Identità e scambi
Cours complet · italien (première), chapitre 8 · première, langue vivante
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8.1 Introduzione
Premier axe culturel du cycle terminal, « Identités et échanges » interroge ce qui fait une identité quand les hommes circulent. L'Italie est un cas d'école unique : c'est à la fois l'un des plus grands pays d'émigration de l'histoire moderne — environ 26 millions de départs entre 1876 et 1976, dont des millions vers les États-Unis — et un pays traversé par une fracture interne, entre un Nord industrialisé et un Sud longtemps marginalisé, que résume l'opposition moqueuse entre Terroni et Polentoni. Deux problématiques officielles du programme guident donc ce chapitre : l'immigration italienne aux États-Unis, et la question — provocatrice à dessein — Nord e Sud: l'opposizione tra Terroni e Polentoni esiste davvero?
8.2 L'emigrazione italiana negli Stati Uniti
8.2.1 I flussi migratori (1880-1920)
Repère : La grande emigrazione
Entre la fin de l'Ottocento et 1924 (année où les lois de quotas américaines ferment presque la porte), environ 4 à 4,5 millions d'Italiens émigrent aux États-Unis. La grande majorité part du Mezzogiorno : Sicile, Campanie, Calabre, Basilicate, Abruzzes — des régions rurales frappées par la misère, la pression démographique et les crises agricoles. On part de Naples ou de Palerme, entassés dans l'entrepont (la terza classe) pour une traversée de deux semaines. Beaucoup sont des birds of passage : des hommes seuls qui comptent revenir au pays une fois fortune faite — un tiers environ rentreront effectivement.
8.2.2 Ellis Island e l'arrivo
Repère : Ellis Island, la porta d'America
Ouverte le 1er janvier 1892 dans la baie de New York, fermée le 12 novembre 1954, Ellis Island a vu passer quelque douze millions de migrants, dont les Italiens formaient l'un des plus gros contingents. À l'arrivée : visite médicale expéditive (une croix à la craie sur l'épaule pouvait signifier le refoulement), vérification d'identité, questions sur l'argent et le travail. Les noms étaient parfois estropiés par les officiers d'immigration — première blessure identitaire. Aujourd'hui musée de l'immigration, Ellis Island est le lieu de mémoire par excellence de l'italoamericanità.
8.2.3 Little Italy
Repère : Le Little Italy
Installés par chaînes familiales et villageoises, les Italiens recréent leurs quartiers : Mulberry Street à Manhattan, Brooklyn et le Bronx, le North End de Boston, South Philadelphia, Chicago. On y parle dialecte, on y trouve la salumeria, la paroisse, la société de secours mutuel du village d'origine. Les fêtes patronales transplantées rythment l'année : la festa di San Gennaro à Manhattan (depuis 1926), la Festa dei Gigli à Brooklyn. Ces quartiers, d'abord ghettos pauvres et stigmatisés, sont devenus des hauts lieux touristiques — au point que la Little Italy de Manhattan, rétrécie autour de Mulberry Street, est aujourd'hui plus une vitrine mémorielle qu'un quartier vécu.
8.2.4 Figure italoamericane
Repère : Dall'emarginazione al successo
L'ascension italo-américaine se lit dans ses figures : Fiorello La Guardia, maire réformateur de New York de 1934 à 1945 (l'aéroport porte son nom) ; Frank Sinatra, fils d'émigrés ligures et siciliens devenu la voix de l'Amérique ; en politique, Rudolph Giuliani et Nancy Pelosi, première femme Speaker de la Chambre des représentants ; au cinéma, Robert De Niro, Al Pacino, Francis Ford Coppola et Martin Scorsese, qui ont fait de l'expérience italo-américaine une matière artistique universelle. Trajectoire collective : des caricatures anti-italiennes du début du siècle à la fierté ethnique revendiquée (Italian pride, Columbus Day et ses débats actuels).
8.2.5 Testi e film
Repère : Raccontare l'emigrazione
Trois œuvres jalons : Il padrino — le roman de Mario Puzo (1969) et le film de Coppola (1972) — qui a fixé, pour le meilleur et pour le pire, l'imaginaire mondial de la famille italo-américaine ; Christ in Concrete de Pietro Di Donato (1939), récit prolétarien d'un maçon italien mort sur un chantier new-yorkais ; Vita de Melania G. Mazzucco (2003, Premio Strega), qui reconstitue l'arrivée à Ellis Island de deux enfants du Latium en 1903 — l'émigration vue d'Italie, un siècle après.
