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Variables aléatoires réelles

Cours complet · mathématiques (première), chapitre 11 · première, spécialité mathématiques

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Combien vais-je gagner à ce jeu ? Combien de clients demain ? Très souvent, ce n'est pas l'issue d'une expérience aléatoire qui intéresse, mais un nombre qui en dépend. La variable aléatoire formalise cette idée de « nombre dépendant du hasard » ; l'espérance et l'écart type en résument le comportement moyen et la dispersion.

11.1 Notion de variable aléatoire

Définition 11.1Variable aléatoire réelle

Une variable aléatoire réelle sur un univers fini est une fonction définie sur et à valeurs réelles : à chaque issue , elle associe un nombre .

Une variable aléatoire est une fonction : ici, sur les quatre issues de deux lancers de pièce, compte les « pile ». Deux issues distinctes ( et ) peuvent donner la même valeur.

Définition 11.2Événements associés

Pour un réel , on note :

  • l'événement « prend la valeur » (l'ensemble des issues telles que ) ;
  • l'événement « prend une valeur inférieure ou égale à ».

Leurs probabilités se notent et .

Exemple 11.3

Deux lancers d'une pièce équilibrée, = nombre de « pile ». L'événement est : . L'événement est : . En langage courant : « au plus un pile ».

11.2 Loi de probabilité d'une variable aléatoire

Définition 11.4Loi de probabilité

La loi de est la donnée de toutes les valeurs possibles de et de leurs probabilités . On la présente en tableau :

Méthode : Déterminer une loi

  • Lister les valeurs possibles de .
  • Pour chaque valeur, identifier les issues qui la réalisent et sommer leurs probabilités (équiprobabilité, arbre, tableau…).
  • Contrôler que la somme des probabilités vaut .
Exemple 11.5Somme de deux dés

On lance deux dés équilibrés et désigne la somme. Les couples sont équiprobables ; en comptant les couples réalisant chaque somme :

Le diagramme en bâtons de la loi de : symétrique autour de , la valeur la plus probable.

11.3 Espérance

Définition 11.6Espérance

L'espérance de est la moyenne de ses valeurs pondérée par leurs probabilités :

iRemarqueInterprétation fréquentiste

Si l'on répète l'expérience un grand nombre de fois, la moyenne des valeurs observées se rapproche de (loi des grands nombres) : l'espérance est la « valeur moyenne à long terme ». C'est l'analogue probabiliste de la moyenne d'une série statistique — les probabilités remplaçant les fréquences.

Proposition 11.7Linéarité

Pour tous réels et : .

Démonstration. La variable prend les valeurs avec les probabilités :

car .

Exemple 11.8Jeu équitable

Un jeu : on mise euros, on lance un dé ; le rapporte €, un résultat pair (autre que ) rembourse la mise, sinon on perd la mise. Le gain algébrique (recette moins mise) a pour loi :

Le jeu est équitable lorsque , soit €. Pour , l'espérance est négative : le joueur perd en moyenne — c'est le principe de rentabilité des jeux d'argent.

11.4 Variance et écart type

Définition 11.9Variance, écart type

La variance de mesure la dispersion des valeurs autour de l'espérance :

et l'écart type est (même unité que ).

Exemple 11.10

Deux loteries d'espérance nulle :

Même espérance (), mais () contre () : la seconde est infiniment plus risquée. L'écart type est la mesure du risque.

Méthode : Calculer , ,

  • ;
  • — ou, plus rapide, (König-Huygens, démontrée en approfondissement) ;
  • .
Exemple 11.11

de loi , , .

11.5 Échantillonnage : moyenne d'un échantillon et espérance

Que devient la moyenne observée sur un échantillon de répétitions ? Elle fluctue d'un échantillon à l'autre, mais d'autant moins que est grand.

