Raisonnement et vocabulaire ensembliste
Cours complet · mathématiques approfondies (ECG 1re année), chapitre 1 · prépa ECG, 1re année
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Ce chapitre fixe la langue du reste de l'année, et y ajoute deux outils de calcul dont on ne se passera plus : les sommes et produits indexés, et les coefficients binomiaux. Le programme est explicite — tout exposé théorique est exclu : ces notions s'acquièrent en s'en servant, et seront réemployées dans chaque chapitre, en algèbre linéaire comme en probabilités.
1.1 Éléments de logique
Une proposition est un énoncé auquel on attribue une valeur de vérité, vrai ou faux, et une seule. Pour et deux propositions :
- « et » est vraie lorsque les deux le sont ;
- « ou » est vraie lorsque l'une au moins l'est ;
- « non » est vraie lorsque est fausse.
« ou » reste vraie quand et le sont toutes deux. L'équation équivaut à « ou » : ce « ou » n'exclut rien, il se trouve seulement qu'aucun réel ne vérifie les deux conditions.
« » est fausse dans le seul cas où est vraie et fausse. On lui associe sa réciproque , sa contraposée , et sa négation « et non ». Si et , on écrit .
Les propositions et ont toujours la même valeur de vérité.
Démonstration
n'est fausse que si est vraie et fausse. C'est précisément le seul cas où « non » est vraie et « non » fausse, donc le seul cas où la contraposée est fausse. Elles sont fausses ensemble, donc vraies ensemble.
« Si alors » est vraie, sa contraposée « si alors » aussi ; mais sa réciproque « si alors » est fausse, comme le montre . Démontrer une équivalence demande donc deux démonstrations, sauf à raisonner par équivalences successives.
Pour dépendant de : signifie « pour tout de » ; signifie « il existe dans tel que ».
est vraie : il suffit de prendre , qui dépend de . En échangeant les deux symboles, affirme qu'un même dépasse tous les réels : c'est faux.
Nier un énoncé quantifié : échanger et en conservant leur ordre, puis nier la conclusion. Un seul contre-exemple suffit ainsi à infirmer un « pour tout ».
« est majorée » s'écrit . Sa négation est : quel que soit le seuil, la suite le dépasse au moins une fois. L'indice dépend désormais de .
1.2 Raisonnement par récurrence
Soit une proposition dépendant de et . Si est vraie et si, pour tout , , alors est vraie pour tout .
Initialisation : vérifier . Hérédité : supposer pour un fixé, en déduire . Conclusion. L'hérédité seule propage sans jamais démarrer : sans initialisation, on « démontrerait » que tout entier est impair.
1.3 Sommes et produits
Pour des réels :
Si est un sous-ensemble fini de ou de , désigne la somme des pour décrivant . Par convention, une somme vide vaut et un produit vide vaut .
et sont le même nombre : le nom de l'indice ne survit pas à la somme. En revanche , lui, en sort.
Pour tout et tout réel :
Si , la première somme vaut simplement .
Démonstration
Pour la somme géométrique, posons . Alors
la somme étant télescopique après changement d'indice ; on divise par , non nul. Pour la seconde, une récurrence : elle vaut au rang , et si elle vaut au rang , alors au rang suivant .
Le programme retient ces deux formules. Celles donnant et seront rencontrées en exercice mais ne sont pas exigibles : on doit savoir les établir par récurrence, non les réciter.
1.4 Factorielle et coefficients binomiaux
Pour , , et l'on pose — c'est la convention du produit vide.
Pour et avec , le nombre de parties à éléments d'un ensemble à éléments est
On pose lorsque ou .
compte aussi les chemins réalisant succès en répétitions dans un arbre binaire — la lecture rencontrée en terminale avec la loi binomiale. Choisir une partie à éléments, ou choisir à quels rangs placer les succès, c'est le même choix.
Pour :
Démonstration
La symétrie est immédiate sur la formule : échanger et échange les deux facteurs du dénominateur. Pour la seconde,
en utilisant et .
Choisir joueurs parmi puis désigner un capitaine parmi eux, c'est possibilités ; choisir d'abord le capitaine parmi les puis ses coéquipiers parmi les restants, c'est . Les deux comptages portent sur le même ensemble.
Pour :
Démonstration
Soit un ensemble à éléments et l'un d'eux. Les parties à éléments de se répartissent en deux familles sans recouvrement : celles qui contiennent — il reste à choisir éléments parmi les autres, soit — et celles qui ne le contiennent pas, soit . Le total est .
Pour tous réels et et tout :
Démonstration
Par récurrence sur . Au rang , les deux membres valent . Supposons la formule au rang . Alors
Dans la première somme, le changement d'indice donne . En regroupant les deux sommes terme à terme et en appliquant la relation de Pascal , on obtient , les termes extrêmes et se recollant sans peine.
Python : Le triangle de Pascal, ligne par ligne
La relation de Pascal se programme telle qu'elle s'écrit — chaque ligne se déduit de la précédente, sans jamais calculer de factorielle.
def ligne_suivante(L):
return [1] + [L[i] + L[i + 1] for i in range(len(L) - 1)] + [1]
L = [1]
for n in range(6):
print(n, L)
L = ligne_suivante(L)
Calculer par manipule des nombres énormes pour un résultat modeste ; la relation de Pascal n'additionne que des entiers déjà calculés.
1.5 Ensembles et parties
On note si est élément de . Un ensemble est inclus dans , noté , lorsque tout élément de appartient à . L'ensemble des parties de est noté .
Pour démontrer , on établit puis . C'est la méthode par défaut : on part d'un élément quelconque de l'un pour le placer dans l'autre.
Pour : . On a et , mais ; en revanche . Un ensemble à éléments a parties, dont à exactement éléments.
Pour et parties de :
et . En cas d'ambiguïté sur l'ensemble ambiant, on note .
Pour toutes parties , , de :
Démonstration
Chacune se lit sur les connecteurs. Pour la première loi de De Morgan : dire , c'est nier « ou », donc affirmer « et », soit . Pour la distributivité, dire , c'est « et ( ou ) », ce qui équivaut à « ( et ) ou ( et ) ». Les opérations ensemblistes ne font que transcrire les connecteurs logiques.
. On note et l'ensemble des -uplets de réels.
, alors que . C'est cet ordre qui permet à de représenter le plan, et à de porter toute l'algèbre linéaire qui vient.
1.6 Applications
Une application associe à tout un unique . Si , la composée est définie par .
La notation se lit de droite à gauche, à rebours de l'ordre des opérations.
Soit .
- est injective si ;
- est surjective si ;
- est bijective si elle est injective et surjective ; tout a alors un unique antécédent, ce qui définit la réciproque .
L'application n'est ni injective ni surjective de dans ; elle est injective de dans ; elle est bijective de dans , de réciproque . Changer les ensembles de départ ou d'arrivée change la réponse.
Si et sont bijectives, l'est aussi et .
Démonstration
Posons . Pour , on a , et pour , . L'application admet donc pour réciproque.
1.7 L'essentiel du chapitre
- Logique : « ou » inclusif ; une implication équivaut à sa contraposée, jamais à sa réciproque ; l'ordre des quantificateurs porte du sens ; nier, c'est échanger et en gardant l'ordre.
- Récurrence : initialisation, hérédité à fixé, conclusion.
- Sommes : () et ; somme vide , produit vide ; l'indice est muet.
- Binomiaux : ; symétrie ; capitaine ; Pascal ; binôme .
- Ensembles : double inclusion ; distributivité ; De Morgan ; a éléments si .
- Applications : injective, surjective, bijective — cela dépend des ensembles ; .