Suites réelles
Cours complet · mathématiques (ECT 1re année), chapitre 3 · prépa ECT, 1re année
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Une suite, c'est une liste de nombres rangés dans l'ordre : le chiffre d'affaires de chaque trimestre, le capital d'un placement année après année, le capital qui reste dû sur un emprunt après chaque mensualité. Toute la gestion financière tient dans deux modèles élémentaires — on ajoute toujours la même somme, ou on multiplie toujours par le même coefficient — et dans leur combinaison.
Le programme réserve au second semestre tout ce qui concerne le comportement d'une suite : « Les notions de comportement et de limite ne seront abordées qu'au second semestre. » On ne dira donc ici ni « converge », ni « tend vers », ni « croissante » au sens technique : on calcule des termes, des termes généraux et des sommes.
De même, « Aucune étude générale de suites n'est au programme » : on ne traite que les trois modèles usuels et les suites qui s'y ramènent par un changement d'écriture.
3.1 Ce qu'est une suite
Une suite réelle est une famille de nombres réels indexée par les entiers : à chaque entier on associe un réel noté , appelé terme de rang . La suite entière se note .
L'indice commence souvent à , parfois à : c'est l'énoncé qui le dit, et s'en souvenir évite la moitié des erreurs de comptage.
- Par une formule explicite : s'écrit directement en fonction de , par exemple . On atteint d'un seul calcul.
- Par récurrence : on donne le premier terme et le passage d'un terme au suivant, par exemple et . Pour atteindre , il faut passer par les cent premiers.
Tout le chapitre consiste, pour les trois modèles au programme, à passer de la seconde écriture à la première.
Python : Calculer des termes, dans les deux écritures
def terme(u0, r, n):
u = u0
for k in range(n):
u = u + r
return u
for n in [0, 1, 5, 10]:
print(n, terme(5, 3, n), 5 + 3*n)
# 0 5 5 / 1 8 8 / 5 20 20 / 10 35 35
La deuxième colonne parcourt la récurrence, la troisième applique la formule explicite : elles coïncident. La boucle fait tours, la formule un seul calcul — voilà tout l'intérêt de trouver le terme général.
3.2 Suites arithmétiques
est constante si pour tout .
est arithmétique de raison s'il existe un réel tel que
On passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours le même nombre.
Si est arithmétique de raison et de premier terme , alors
Plus généralement, pour tous rangs et : .
Démonstration
Par récurrence sur . Pour , . Si pour un fixé, alors , ce qui est la formule au rang suivant.
On calcule et l'on montre que le résultat ne dépend pas de . Ce nombre est alors la raison.
Trois différences égales ne suffisent pas : la démonstration se fait sur un quelconque, jamais sur les premiers termes.
Un salarié gagne euros la première année, et son salaire augmente de euros chaque année. En notant le salaire de l'année de rang (avec ), on a : la suite est arithmétique de raison , donc
La neuvième année correspond à : euros.
3.3 Suites géométriques
est géométrique de raison s'il existe un réel tel que
On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par le même nombre.
Si est géométrique de raison et de premier terme , alors pour tout , et plus généralement .
Deux exemples suffisent à voir tout ce qu'une raison peut faire : selon que dépasse ou non, les mêmes multiplications répétées font exploser les termes ou les rabattent vers zéro.
Augmenter de , c'est multiplier par . Diminuer de , c'est multiplier par . Un capital placé à par an suit donc une suite géométrique de raison , et non arithmétique de raison euros : c'est toute la différence entre intérêts composés et intérêts simples.
Un capital de milliers d'euros est placé à par an.
- À intérêts simples, les intérêts sont calculés chaque année sur le capital initial : , suite arithmétique. Au bout de ans : .
- À intérêts composés, les intérêts s'ajoutent au capital et produisent à leur tour des intérêts : , suite géométrique. Au bout de ans : .
Le placement composé rapporte donc environ euros de plus, sur le même capital et au même taux.
3.4 Suites arithmético-géométriques
est arithmético-géométrique s'il existe deux réels et tels que
Pour elle est géométrique, pour elle est arithmétique : les deux modèles précédents en sont des cas particuliers.
