raciale institutionnalisée depuis 1948, l'apartheid (« développement séparé ») privait la majorité noire de tout droit politique (bantoustans, pass laws, interdiction des mariages mixtes). Contesté de l'intérieur (ANC, massacre de Sharpeville en 1960, soulèvement de Soweto en 1976, assassinat de Steve Biko en 1977) et sanctionné de l'extérieur (embargos, boycotts sportifs et culturels, désinvestissements dans les années 1980), le régime devient intenable avec la fin de la guerre froide, qui le prive de sa justification anticommuniste. Le président Frederik de Klerk légalise l'ANC et libère Nelson Mandela le 11 février 1990, après 27 ans de prison. Quatre années de négociations tendues (violences interethniques, assassinat de Chris Hani en
- aboutissent aux premières élections multiraciales des 26-29 avril 1994 : l'ANC l'emporte, Mandela devient président (1994-1999). Le prix Nobel de la paix 1993 (Mandela et de Klerk), la Coupe du monde de rugby 1995 et surtout la Commission Vérité et Réconciliation présidée par l'archevêque Desmond Tutu (1996-1998 : amnistie contre vérité) font de la transition sud-africaine un modèle mondial de sortie pacifique d'un régime d'oppression — même si les inégalités héritées persistent.
9.2 De nouvelles formes de conflits
9.2.1 Guerres civiles, épurations ethniques et génocides
La fin de la guerre froide libère des conflits internes que la logique des blocs contenait. En ex-Yougoslavie, l'éclatement de la fédération (1991) dégénère en guerres entre républiques et communautés : guerre de Croatie (1991-95), guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) — siège de Sarajevo (44 mois), « purification ethnique », camps, et massacre de Srebrenica (juillet 1995 : environ 8 000 hommes et adolescents bosniaques exécutés par les forces serbes de Bosnie, qualifié de génocide par la justice internationale) — jusqu'aux accords de Dayton (décembre 1995) ; puis guerre du Kosovo (1998-99, intervention aérienne de l'OTAN sans mandat de l'ONU contre la Serbie de Milošević). Au Rwanda, entre avril et juillet 1994, le génocide des Tutsis, planifié par le pouvoir extrémiste hutu après l'attentat contre l'avion présidentiel (6 avril), fait environ 800 000 morts en cent jours — tués pour l'essentiel à l'arme blanche, avec la participation de voisins encadrés par les milices Interahamwe et la « radio des Mille Collines » — dans l'indifférence ou l'impuissance de la communauté internationale (retrait de l'essentiel des casques bleus en pleine tuerie ; rôle de la France débattu, éclairé par le rapport Duclert de 2021).
9.2.2 Terrorisme et conflits asymétriques
Le matin du 11 septembre 2001, dix-neuf terroristes d'Al-Qaïda, l'organisation djihadiste d'Oussama Ben Laden née de la guerre d'Afghanistan, détournent quatre avions de ligne : deux détruisent les tours jumelles du World Trade Center à New York, un frappe le Pentagone, le quatrième s'écrase en Pennsylvanie après la révolte des passagers. Bilan : près de 3 000 morts de plus de 90 nationalités — l'attentat le plus meurtrier de l'histoire, vécu en direct par des centaines de millions de téléspectateurs. Les États-Unis, frappés pour la première fois sur leur sol continental, invoquent la légitime défense (l'OTAN active l'article 5 pour la première fois) et lancent la « guerre contre le terrorisme » : intervention en Afghanistan (octobre 2001, chute des talibans qui abritaient Ben Laden — mais guerre de vingt ans achevée par leur retour à Kaboul en août 2021), législations d'exception (Patriot Act), prison de Guantanamo, puis invasion de l'Irak (mars 2003) décidée sans mandat de l'ONU sur la foi d'armes de destruction massive introuvables — contre l'opposition de la France (discours de Dominique de Villepin au Conseil de sécurité, 14 février 2003). Le 11 septembre a durablement transformé les relations internationales : primat de la sécurité, fragilisation du multilatéralisme, déstabilisation du Moyen-Orient dont naîtra notamment Daech (proclamation du « califat » en 2014, attentats de Paris le 13 novembre 2015). Ben Laden est tué par un commando américain au Pakistan en mai 2011.
Conflit opposant des acteurs aux moyens et aux modes d'action radicalement inégaux : une armée régulière d'État face à des acteurs non étatiques (guérillas, groupes terroristes, insurgés) privilégiant harcèlement, attentats, guerre au sein des populations et communication. Les guerres d'Afghanistan (2001-2021) et d'Irak (2003-2011), comme les opérations antiterroristes au Sahel (Serval en 2013, puis Barkhane), montrent la difficulté des puissances conventionnelles à transformer leurs victoires militaires initiales en paix politique durable.
