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Finzioni e realtà

Cours complet · italien (terminale), chapitre 8 · terminale, langue vivante

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8.1 Introduzione

L'axe 5 du programme interroge les rapports entre la fiction et le réel : la fiction est-elle une évasion hors du monde ou un instrument pour le comprendre — voire le changer ? Peu de cultures permettent de poser la question avec autant de force que l'italienne : elle a produit la fiction totale qui juge le monde réel (Dante), la marionnette qui raconte la misère d'un pays neuf (Pinocchio), des masques qui disent la vérité sociale (la commedia dell'arte), un cinéma qui filme le réel avec les moyens de la fiction (le néoréalisme) et un livre-enquête que la réalité criminelle a tenté de faire taire (Gomorra).

Important

Lexique de l'axe : la finzione, la realtà, il verosimile (le vraisemblable), la fiaba (le conte), la favola (la fable), il burattino (la marionnette à gaine), la maschera, il canovaccio (le canevas), l'inchiesta (l'enquête), la trama (l'intrigue), lo pseudonimo, il romanzo d'esordio (le premier roman), trasfigurare, rispecchiare (refléter), la sospensione dell'incredulità.

8.2 Dante e la Commedia

Repère : L'œuvre

Dante Alighieri (Florence 1265 – Ravenne 1321) compose la Commedia — dite Divina depuis l'édition de 1555 — entre 1308 et 1321 environ, pendant son exil : banni de Florence en 1302 pour des raisons politiques, il n'y reviendra jamais. Le poème (14 233 vers en terzine) raconte un voyage fictif dans l'au-delà — Inferno, Purgatorio, Paradiso — guidé par Virgile puis par Béatrice.

Exemple 8.1Une fiction peuplée de réel

Le paradoxe fondateur de la Commedia — et de l'axe : le voyage est imaginaire, mais l'au-delà de Dante est rempli de personnages réels et récents — papes (Boniface VIII, damné par anticipation), hommes politiques florentins, figures de l'actualité comme Ugolino della Gherardesca (mort en 1289) ou les amants Paolo et Francesca (assassinés vers 1285). La fiction devient tribunal du réel : Dante distribue châtiments et béatitudes à ses contemporains. En inventant un monde, il juge le sien — et fixe au passage la langue italienne : le toscan de la Commedia est la base de l'italien moderne (cf. Première, chap. 7).

Repère : Dante aujourd'hui

En 2021, l'Italie a célébré les 700 ans de la mort de Dante (« Dantedì » : le 25 mars, jour supposé du début du voyage, est depuis 2020 journée nationale dantesque). Benigni lit Dante à la télévision en prime time, les rappeurs le citent, et des expressions dantesques restent proverbiales : «Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate», il bel paese, stare fresco. Preuve que la fiction de 1300 structure encore l'imaginaire réel du pays.

8.3 Pinocchio, favola e realtà sociale

Repère : Collodi et son burattino

Le avventure di Pinocchio de Carlo Collodi (pseudonyme de Carlo Lorenzini, 1826--1890) paraît en feuilleton à partir de 1881 puis en volume en 1883. Sous la fable merveilleuse (une marionnette qui parle, une fée, un nez qui grandit à chaque mensonge), le livre documente l'Italie pauvre post-unitaire : la faim (Geppetto vend sa veste pour un abécédaire), le travail des enfants, l'école désertée, la justice absurde (Pinocchio emprisonné parce que victime), l'émigration rêvée vers le Paese dei Balocchi qui transforme les enfants en ânes — allégorie transparente de l'exploitation.

Exemple 8.2Un mythe réécrit sans fin

Traduit en plus de 200 langues, Pinocchio est l'un des textes italiens les plus adaptés : dessin animé Disney (1940, édulcoré), film de Roberto Benigni (2002), version de Matteo Garrone (2019, fidèle à la noirceur de Collodi), film d'animation de Guillermo del Toro (2022, Oscar du meilleur film d'animation, transposé dans l'Italie fasciste). Chaque époque projette son réel sur la fiction : c'est le signe des mythes. Dans la langue courante, essere un Pinocchio = mentir ; le nez qui s'allonge est devenu le symbole universel — jusqu'aux « Pinocchio » attribués par les fact-checkers aux hommes politiques.

8.4 La commedia dell'arte e le sue maschere

Repère : Un théâtre professionnel de l'improvisation

Née au XVIe siècle, la commedia dell'arte (« dell'arte » = des professionnels du métier) repose sur des masques fixes et l'improvisation à partir d'un canovaccio (canevas d'intrigue affiché en coulisses) : Arlecchino, serviteur bergamasque affamé et rusé au costume de losanges ; Pulcinella, napolitain en blanc, voix nasillarde, esprit de survie ; Pantalone, marchand vénitien avare ; il Dottore, pédant bolonais ; Colombina, servante futée. Les troupes italiennes tournent dans toute l'Europe et marquent Molière (la troupe des Comédiens-Italiens joue à Paris).