C'est le modèle de tout compte qui subit à la fois un taux et un mouvement fixe : un emprunt sur lequel courent des intérêts et que l'on rembourse d'une annuité, un fichier client qui perd un pourcentage de ses membres et en gagne un nombre fixe. Aucune formule n'est à retenir : on ramène toujours ce modèle au précédent.
On suppose .
- Chercher le point fixe , solution de , c'est-à-dire .
- Poser . Alors : la suite est géométrique de raison .
- Revenir : , donc .
Cette formule ne se retient pas : c'est la méthode qui se retient, et le programme le dit — « on introduira la méthode sur des exemples ».
On emprunte euros au taux annuel de et l'on rembourse euros par an. En notant le capital restant dû après années :
Point fixe. donne , soit .
Suite auxiliaire. est géométrique de raison , avec . Donc
Contrôle. , et directement . De même : après quatre ans, il reste moins de euros à rembourser.
Python : Le capital restant dû, année par année
C = 10000.0
for annee in range(1, 5):
interets = 0.05 * C
C = C + interets - 2500
print(annee, round(interets, 2), round(C, 2))
# 1 500.0 8000.0
# 2 400.0 5900.0
# 3 295.0 3695.0
# 4 184.75 1379.75
Trois lignes de boucle reconstituent le tableau d'amortissement d'une banque. Les intérêts baissent parce qu'ils portent sur un capital qui baisse : c'est exactement ce que dit la récurrence.
3.5 Le symbole somme
Pour des réels , on note
L'indice est muet : et désignent le même nombre.
Une somme se lit toujours de la même façon : on repère la borne du bas, celle du haut, et l'on écrit le premier terme, le deuxième, puis le dernier. Tant que ces trois termes ne sont pas écrits, on ne calcule rien.
Pour tout réel et toutes familles et :
Une constante sort de la somme ; une somme se coupe en deux.
, mais : une somme de à a termes. Plus généralement, de à il y a termes.
C'est l'erreur la plus coûteuse du chapitre, parce qu'elle ne se voit pas : le résultat reste plausible, il est simplement faux d'un terme.
n'est pas , et n'est pas . Sur , : d'un côté, de l'autre. Seules la constante multiplicative et l'addition traversent le symbole.
3.6 Les sommes usuelles
Pour tout entier : .
La démonstration par récurrence figure au chapitre 1. En voici l'idée, celle que l'on attribue au jeune Gauss, et qui a l'avantage de faire apparaître la formule au lieu de la vérifier.
Pour tout réel et tout entier :
Pour , la somme vaut simplement .
Là encore, le résultat se voit mieux qu'il ne se retient : on écrit la somme, on la multiplie par , et l'on constate que les deux lignes ne diffèrent que par leurs extrémités.
- Suite arithmétique : la somme de termes consécutifs vaut
- Suite géométrique de raison :
Dans les deux cas, la première chose à écrire est le nombre de termes.
Salaires cumulés. Le salarié du paragraphe 3.2 gagne . Sur ses neuf premières années ( de à , soit termes) il aura touché
Versements capitalisés. On verse euros en début de chaque année pendant ans sur un compte à . Les versements sont capitalisés et forment une suite géométrique de raison ; leur somme vaut
pour euros versés.
Python : Une somme, deux façons, et deux résultats
def somme_geo(u0, q, n):
s = 0
for k in range(n):
s = s + u0 * q**k
return s
print(somme_geo(1000, 1.04, 10)) # 12006.107122958601
print(1000 * (1.04**10 - 1) / 0.04) # 12006.107122958609
Les deux nombres diffèrent au douzième chiffre. Ce n'est pas une faute de formule : la boucle accumule dix arrondis, la formule un seul. En gestion on arrondit au centime, et les deux donnent euros — mais il faut savoir d'où vient l'écart.
3.7 Ce que paie vraiment un emprunteur
Reprenons l'emprunt de euros à , remboursé par annuités de euros. Chaque annuité se coupe en deux : les intérêts de l'année, égaux à du capital restant dû, et l'amortissement, qui est ce qui rembourse vraiment.
| année | intérêts | amortissement | capital restant |
|---|---|---|---|
La colonne des amortissements totalise euros : c'est le capital emprunté, ni plus ni moins.
L'emprunteur verse euros pour euros empruntés : le crédit lui a coûté euros, qui sont exactement la somme de la colonne des intérêts.