Calcul matriciel et systèmes linéaires
Cours complet · mathématiques appliquées (ECG 1re année), chapitre 2 · prépa ECG, 1re année
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Ce chapitre poursuit deux buts que le programme énonce ensemble : maîtriser la résolution des systèmes linéaires, et disposer du calcul matriciel comme langage pour les écrire. Le second n'est pas une abstraction gratuite — c'est lui qui permettra, au second semestre, de faire évoluer une population entre plusieurs états, et de calculer des probabilités par simple produit de tableaux. Tout développement théorique est hors programme : on calcule, on interprète, on ne construit pas de théorie.
2.1 Systèmes linéaires
Un système linéaire de équations à inconnues est un système de la forme
où les et les sont des réels donnés. Il est dit homogène lorsque tous les sont nuls, et de Cramer lorsqu'il a autant d'équations que d'inconnues et admet une unique solution.
Résoudre un système, c'est le remplacer par un système équivalent plus simple, au moyen des trois opérations suivantes sur les lignes :
Chacune est réversible : le système obtenu a exactement les mêmes solutions.
On choisit une équation où l'inconnue figure — son coefficient est le pivot — et on s'en sert pour éliminer de toutes les autres. On recommence avec sur les équations restantes, et ainsi de suite. Le système devient échelonné, et se résout de bas en haut.
Pour , donne , donc puis : une solution. Pour , donne : aucune solution. Pour , la même opération donne : la seconde équation n'apprenait rien, et l'ensemble des solutions est , une infinité.
Ces trois destins ne sont pas des accidents de calcul : ils se lisent géométriquement. Chaque équation à deux inconnues est une droite du plan, et résoudre le système, c'est chercher les points communs à ces droites.
Un système linéaire réel a zéro, une ou une infinité de solutions — jamais deux, jamais dix-sept. La méthode du pivot le fait apparaître : une ligne « » avec tue le système ; une ligne « » libère une inconnue.
Soit un système linéaire homogène à inconnues, et l'ensemble de ses solutions, vu comme partie de . Alors :
- : un système homogène a toujours au moins la solution nulle ;
- si et appartiennent à , alors aussi ;
- si et , alors .
Démonstration
Chaque équation s'écrit . Le membre de gauche vaut pour . S'il vaut pour et pour , il vaut pour et pour : les trois propriétés viennent de ce que chaque équation est linéaire en les inconnues.
Ces trois propriétés — contenir , être stable par somme et par multiplication par un réel — sont exactement la définition d'un sous-espace vectoriel de , que l'on rencontrera au second semestre. L'ensemble des solutions d'un système homogène en sera le premier exemple, et de loin le plus utile.
2.2 Matrices
2.2.1 Définitions
Une matrice réelle à lignes et colonnes est un tableau de réels, et . L'ensemble de ces matrices est noté , et lorsque — on parle alors de matrices carrées. Une matrice à une seule colonne est une matrice colonne, à une seule ligne une matrice ligne.
désigne le coefficient de la ligne et de la colonne : dans , l'indice va jusqu'à et jusqu'à . L'ordre est une convention, mais s'en écarter rend tout faux.
Soit .
- est diagonale si dès que ;
- est triangulaire supérieure si dès que , inférieure si dès que ;
- la matrice identité est la matrice diagonale dont tous les coefficients diagonaux valent .
La transposée de est la matrice de coefficients : on échange lignes et colonnes. Une matrice carrée est symétrique lorsque .
La matrice est symétrique ; ne l'est pas.
2.2.2 Opérations
Pour et , et sont les matrices de obtenues coefficient par coefficient : et .
Si et , le produit appartient à et
Le coefficient de position se lit sur la ligne de et la colonne de .
n'a de sens que si le nombre de colonnes de égale le nombre de lignes de . Retenez le schéma des formats : — l'indice intérieur disparaît.
La -ème colonne de est le produit de par la -ème colonne de . C'est la lecture la plus utile : elle transforme un produit de tableaux en une famille de systèmes, et c'est elle qui donnera un sens géométrique au produit au second semestre.
Sous réserve que les formats permettent les produits :
et pour .