Exemple 8.3Le masque qui dit vrai

Le paradoxe du masque : en cachant le visage, il révèle la société. Chaque masque incarne un type social réel — le valet affamé, le maître avare, le savant creux — et une ville réelle (Bergame, Naples, Venise, Bologne) avec son dialecte. La fiction codifiée permet la satire que le réel interdirait : sous le masque, on peut moquer les puissants. Carlo Goldoni (1707--1793) réforme ce théâtre au milieu du XVIIIe siècle : textes entièrement écrits, personnages individualisés — Il servitore di due padroni (1745, avec Arlecchino) puis La locandiera (1753, Mirandolina, sans masques) font passer la scène du type à la personne, de la fiction codée au réalisme bourgeois.

Repère : Postérité

La tradition irrigue le théâtre moderne : Dario Fo (Nobel de littérature 1997, « digne des giullari médiévaux » selon l'Académie suédoise) reprend l'improvisation satirique et le grammelot — langue inventée qui a l'air vraie — dans Mistero buffo (1969) ; son Morte accidentale di un anarchico (1970) transforme un fait divers réel (la mort du cheminot anarchiste Pinelli en 1969) en farce tragique : la fiction comme contre-enquête.

8.5 Calvino, il fantastico che dice il vero

Repère : Italo Calvino (1923–1985)

Partisan puis conteur, Calvino traverse tous les régimes de fiction. Il barone rampante (1957, deuxième volet de la trilogie I nostri antenati) : en 1767, le jeune baron Cosimo Piovasco di Rondò monte dans un arbre et n'en redescend plus jamais — fable philosophique sur la distance nécessaire à qui veut voir (et changer) le monde : «chi vuole guardare bene la terra deve tenersi alla distanza necessaria». Le città invisibili (1972) : Marco Polo décrit à Kublai Khan cinquante-cinq villes imaginaires — qui parlent toutes, en creux, de nos villes réelles.

Exemple 8.4La leçon de la légèreté

Dans les Lezioni americane (posthumes, 1988), Calvino défend la leggerezza : non pas fuir le réel, mais le regarder autrement — comme Persée qui ne peut vaincre la Méduse qu'en la regardant dans le miroir de son bouclier. Formule clef pour l'axe : la fiction est ce miroir ; le détour de l'imaginaire n'est pas une évasion mais une méthode d'observation. À citer dans un saggio : «prendere la vita con leggerezza, che leggerezza non è superficialità, ma planare sulle cose dall'alto».

8.6 Dal neorealismo a Gomorra

Repère : Le néoréalisme, la fiction au plus près du réel

Au sortir de la guerre, le cinéma italien invente une fiction tournée dans le réel (cf. Première, chap. 9) : décors naturels des villes détruites, acteurs non professionnels, langue parlée. Jalons : Roma città aperta (Rossellini, 1945, tourné dans Rome à peine libérée), Ladri di biciclette (De Sica, 1948, Oscar d'honneur), La terra trema (Visconti, 1948, pêcheurs siciliens jouant leur propre rôle en dialecte). Le manifeste esthétique tient en une idée : la fiction minimale (une intrigue simple : un vélo volé) révèle la réalité maximale (le chômage, la dignité, l'après-guerre).

Repère : Elena Ferrante : le réel sous pseudonyme

La tétralogie L'amica geniale (2011--2014, dont la série télévisée est diffusée depuis 2018) raconte soixante ans d'amitié entre Lila et Elena, du rione pauvre de Naples aux années 2000 : violence du quartier, émancipation par l'école, dialecte contre italien. Paradoxe d'axe parfait : ce portrait ultra-réaliste de l'Italie est signé d'un pseudonyme — l'identité d'Elena Ferrante reste officiellement inconnue, l'autrice affirmant que «i libri, una volta scritti, non hanno alcun bisogno dei loro autori». Le masque (cf. la commedia dell'arte) protège ici la vérité de l'œuvre.

Repère : Gomorra : quand la réalité attaque la fiction

Gomorra de Roberto Saviano (2006) est un objet hybride — enquête documentée sur la camorra napolitaine racontée avec les moyens du roman (« romanzo non-fiction »). Immense succès (des millions d'exemplaires, film de Garrone Grand Prix à Cannes en 2008, série 2014--2021), et conséquence réelle sans équivalent : menacé de mort par les clans, Saviano vit sous escorte policière depuis octobre 2006. La question de l'axe s'y inverse : ce n'est plus la fiction qui imite le réel, c'est le réel (criminel) qui veut supprimer l'auteur de la fiction — preuve par la violence que les livres agissent sur le monde.

