Calculs algébriques, polynômes et valeur absolue
Cours complet · mathématiques (ECT 1re année), chapitre 2 · prépa ECT, 1re année
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Tout le reste de l'année repose sur ce chapitre. Une limite mal calculée, une dérivée fausse, une probabilité négative : neuf fois sur dix, l'erreur n'est pas dans la notion nouvelle, elle est dans un développement bâclé ou dans une inégalité multipliée par un nombre négatif sans changer de sens. On reprend donc ici les outils de calcul du lycée — puissances, identités remarquables, inégalités, second degré, valeur absolue — en les installant sur des situations de gestion : prix, remises, coûts, recettes.
Le programme est catégorique : « Toute étude théorique sur les polynômes est exclue. On identifie polynôme et fonction polynomiale. » Il n'y aura donc ici ni indéterminée abstraite ni construction formelle : un polynôme est la fonction qu'il calcule, et on le manipule pour résoudre des équations, factoriser, étudier un signe.
2.1 Nombres, puissances, racines
On emboîte quatre ensembles : .
sont les entiers naturels ; y ajoute les négatifs ; est l'ensemble des quotients d'entiers () ; est l'ensemble de tous les nombres qui mesurent une longueur, un prix, un taux. La dernière inclusion est stricte : n'est le quotient d'aucun couple d'entiers.
Pour réel non nul et entier naturel non nul, ( facteurs), et . Pour , entiers relatifs :
Un groupe réalise euros de chiffre d'affaires, que l'on écrit euros. Avec salariés, le chiffre d'affaires par salarié vaut
On a séparé les mantisses des puissances de dix : c'est tout l'intérêt de la notation.
n'est pas : sur et , d'un côté et de l'autre. n'est pas : la puissance s'applique avant le signe, tandis que . Enfin est , jamais .
Pour , est l'unique réel positif de carré ; la racine d'un nombre strictement négatif n'existe pas dans . Pour et :
Et pour tout réel , quel que soit son signe : .
, tandis que . Racines et puissances traversent les produits et les quotients, jamais les sommes.
Python : Les puissances de dix, et une surprise
ca = 3.24e9 # chiffre d'affaires, en euros
print(ca) # 3240000000.0
print(2**10, 10**(-3)) # 1024 0.001
print(0.1 + 0.2) # 0.30000000000000004
print(0.1 + 0.2 == 0.3) # False
Les deux dernières lignes ne sont pas une faute de Python : un ordinateur code les décimaux en base deux, et n'y a pas d'écriture finie. On ne teste donc jamais l'égalité de deux résultats de calcul flottant.
2.2 Développer, factoriser
Pour tous réels et :
Ces trois égalités se lisent sur un dessin, et c'est la meilleure façon de ne plus jamais oublier le double produit de la première.
On les emploie dans les deux sens. Pour développer : est avec et , donc vaut . Pour factoriser : est avec et , donc . Mais avant toute identité remarquable, on cherche un facteur commun : . Le facteur commun d'abord, l'identité ensuite — on ne factorise jamais d'un coup, on factorise par couches.
Un article vaut euros. On l'augmente de , puis on solde le nouveau prix de : le prix final est euros. L'identité remarquable dit pourquoi : pour un prix et un taux ,
donc le prix final est toujours inférieur au prix de départ, de — ici euros. L'ordre des deux opérations n'y change rien.
On mesurera au passage, en Python, que rend alors que rend : une expression factorisée fait moins d'opérations, donc moins de bruit.
2.3 Inégalités et intervalles
Soient deux réels. Pour tout réel : . Pour : . Pour : — le sens s'inverse. Enfin, si et sont de même signe et non nuls, .
Résoudre , c'est diviser par : on obtient , et pas . Contrôle immédiat : , et est bien dans . Le réflexe à prendre : avant de multiplier une inégalité, se demander le signe du facteur.
Pour réels, est l'ensemble des tels que , et celui des tels que ; de même et pour les intervalles semi-ouverts. Du côté de l'infini le crochet est toujours ouvert : , .
Résolvons par exemple . On ajoute : . On divise par , qui est positif, donc le sens ne change pas : . L'ensemble des solutions est , et donne bien : la borne est prise.
2.4 Équations, inéquations, systèmes
Un produit est nul si et seulement si l'un de ses facteurs l'est : ou . Un quotient est nul si et seulement si son numérateur l'est, la valeur interdite du dénominateur étant écartée d'abord. C'est la raison de factoriser : ne se lit pas, tandis que se lit d'un coup.
