Probabilités sur un ensemble quelconque
Cours complet · mathématiques approfondies (ECG 1re année), chapitre 10 · prépa ECG, 1re année
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Le premier semestre s'était restreint à un univers fini. On lève ici cette restriction — et l'on découvre deux objets qui n'existaient pas : les lois prenant une infinité de valeurs, et les théorèmes qui décrivent ce qui arrive à la longue, quand on répète une expérience un grand nombre de fois.
Le vocabulaire général est adopté — — mais aucune difficulté théorique sur l'ensemble des événements n'est soulevée, et le mot tribu n'est pas employé. On ne soulève pas davantage les questions d'ordre de sommation ni de dénombrabilité.
10.1 Espace probabilisé
est l'univers, l'ensemble des événements — il contient et est stable par complémentaire, union et intersection dénombrables. Une probabilité est une application , -additive et telle que . Le triplet est un espace probabilisé.
L'additivité finie ne suffit plus : il faut que la probabilité d'une réunion dénombrable d'événements deux à deux incompatibles soit la somme de la série de leurs probabilités. C'est ce passage du fini au dénombrable qui permet de parler d'un premier succès arrivant à un rang quelconque.
Soit une suite d'événements.
- Si est croissante pour l'inclusion : ;
- si est décroissante : .
Un événement de probabilité nulle est dit négligeable ; un événement de probabilité est dit presque sûr. Une propriété vraie sur un événement presque sûr est vraie presque sûrement.
« Obtenir une suite infinie de piles » a une probabilité nulle — et pourtant cet événement n'est pas vide : c'est une issue parfaitement décrite. La probabilité nulle ne signifie pas l'impossibilité ; c'est une distinction que l'univers fini ne permettait pas de faire.
Les probabilités conditionnelles, la formule des probabilités composées et celle des probabilités totales s'étendent aux systèmes complets dénombrables :
et la formule de Bayes s'en déduit. Si , est lui-même un espace probabilisé.
10.2 Variables aléatoires discrètes
est une variable aléatoire discrète si est fini ou dénombrable et si est un événement pour tout . Sa loi est la donnée de et des .
La fonction de répartition de est définie sur par
Elle est croissante, tend vers en et vers en .
sont mutuellement indépendantes si pour tous :
10.2.1 Espérance et variance
Si est infini, admet une espérance si et seulement si la série est absolument convergente ; l'espérance est alors sa somme.
Sans elle, la somme dépendrait de l'ordre d'énumération des valeurs — ce qui n'aurait aucun sens pour une moyenne. Et il existe des variables aléatoires sans espérance : la condition n'est pas une formalité.
; . Existence par domination : si et si admet une espérance, alors en admet une. Transfert : admet une espérance si et seulement si converge absolument, et alors .
C'est le seul moyen simple de montrer qu'une espérance existe sans la calculer : on majore par une variable dont on sait déjà qu'elle a une espérance. Le même schéma qu'en séries — comparer plutôt que calculer.
, et . De plus si et seulement si est certaine (presque sûrement constante).
10.3 Lois usuelles
, , est le rang d'apparition du premier succès dans une suite d'épreuves de Bernoulli indépendantes :
Démonstration
Posons . Alors , en utilisant la série du chapitre 8. Puis , d'où .
Sachant qu'on a déjà échoué fois, la loi du nombre d'essais restants est encore : le passé n'informe pas l'avenir. C'est vrai d'un dé, et faux d'une machine qui s'use.
, , si et
C'est la signature de la loi de Poisson. Sur des données réelles, un rapport nettement différent de exclut ce modèle — un test à faire avant tout ajustement.
10.4 Couples de variables aléatoires
La loi conjointe du couple est la donnée des pour . Les lois marginales s'en déduisent en sommant sur l'autre variable.
et sont indépendantes si et seulement si pour tous : .
Deux couples très différents peuvent avoir les mêmes lois marginales. La loi conjointe contient strictement plus d'information — et c'est exactement cette information supplémentaire qui décide de l'indépendance.
Si et sont indépendantes, alors . Si et sont indépendantes, alors .
Pour la binomiale, seuls les nombres d'épreuves s'ajoutent : additionner deux binomiales de probabilités différentes ne donne pas une binomiale. Pour Poisson, il n'y a pas de telle contrainte.
Sous réserve de convergence absolue, . Et si et sont indépendantes et admettent chacune une espérance, alors en admet une et
est vraie toujours ; exige l'indépendance. Confondre les deux est l'erreur la plus coûteuse du chapitre.
10.5 Convergences et approximations
Si est une variable aléatoire positive admettant une espérance, alors pour tout :
Si admet espérance et variance, alors pour tout :
Elles majorent une probabilité sans connaître la loi — seulement l'espérance, ou l'espérance et la variance. La majoration est grossière, mais elle est universelle : c'est tout son intérêt.
Soit une suite de variables aléatoires indépendantes de même loi, admettant une espérance et une variance. En posant , on a pour tout :
Démonstration
par linéarité, et par indépendance. Bienaymé-Tchebychev donne alors .
Appliqué à des variables de Bernoulli, il dit que la fréquence observée d'un événement s'approche de sa probabilité. C'est ce qui justifie l'approche intuitive des probabilités par les fréquences — et ce qui autorise à estimer une probabilité par simulation quand le calcul est hors de portée.
Si , alors pour tout :
Python : Vérifier une inégalité et une convergence
import numpy as np
import numpy.random as rd
p, eps = 0.3, 0.05
for n in [10, 100, 1000, 10000]:
# 20000 moyennes
X = rd.binomial(1, p, size=(20000, n)).mean(axis=1)
obs = np.mean(np.abs(X - p) >= eps) # frequence observee
borne = p * (1 - p) / (n * eps ** 2) # Bienayme-Tchebychev
print(n, round(obs, 4), round(min(borne, 1), 4))
La fréquence observée reste toujours sous la borne — souvent très en dessous : l'inégalité est grossière, mais elle ne se trompe jamais. Et elle tend vers : c'est la loi faible des grands nombres, vue à l'œuvre.
10.6 L'essentiel du chapitre
- -additivité et limite monotone : les probabilités suivent les suites croissantes ou décroissantes d'événements.
- Négligeable impossible : probabilité nulle sans être vide.
- Espérance : série absolument convergente. Domination pour l'existence, transfert pour le calcul.
- Fonction de répartition : un escalier qui cumule les bâtons de la loi.
- : , , , sans mémoire. : espérance variance .
- Stabilité : — même ; \ .
- toujours ; seulement si indépendantes.
- Markov : (). Bienaymé-Tchebychev : .
- Loi faible des grands nombres : la fréquence tend vers la probabilité. Binomiale Poisson quand .