8.7 Testi e voci

Exemple 8.5L'incipit de l'Inferno

«Nel mezzo del cammin di nostra vita / mi ritrovai per una selva oscura, / ché la diritta via era smarrita.» Pistes : le « je » fictif qui est aussi Dante réel (35 ans en 1300, milieu de la vie biblique) ; la selva oscura, allégorie du péché mais aussi de la crise politique réelle de l'Italie ; le passé simple mi ritrovai — la fiction se donne les marques du témoignage vécu.

Exemple 8.6Collodi, la leçon du mensonge

«Le bugie, ragazzo mio, si riconoscono subito! Perché ve ne sono di due specie: vi sono le bugie che hanno le gambe corte, e le bugie che hanno il naso lungo.» (la Fée à Pinocchio). Pistes : la fable explicite sa morale sociale ; le proverbe réel (le bugie hanno le gambe corte) intégré à la fiction ; comparer avec le fact-checking contemporain — la fiction de 1883 fournit le vocabulaire du débat public de 2020.

Exemple 8.7Saviano, l'écriture exposée

«Maledetti bastardi, sono ancora vivo!» — cri final du livre, et phrase devenue emblème de son auteur sous escorte. Pistes : le « je » d'enquête opposé au « je » romanesque ; qu'est-ce qui fait la force d'un texte — les faits, ou la manière de les raconter ? ; rapprocher de Fo (la farce comme contre-enquête) et du néoréalisme (l'art comme document).

8.8 Progetto finale

Méthode : Progetto: «Processo alla finzione»

Débat final en italien : «La finzione dice il vero meglio del documento?»

  • Corpus : chaque groupe choisit un « couple » fiction/réel du chapitre (Dante/Florence, Pinocchio/Italie post-unitaire, néoréalisme/après-guerre, Gomorra/camorra).
  • Dossier : deux citations datées, une reformulation en italien courant (médiation, cf. chap. 6), un jugement argumenté.
  • Exposé : 3 minutes par groupe, prosodie soignée (groupes de souffle, citation lue, cf. chap. 4).
  • Débat : la classe vote la fiction « qui dit le mieux le réel » — chaque vote doit être motivé par un connecteur de haut niveau (cf. chap. 3).
  • Écrit : compte rendu individuel (200 mots) au discours rapporté passé (cf. chap. 1 : il gruppo ha sostenuto che…).

8.9 Esercizi

Exercice

Compléter avec le lexique de l'axe : canovaccio, inchiesta, burattino, pseudonimo, verosimile, maschere.

  • Gli attori della commedia dell'arte improvvisavano a partire da un     .
  • Arlecchino e Pulcinella sono le      più celebri del teatro italiano.
  • Pinocchio non è un bambino ma un      di legno.
  • «Gomorra» unisce il romanzo e l'     giornalistica.
  • Elena Ferrante è uno     : l'identità dell'autrice resta segreta.
  • Una storia inventata ma credibile si dice     .
Solution
  • un canovaccio
  • le maschere
  • un burattino
  • l'inchiesta
  • uno pseudonimo
  • verosimile

Exercice

Associer chaque œuvre à sa date et à son « pacte » avec le réel : (a) la Commedia ; (b) Le avventure di Pinocchio ; (c) La locandiera ; (d) Ladri di biciclette ; (e) Il barone rampante ; (f) Gomorra.

Solution

(a) 1308--1321 — fiction totale (voyage dans l'au-delà) peuplée de personnages réels : la fiction juge le réel. (b) 1883 — fable merveilleuse qui documente l'Italie pauvre post-unitaire. (c) 1753 — comédie réformée de Goldoni : du masque codé au réalisme des caractères. (d) 1948 — néoréalisme de De Sica : intrigue fictive minimale tournée dans le réel. (e) 1957 — fable philosophique de Calvino : la distance fantastique comme méthode pour voir le monde. (f) 2006 — « romanzo non-fiction » de Saviano : l'enquête réelle écrite comme un roman, au prix de la liberté de l'auteur.

Exercice

Expliquer le paradoxe de la formule de Calvino : «planare sulle cose dall'alto» n'est pas «superficialità». En quoi éclaire-t-elle le Barone rampante et, plus largement, l'axe « fictions et réalités » ?