Un système linéaire de deux équations à deux inconnues s'écrit
et le résoudre, c'est trouver tous les couples qui vérifient les deux lignes à la fois.
Par substitution, on tire une inconnue d'une ligne et on la remplace dans l'autre. Par combinaison, on multiplie les lignes pour faire disparaître une inconnue en les ajoutant. Dans les deux cas, on reporte le couple trouvé dans les deux équations de départ : une solution non vérifiée n'est pas une solution.
Un théâtre vend places, au tarif plein euros et au tarif réduit euros, et encaisse euros. En notant le nombre de places au tarif réduit et celui au tarif plein, on a et .
La première équation donne ; en substituant, , soit et , donc .
Contrôle. , et .
2.5 Le second degré
Un trinôme du second degré est une expression avec . Son discriminant est .
Soit avec .
- Si : deux racines , , et .
- Si : une racine double , et .
- Si : aucune racine réelle, aucune factorisation.
Dans tous les cas est du signe de , sauf strictement entre les racines lorsque , où il est du signe contraire.
Lorsque , les racines vérifient et . Cela sert à contrôler un calcul et à deviner une racine évidente : si l'on cherche deux nombres de somme et de produit , on essaie et , et l'on s'épargne un discriminant.
Un atelier produit articles par jour et son bénéfice quotidien, en euros, vaut . Ici , , , donc et : les racines sont et .
Comme , est positif entre les racines : l'atelier gagne de l'argent tant qu'il produit entre et articles, et en perd au-delà. Le sommet est en , où euros. Contrôle : et .
Python : Résoudre un trinôme, tous cas confondus
def racines(a, b, c):
d = b*b - 4*a*c
if d > 0:
r = d**0.5
return ((-b - r)/(2*a), (-b + r)/(2*a))
if d == 0:
return (-b/(2*a),)
return ()
print(racines(-1, 60, -500)) # (50.0, 10.0)
print(racines(1, -6, 9)) # (3.0,)
print(racines(1, 0, 1)) # ()
Le premier appel rend puis : la formule ne donne la plus petite racine que si .
2.6 Polynômes de degré quelconque
Une fonction polynomiale est une fonction de la forme , où les sont des réels. Si , l'entier est le degré de , noté , et est son coefficient dominant.
Pour et non nuls, et . L'inégalité vient de ce que les termes dominants peuvent s'annuler : avec et , chacun est de degré mais est de degré .
Soit une fonction polynomiale de degré et un réel. Alors si et seulement s'il existe une fonction polynomiale de degré telle que .
La méthode tient en trois gestes : chercher une racine évidente en essayant , , , , , puis les diviseurs du terme constant ; diviser par , la division euclidienne des polynômes se posant comme celle des entiers ; recommencer sur le quotient, ou lui appliquer le discriminant s'il est de degré .
Soit . Alors : est racine, donc divise . La division, posée sur la figure ci-dessous, donne
Le quotient est du second degré : , racines et . Donc .
Contrôle. et .
Divisons par : la même mécanique donne . Le reste est de degré , strictement inférieur au degré de : c'est le signe qu'on s'arrête.
Contrôle. , et en retirant on retrouve .
Python : La division des polynômes avec numpy
import numpy as np
P = [1, -4, 1, 6] # x^3 - 4x^2 + x + 6
print(np.polyval(P, 2)) # 0
Q, R = np.polydiv(P, [1, -2])
print(Q) # [ 1. -2. -3.]
print(R) # [0.]
Un polynôme se donne à numpy par la liste de ses coefficients, du degré le plus haut au plus bas. La machine confirme le quotient et un reste nul ; à nous d'avoir eu l'idée d'essayer .
2.7 La valeur absolue
Pour tout réel : si , et si . C'est le nombre « privé de son signe » : , , .
Pour tous réels et : ; si et seulement si ; ; ; pour ; et .
Pour tous réels et : .
Démonstration
On a toujours et . En ajoutant ces deux encadrements membre à membre, . Or dire avec , c'est exactement dire .
L'inégalité est souvent stricte : avec et , tandis que . L'égalité n'a lieu que si et sont de même signe.
Pour deux réels et , le nombre est la distance entre et sur la droite réelle. Toutes les écritures qui suivent disent la même chose :
Symétriquement, décrit les loin de , c'est-à-dire .
: la distance de à vaut , donc ou .
: on factorise, , d'où , c'est-à-dire .
: les à plus de de , donc ou . Enfin n'a aucune solution : une valeur absolue n'est jamais négative.