Structures algébriques usuelles
Cours complet · mathématiques (MP/MPI), chapitre 1 · MP et MPI (2e année)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>1.1 Introduction et motivation
La première année a construit une à une les grandes structures — groupes, anneaux, corps — et développé deux arithmétiques jumelles, celle de et celle de , dont les démonstrations se répondaient terme à terme. Ce chapitre approfondit et unifie : compléments sur les groupes (groupes monogènes et cycliques, ordre d'un élément, théorème de Lagrange), et surtout un point de vue nouveau et plus algébrique, la notion d'idéal, qui explique en une seule phrase — « tout idéal y est principal » — pourquoi et se ressemblent tant : Bézout, PGCD, décomposition en irréductibles en découlent uniformément.
Les anneaux , esquissés en première année par les congruences, deviennent des objets d'étude à part entière : inversibles, théorème chinois, indicatrice d'Euler, théorème d'Euler — avec à la clef la cryptographie RSA. Le chapitre s'achève sur la structure d'algèbre, qui prépare la réduction des endomorphismes : l'idéal des polynômes annulateurs d'une matrice y attend déjà son générateur, le polynôme minimal.
1.2 Compléments sur les groupes
1.2.1 Sous-groupe engendré, groupes monogènes
Toute intersection (d'une famille quelconque) de sous-groupes de est un sous-groupe de . (La réunion, en général, non — première année.)
Le sous-groupe engendré par une partie de , noté , est le plus petit sous-groupe contenant : l'intersection de tous les sous-groupes contenant . Concrètement, est l'ensemble des produits finis d'éléments de et de leurs inverses. Si , on dit que est une partie génératrice de .
Les sous-groupes de sont exactement les , .
Démonstration
est un sous-groupe. Réciproquement, soit un sous-groupe et (partie non vide de : contient un élément non nul et son opposé). Alors ; et pour , la division euclidienne () donne , d'où par minimalité : . (La division euclidienne, encore et toujours : c'est elle qui rend tout principal.)
Pour , le groupe est l'ensemble des classes de congruence modulo (première année), , muni de . Il est abélien, de cardinal , engendré par .
engendre si et seulement si .
Démonstration
contient si et seulement si a une solution, c'est-à-dire : c'est Bézout, équivalent à .
Un groupe est monogène s'il est engendré par un seul élément (), cyclique s'il est monogène et fini. Exemple fondamental : le groupe des racines -ièmes de l'unité est cyclique, engendré par (première année).
Soit un groupe monogène.
- Si est infini, alors est isomorphe à .
- Si est fini de cardinal , alors est isomorphe à .
À isomorphisme près, il n'existe donc qu'un seul groupe monogène de chaque cardinal : et les épuisent la liste.
Démonstration
L'application est un morphisme surjectif de sur . Son noyau est un sous-groupe de , donc de la forme . Si : est injectif, donc un isomorphisme . Si : , donc est une bijection de sur qui respecte les lois — un isomorphisme — et .
1.2.2 Ordre d'un élément
Un élément de est d'ordre fini s'il existe avec ; son ordre est alors le plus petit tel entier. Sinon, est d'ordre infini.
Soit d'ordre fini .
- Pour tout :
- L'ordre de est le cardinal du sous-groupe engendré : .
Démonstration
Division euclidienne , : , qui vaut si et seulement si (minimalité de ). Pour le cardinal : , et ces éléments sont deux à deux distincts ( avec donnerait avec ).
Dans un groupe fini , l'ordre de tout élément divise le cardinal de . En particulier, pour tout .
Démonstration (Démonstration (exigible) dans le cas commutatif)
Soit commutatif et . L'application est une bijection de (d'inverse ) : les familles et contiennent les mêmes éléments. En faisant le produit (la commutativité autorise tous les regroupements) :
et l'ordre de divise par la propriété clé. (Le cas général se démontre avec les classes à gauche — démonstration non exigible.)
1.3 Compléments sur les anneaux
Le produit d'anneaux, muni des lois composante par composante, est un anneau, d'unité . Ses inversibles sont les -uplets d'inversibles : . Attention : un produit d'anneaux intègres ne l'est jamais () : .
Dans tout ce qui suit, les anneaux sont commutatifs. Une partie d'un anneau commutatif est un idéal si :
- est un sous-groupe de ;
- est absorbant : pour tous et , .
(Plus fort qu'un sous-anneau : on peut multiplier par n'importe quel élément de , et l'on ne demande pas — au contraire : si , alors .)
- Le noyau d'un morphisme d'anneaux commutatifs est un idéal de (si , alors ).
- L'idéal engendré par un élément est , le plus petit idéal contenant — les idéaux de cette forme sont dits principaux.
Dans un anneau commutatif intègre :
Démonstration
signifie , donc pour tout ; réciproquement donne . La divisibilité se lit donc comme une inclusion renversée d'idéaux ; l'équivalence des idéaux égaux et des éléments associés s'en déduit par double divisibilité (intégrité pour simplifier). Tout l'arithmétique va se réécrire dans le langage des idéaux — et y gagner en limpidité.