9.3 L'effort de gouvernance mondiale
9.3.1 Justice internationale et protection des personnes
Les crimes des années 1990 relancent la justice pénale internationale esquissée à Nuremberg : tribunaux pénaux internationaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie (TPIY, 1993 — Milošević, premier ancien chef d'État jugé, mort en détention en 2006 ; Karadžić et Mladić condamnés à la perpétuité) et pour le Rwanda (TPIR, 1994 — première condamnation pour génocide d'un ancien chef de gouvernement, Jean Kambanda) ; puis, par le statut de Rome (1998), création de la Cour pénale internationale (CPI, installée à La Haye en 2002), compétente pour génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crime d'agression — mais dépourvue de police, et non reconnue par les États-Unis, la Chine ou la Russie. La protection des réfugiés, organisée par le HCR (créé en 1950) et la convention de Genève de 1951, est mise à l'épreuve par l'explosion des déplacements forcés (des Balkans aux Grands Lacs, de la Syrie — plus de 6 millions de réfugiés après 2011 — à l'Ukraine) : plus de 100 millions de personnes déracinées dans le monde au début des années 2020. Le « droit d'ingérence » humanitaire théorisé dans les années 1980 (Bernard Kouchner, Mario Bettati) débouche en 2005 sur le principe onusien de « responsabilité de protéger », d'application controversée (Libye, 2011).
9.3.2 Gouverner les biens communs : l'environnement
La question environnementale devient un enjeu de gouvernance mondiale : après le succès du protocole de Montréal sur la couche d'ozone (1987), le Sommet de la Terre de Rio (1992) adopte la convention-cadre sur le climat ; le protocole de Kyoto (1997) fixe aux pays industrialisés des objectifs contraignants de réduction des gaz à effet de serre — sans les États-Unis ; l'accord de Paris (COP21, 12 décembre 2015), signé par la quasi-totalité des États, vise à contenir le réchauffement « bien en dessous de 2 oC » par des engagements nationaux volontaires. Le GIEC (créé en 1988) fournit la base scientifique. Mais la gouvernance climatique illustre les limites de la coopération : absence de sanctions, retraits (les États-Unis de Donald Trump quittent l'accord de Paris en 2017-2020, avant d'y revenir puis d'en sortir à nouveau), écart persistant entre engagements et trajectoires d'émissions.
1991 : guerre du Golfe ; fin de l'URSS. 1992-95 : guerre de Bosnie (Srebrenica, juillet 1995). 1993-94 : TPIY et TPIR. Avril-juillet 1994 : génocide des Tutsis au Rwanda ; élections multiraciales en Afrique du Sud. 1998 : statut de Rome (CPI). 11 septembre 2001 : attentats d'Al-Qaïda ; intervention en Afghanistan. 2003 : invasion de l'Irak. 2008 : crise financière mondiale ; premier G20 des chefs d'État. 2015 : attentats de Paris ; accord de Paris sur le climat (12 décembre). 2022 : invasion russe de l'Ukraine.
9.3.3 Frise récapitulative
Méthode : Analyser un sujet sur les « nouvelles conflictualités »
- Définir « nouveau » : montrer ce qui change par rapport à la guerre froide (acteurs non étatiques, guerres intra-étatiques, terrorisme transnational, cyberattaques) sans céder à l'illusion de la nouveauté radicale (les guerres civiles et le terrorisme préexistent).
- Typologie : classer les conflits étudiés — guerre interétatique classique (Golfe 1991, Ukraine 2022), guerre civile avec épuration ethnique (Bosnie), génocide (Rwanda), conflit asymétrique (Afghanistan), terrorisme global (11 septembre).
- Interroger les réponses : pour chaque type, examiner les outils de la gouvernance (ONU, justice pénale, OTAN, coalitions) et leurs limites (veto, absence de police internationale, unilatéralisme) — c'est généralement l'axe attendu de la problématique.
9.4 Bilan
Depuis 1991, le monde est passé de l'hyperpuissance américaine à une multipolarité conflictuelle : la Chine s'est hissée au rang de rivale systémique, la Russie est revenue à la politique de puissance, les émergents réclament leur place. Les conflits ont changé de visage — guerres civiles et génocides des années 1990, terrorisme global du 11 septembre, guerres asymétriques sans victoire — et la guerre interétatique majeure a fait retour en Europe avec l'invasion de l'Ukraine. Face à ces défis, la gouvernance mondiale a progressé (justice pénale internationale, accord de Paris) mais demeure tributaire du bon vouloir des puissances : l'ordre international reste un chantier, non un acquis.
Propriété : L'essentiel du chapitre
- Années 1990 : « hyperpuissance » américaine (guerre du Golfe 1991) ; puis montée de la Chine, retour de la Russie, BRICS et G20 : un monde multipolaire.
- Fin de l'apartheid : libération de Mandela (1990), élections multiraciales (1994), Commission Vérité et Réconciliation — modèle de transition pacifique.
- Nouvelles conflictualités : guerres d'ex-Yougoslavie (Srebrenica, 1995), génocide des Tutsis au Rwanda (1994, 800 000 morts), terrorisme global (11 septembre 2001, 3 000 morts), conflits asymétriques (Afghanistan 2001-2021, Irak 2003).
- Gouvernance mondiale : TPIY, TPIR, CPI (statut de Rome,
- ; HCR et protection des réfugiés (plus de 100 millions de déracinés) ; climat — Rio (1992), Kyoto (1997), accord de Paris (2015).
- Limites : veto, unilatéralisme (Irak 2003), retraits des accords, retour de la guerre interétatique (Ukraine, 2022).