8.3 Nord e Sud in Italia
8.3.1 La questione meridionale
Repère : La questione meridionale
L'expression naît après l'unification de 1861 : le nouveau royaume découvre l'abîme entre un Nord en voie d'industrialisation et un Sud rural, analphabète, écrasé d'impôts, que le brigandage et l'émigration saignent. Économistes et intellectuels (meridionalisti) en débattent pendant des décennies ; Antonio Gramsci en donne l'analyse la plus célèbre dans La questione meridionale (écrit en 1926) : le Sud maintenu en position subalterne par l'alliance entre industriels du Nord et grands propriétaires du Sud. Plus d'un siècle et demi après l'unité, l'écart de PIB par habitant entre Nord et Sud reste l'un des plus forts d'Europe occidentale.
8.3.2 Terroni vs Polentoni
Deux injures symétriques résument le préjugé réciproque : terrone (de terra), lancé au Nord contre les Méridionaux — le paysan attaché à la glèbe, « arriéré » ; polentone, rétorqué au Sud contre les gens du Nord — le mangeur de polenta, froid et avare. Nées avec les migrations internes du XXe siècle (pancartes « Non si affitta ai meridionali » dans le Turin des années 1960), ces étiquettes survivent aujourd'hui surtout sur le mode de l'autodérision — le best-seller Terroni de Pino Aprile (2010) a retourné le stigmate en fierté — mais les stéréotypes économiques et politiques qu'elles véhiculent, eux, n'ont pas disparu. La question du programme — cette opposition existe-t-elle vraiment ? — invite à démêler préjugé hérité et fracture socio-économique réelle.
8.3.3 Il piano Marshall e il miracolo economico (1958-1963)
Repère : Il miracolo economico
Aidée par le plan Marshall (1948-1952), l'Italie connaît entre 1958 et 1963 son miracolo economico : croissance record, triangle industriel Milan-Turin-Gênes, la Fiat 500 (1957) et la Vespa comme symboles d'un pays qui accède à la consommation. Revers du miracle : il est géographiquement inégal. Des millions de Méridionaux montent vers les usines du Nord — la plus grande migration interne de l'histoire italienne, racontée par le cinéma (Rocco e i suoi fratelli de Visconti, 1960). Le Sud, malgré la Cassa per il Mezzogiorno (1950-1984), reste dépendant : le miracle a soudé l'économie nationale mais approfondi le sentiment de deux Italies.
8.3.4 Il caso della Lega Nord
Repère : Dalla Lega Nord alla Lega nazionale
La fracture Nord/Sud a eu sa traduction politique : la Lega Lombarda fondée en 1984 par Umberto Bossi, devenue Lega Nord en 1991, prospère sur le rejet de « Roma ladrona » et du Sud « assisté », allant jusqu'à rêver d'une sécession de la « Padania ». Paradoxe instructif : sous Matteo Salvini (secrétaire depuis 2013), le parti abandonne le « Nord » de son nom (Lega, 2018) et part à la conquête… du Sud, en déplaçant la rhétorique identitaire de l'anti-méridional vers l'anti-immigration. Preuve que les frontières identitaires sont des constructions mobiles — exactement l'objet de cet axe.
8.4 Testi e risorse
Repère : Per approfondire
Carlo Levi, Cristo si è fermato a Eboli (1945) : le confinement du peintre-médecin antifasciste en Lucanie révèle à l'Italie un Sud oublié de l'État et de l'histoire — le titre dit tout : même le Christ se serait arrêté avant. Roberto Saviano, Gomorra (2006) : enquête-récit sur la Camorra napolitaine et son économie mondialisée, qui vaut à son auteur une vie sous escorte ; le film (Garrone, 2008) et la série ont porté le regard sur le Sud contemporain bien au-delà de l'Italie. Ressources complémentaires : le musée virtuel d'Ellis Island (base de données des débarquements, pour retrouver des noms réels), les statistiques SVIMEZ sur l'économie du Mezzogiorno, et le film Nuovomondo (Crialese, 2006) sur la traversée vers l'Amérique.
8.5 Progetto finale
Méthode : Progetto : una storia di emigrazione
Par groupes, construisez le dossier d'un émigrant fictif (mais réaliste) parti de Sicile en 1902 :
- Recherche : région de départ, causes du départ, conditions de traversée, arrivée à Ellis Island (utilisez la base de données du musée pour un nom et un navire plausibles).
- Production écrite : sa première lettre au village, en italien simple (150 mots) — réinvestis le passato prossimo, l'imperfetto et le lexique du chapitre.
- Production orale : au choix, l'interrogatoire d'Ellis Island joué à deux (officier/migrant), ou la présentation du parcours en 5 minutes avec carte (méthode du chapitre 7).
- Débat final : « Terroni e Polentoni: l'opposizione esiste davvero? » — deux équipes, séquence concession-réfutation, en mobilisant les faits du chapitre (questione meridionale, miracolo, Lega) et non les clichés.