En général — les deux produits peuvent même ne pas avoir le même format, voire n'être définis que dans un sens. Ainsi
Le même exemple montre qu'un produit de matrices non nulles peut être nul : sans que la matrice le soit.
, et pour des matrices carrées de même ordre,
Démonstration
Pour la somme, les coefficients se lisent immédiatement. Pour le produit,
L'ordre s'inverse — comme pour la réciproque d'une composée.
2.2.3 Puissances
Pour , on pose et .
La formule suppose que et commutent, et n'est pas au programme de ce semestre. Pour calculer , on cherche plutôt une régularité sur les premières puissances, que l'on démontre ensuite par récurrence.
Soit . On calcule et , ce qui suggère . Cette formule vaut pour , et si elle vaut au rang alors
Elle est donc vraie pour tout .
Soit définie par , et . En posant et , on a , donc : le calcul de se ramène à celui d'une puissance de matrice. C'est le procédé qui servira à étudier des populations réparties entre plusieurs états.
2.2.4 Matrices inversibles
Une matrice est inversible s'il existe telle que . Cette matrice est alors unique, appelée inverse de et notée .
Pour une matrice carrée, on admet que entraîne : un inverse à gauche ou à droite est l'inverse. Cela dispense de vérifier les deux produits.
Si et de sont inversibles, alors l'est et
Démonstration
. D'après la remarque précédente, cela suffit. L'ordre s'inverse, ici encore.
Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si tous ses coefficients diagonaux sont non nuls.
Soit telle que . Alors , donc
est inversible, d'inverse . Une relation polynomiale vérifiée par livre son inverse sans aucun calcul de système.
2.3 Écriture matricielle d'un système
Le système linéaire de matrice , d'inconnue et de second membre , s'écrit
Si et si est inversible, ce système admet une unique solution : .
Démonstration
Le -ème coefficient de vaut : c'est exactement le membre de gauche de la -ème équation. Si est inversible, en multipliant à gauche par on obtient ; réciproquement cette colonne est bien solution, puisque .
Pour inverser , on résout en exprimant en fonction de par la méthode du pivot. Si l'on aboutit à , alors . Si le pivot fait apparaître une ligne « combinaison des », c'est que n'est pas inversible.
Pour , on pose .
Le déterminant d'une matrice n'est pas une formule tombée du ciel : c'est, au signe près, l'aire du parallélogramme construit sur les deux colonnes. Il s'annule exactement quand ce parallélogramme s'aplatit — c'est-à-dire quand les deux colonnes sont alignées, et que la matrice écrase le plan sur une droite.
est inversible si et seulement si , et dans ce cas
Démonstration
Posons . Un calcul direct donne . Si , diviser par ce nombre fournit l'inverse annoncé. Réciproquement, si , alors ; si était inversible, on aurait , donc , donc , qui n'est pas inversible — contradiction.
Python : Résoudre un système, et se méfier du résultat
La bibliothèque numpy résout un système en une ligne.
import numpy as np
A = np.array([[1., 1.], [1., -1.]])
Y = np.array([3., 1.])
X = np.linalg.solve(A, Y)
print(X) # [2. 1.]
print(np.linalg.det(A)) # -2.0 : non nul, le systeme est de Cramer
Sur une matrice de déterminant nul, solve lève une erreur ; sur une matrice de déterminant très petit, il renvoie un résultat sans prévenir qu'il est peu fiable. Le déterminant se regarde avant de faire confiance à la réponse.
2.4 L'essentiel du chapitre
- Systèmes : pivot de Gauss ; zéro, une ou une infinité de solutions, jamais autre chose. Une ligne « » () tue le système, une ligne « » libère une inconnue.
- Système homogène : l'ensemble des solutions contient et est stable par somme et par produit par un réel — ce sera un sous-espace vectoriel.
- Produit : ; non commutatif ; un produit de matrices non nulles peut être nul.
- Transposée : — l'ordre s'inverse, comme pour .
- Puissances : conjecturer sur , , puis démontrer par récurrence. Le binôme n'est pas au programme de ce semestre.
- Inversible : suffit (matrices carrées) ; une triangulaire est inversible ssi sa diagonale ne contient pas de zéro ; un polynôme annulateur donne l'inverse.
- Ordre 2 : inversible , et .