1.4 Idéaux de
Les idéaux de sont exactement les , : tout idéal de est principal.
Démonstration
Un idéal est en particulier un sous-groupe de , donc de la forme — et chaque est bien un idéal. (Tout le travail avait été fait par la division euclidienne.)
Soient () des entiers non tous nuls. L'ensemble
est un idéal de , donc de la forme avec : cet entier est le PGCD de . Il en résulte immédiatement :
- la relation de Bézout : il existe avec (car !) ;
- divise chaque (car ), et tout diviseur commun des divise (car est combinaison des ).
On retrouve — en trois lignes — le PGCD et le théorème de Bézout de première année, désormais pour un nombre quelconque d'entiers : la structure (idéal principal) fait tout le travail que faisait l'algorithme d'Euclide.
1.5 Anneaux
1.5.1 Structure et inversibles
Muni de et (compatibilité des congruences, première année), est un anneau commutatif de cardinal .
et l'inverse se calcule par l'algorithme d'Euclide étendu (Bézout : ). En conséquence :
Lorsque est premier, on note ce corps (corps fini à éléments).
Démonstration
inversible (Bézout). Si premier : tous les sont inversibles — un corps. Si () : avec — des diviseurs de zéro, pas un corps.
1.5.2 Le théorème chinois
Si , l'application
est un isomorphisme d'anneaux (naturel : réduire modulo et modulo ). Extension immédiate à un nombre fini de facteurs deux à deux premiers entre eux.
Démonstration
L'application est un morphisme d'anneaux (les réductions en sont). Injectivité : si et avec , alors (Gauss, première année). Surjectivité : les deux ensembles ont le même cardinal — l'injectivité suffit (première année, cas équicardinal !).
Résoudre , () : le théorème garantit une unique solution modulo . Pour la construire, on cherche une relation de Bézout : alors
convient ( et : c'est un « interrupteur », valant d'un côté et de l'autre — exactement les polynômes de Lagrange de première année, version arithmétique). Les solutions : .
1.5.3 Indicatrice et théorème d'Euler
L'indicatrice d'Euler est le nombre d'entiers de premiers avec — c'est-à-dire le cardinal du groupe des inversibles .
- Si : (le théorème chinois induit un isomorphisme — donc une bijection — entre les groupes d'inversibles : ).
- Pour premier : (les non-premiers à sont les multiples de : un sur ).
- D'où, par décomposition en facteurs premiers :
Si , alors :
Démonstration
appartient au groupe commutatif fini , de cardinal : le théorème de Lagrange (cas commutatif, démontré plus haut) donne . Pour premier, : on retrouve le petit théorème de Fermat de première année, qui n'était que le cas particulier.
1.6 Anneaux
Dans ce paragraphe, est un sous-corps de (typiquement , ou ).
Tout idéal de est principal : pour un polynôme (unique à constante multiplicative près ; unique si on l'impose unitaire ou nul).
Démonstration
Si , soit un élément non nul de de degré minimal. Pour , la division euclidienne () donne (sous-groupe absorbant), donc par minimalité : . Mot pour mot la démonstration faite dans — le degré remplaçant la valeur absolue, comme en première année.
Pour non tous nuls, l'idéal est engendré par un unique polynôme unitaire : c'est le PGCD de (par convention, le PGCD est unitaire). Comme dans : relation de Bézout , divise les , et tout diviseur commun divise — la définition par les idéaux redonne celle de première année, étendue à polynômes.
Tout polynôme non constant de s'écrit
avec (le coefficient dominant), les irréductibles unitaires deux à deux distincts et — et cette décomposition est unique à l'ordre près. (Existence : récurrence sur le degré ; unicité : lemme de Gauss polynomial, comme la décomposition en facteurs premiers dans .)
On rappelle (première année) : les irréductibles de sont les polynômes de degré (théorème de d'Alembert-Gauss, dont la démonstration est hors programme) ; ceux de sont les polynômes de degré et les polynômes de degré à discriminant strictement négatif. (L'étude des irréductibles de pour un autre corps — par exemple — n'est pas un objectif du programme.)
1.7 Algèbres
Une -algèbre (unitaire) est un ensemble muni de trois lois telles que :
- est un -espace vectoriel ;
- est un anneau ;
- les structures sont compatibles : pour tous , .
Toute la première année y vivait sans le dire : sommes, produits et multiples scalaires, avec leurs compatibilités. L'isomorphisme (choix d'une base) est un isomorphisme d'algèbres.
Une sous-algèbre est une partie contenant , stable par combinaisons linéaires et par produit (à la fois sous-espace vectoriel et sous-anneau). Un morphisme d'algèbres est une application à la fois linéaire et morphisme d'anneaux (, ). Exemple central : pour fixé, l'évaluation polynomiale est un morphisme d'algèbres de dans ; son image est une sous-algèbre commutative de , et son noyau — l'idéal des polynômes annulateurs — jouera un rôle décisif dans la réduction (exercice 9).