Proposition 11.12Fait d'expérience (admis)

Si a pour espérance et écart type , la moyenne d'un échantillon de taille vérifie, dans environ des cas :

L'écart typique entre moyenne observée et espérance décroît en : pour diviser l'erreur par , il faut multiplier la taille de l'échantillon par .


from random import random

def simule_X():
    # Simule la loi P(X=0)=0.2, P(X=2)=0.5, P(X=5)=0.3
    r = random()
    if r < 0.2:
        return 0
    elif r < 0.7:
        return 2
    else:
        return 5

def moyenne_echantillon(n):
    # Moyenne d'un échantillon de taille n de X
    total = 0
    for i in range(n):
        total += simule_X()
    return total / n

def proportion_ecarts(N, n, mu, sigma):
    # Proportion des N échantillons dont la moyenne s'écarte de mu
    # d'au plus 2*sigma/racine(n)
    seuil = 2 * sigma / n**0.5
    favorables = 0
    for k in range(N):
        if abs(moyenne_echantillon(n) - mu) <= seuil:
            favorables += 1
    return favorables / N

print(moyenne_echantillon(100))                      #   2.5 (fluctue)
print(proportion_ecarts(1000, 100, 2.5, 1.803))      #   0.95

Quarante moyennes d'échantillons simulés : elles fluctuent autour de (pointillé orange), presque toutes dans la bande (une seule sort ici — cohérent avec les ).

11.6 Algorithmes


def esperance(valeurs, probas):
    # E(X) pour une loi donnée par deux listes
    E = 0
    for i in range(len(valeurs)):
        E += probas[i] * valeurs[i]
    return E

def variance(valeurs, probas):
    # V(X) = somme p_i (x_i - E)^2
    E = esperance(valeurs, probas)
    V = 0
    for i in range(len(valeurs)):
        V += probas[i] * (valeurs[i] - E)**2
    return V

def ecart_type(valeurs, probas):
    return variance(valeurs, probas) ** 0.5

print(esperance([0, 2, 5], [0.2, 0.5, 0.3]))    # 2.5
print(variance([0, 2, 5], [0.2, 0.5, 0.3]))     # 3.25

def frequences_lettres(texte):
    # Fréquence d'apparition de chaque lettre a-z dans un texte
    texte = texte.lower()
    freq = {}
    total = 0
    for c in texte:
        if "a" <= c <= "z":
            freq[c] = freq.get(c, 0) + 1
            total += 1
    for c in freq:
        freq[c] = freq[c] / total
    return freq
# En français, le 'e' domine ( 17 %) ; en anglais,  13 %. La comparaison des
# profils de fréquences permet d'identifier la langue d'un texte -- et de
# casser les chiffrements par substitution.

11.7 Un peu d'histoire

iRemarque

La notion d'espérance naît avec le calcul des probabilités lui-même : Pascal (problème des partis, 1654) puis Huygens (premier traité, 1657) l'appliquent aux jeux ; Moivre, Bernoulli, Euler et d'Alembert l'étendent aux assurances et à l'astronomie. La formalisation actuelle — l'univers comme « source d'aléas », la variable aléatoire comme fonction définie sur l'univers — ne s'impose que vers 1930 (Kolmogorov), donnant enfin une définition précise à une notion utilisée depuis trois siècles.

11.8 Approfondissements

Proposition 11.13Formule de König-Huygens

Démonstration. Posons et développons le carré dans la définition :

Exemple 11.14La fonction

Étudions . En développant :

une fonction polynôme du second degré (chapitre 3) de coefficient dominant . Elle atteint son minimum en

Autrement dit : l'espérance est la valeur qui approche le mieux au sens du carré moyen, et la variance est l'erreur minimale commise. Ce résultat éclaire d'un coup les définitions — et l'on retrouve König-Huygens au passage.

11.9 Quiz interactif style NotebookLM

Un quiz interactif d'auto-évaluation à choix multiples au format NotebookLM est disponible pour ce chapitre sur la plateforme en ligne (https://adloun.net/playground).

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