Solution

Calvino renverse l'accusation classique contre la fiction (fuir le réel, survoler les choses) : planer n'est pas glisser à la surface, c'est prendre la hauteur qui rend la vue possible. Cosimo, dans le Barone rampante, l'incarne littéralement : monté dans les arbres, il ne quitte jamais son monde — il le voit mieux, y participe (il lit, aime, combat les incendies, dialogue avec Napoléon) et le juge avec une liberté que le sol interdit. La leggerezza est donc une méthode de connaissance : comme le bouclier-miroir de Persée, la fiction permet de regarder ce qui, affronté de face, pétrifie. Appliqué à l'axe : le détour par l'imaginaire (l'au-delà de Dante, la marionnette de Collodi, les villes invisibles) n'éloigne pas du réel — il en est parfois le seul accès précis.

Exercice

Analisi in italiano (80--100 parole). Perché la sorte di Roberto Saviano dimostra, paradossalmente, il potere della letteratura sulla realtà? Contrainte : employer une concession (sebbene ou è vero che… tuttavia) et un condizionale di dissociazione (cf. chap. 2).

Solution

Exemple de réponse : Sebbene «Gomorra» sia «soltanto» un libro, i clan della camorra hanno reagito come davanti a una minaccia concreta: dal 2006 Saviano vive sotto scorta. È vero che, secondo alcuni critici, l'autore avrebbe romanzato troppo i fatti; tuttavia proprio la reazione violenta dei clan dimostra il contrario di ogni scetticismo: se la letteratura non toccasse la realtà, nessuno cercherebbe di zittirla. Il paradosso è totale: volendo negare il potere di un libro, la camorra ne ha offerto la prova più clamorosa. La finzione, qui, non rispecchia il reale: lo colpisce.

Exercice

Mediazione. Rendre compte en français (5--7 lignes), pour un lecteur non italianiste, de ce chapeau : «Dantedì, l'Italia celebra il suo poeta: letture in piazza e nelle scuole per i versi che, settecento anni dopo, parlerebbero ancora al presente. Da "lasciate ogne speranza" ai politici che si danno del "traditore" degno della Caina, la Commedia resta un serbatoio di parole per la vita pubblica.» Expliquer les implicites (Dantedì, Caina).

Solution

Proposition : « À l'occasion du "Dantedì" — la journée nationale consacrée à Dante, célébrée chaque 25 mars, date supposée du début du voyage de la Divine Comédie — l'Italie organise des lectures publiques sur les places et dans les écoles. Selon l'article, les vers du poète, mort il y a sept cents ans, parleraient encore au présent (le conditionnel marque l'opinion rapportée). Deux exemples d'implicites : "lasciate ogne speranza" ("abandonnez toute espérance"), inscription de la porte de l'Enfer devenue proverbiale ; et la "Caina", zone de l'Enfer réservée aux traîtres — que les hommes politiques italiens s'envoient encore comme insulte. Preuve que cette fiction de 1300 fournit toujours le vocabulaire du débat public italien. »

Exercice

Expression écrite. Saggio (environ 300 mots) : «La finzione è una fuga dalla realtà o uno strumento per capirla?» Contraintes : trois œuvres du chapitre (époques différentes), une citation intégrée courte, concession-réfutation, trois congiuntivi.

Solution

Plan rédigé possible :

Introduction — Accroche : de Dante à Saviano, l'Italie n'a jamais séparé imagination et vérité. Problématique reprise + annonce.

Primo argomento — la finzione come conoscenza : la Commedia invente un au-delà pour juger les vivants réels (Boniface VIII damné d'avance) ; Calvino théorise ce détour : la légèreté n'est pas superficialité mais «planare sulle cose dall'alto». Benché il viaggio dantesco sia immaginario, i dannati sono uomini veri.

Secondo argomento — la finzione come documento sociale : Pinocchio (1883) dit la faim et le travail des enfants de l'Italie unifiée mieux qu'une statistique ; le néoréalisme (Ladri di biciclette, 1948) filme l'après-guerre avec une intrigue minimale — come se la macchina da presa fosse un testimone.

Concessione-refutazione : È vero che la finzione possa anche anestetizzare — il Paese dei Balocchi esiste, e si chiama intrattenimento di massa. Tuttavia il caso Saviano rovescia l'obiezione: se i libri fossero soltanto un'evasione, nessun clan minaccerebbe un romanziere.

Conclusione — La fiction n'est pas le contraire du réel mais son laboratoire : elle permet de le voir (Calvino), de le documenter (Collodi, De Sica), de l'affronter (Dante, Saviano). Ouverture : les séries contemporaines (L'amica geniale, Gomorra) poursuivent cette fonction à l'échelle mondiale.

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