Probabilités conditionnelles et indépendance
Cours complet · mathématiques (première), chapitre 10 · première, spécialité mathématiques
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« Sachant que le test est positif, quelle est la probabilité d'être malade ? » Une information nouvelle modifie les probabilités : c'est l'objet du conditionnement, sous-jacent à toute modélisation probabiliste. Ce chapitre le formalise, introduit l'outil roi du lycée — l'arbre pondéré —, la formule des probabilités totales, et la notion d'indépendance.
10.1 Probabilité conditionnelle
Soit et deux événements avec . La probabilité de sachant est
Savoir que est réalisé, c'est remplacer l'univers par : on ne garde de que sa partie incluse dans , et on rapporte son poids à celui de . La formule dit exactement cela.
Conditionner par , c'est jeter tout ce qui est hors de : la nouvelle probabilité de est la part de dans .
De la définition découle, pour :
Méthode : Tableau croisé et tirage au sort
Quand on tire au hasard un individu dans une population décrite par un tableau croisé d'effectifs, les probabilités conditionnelles sont des proportions dans une sous-population — les fréquences conditionnelles de seconde :
On interroge élèves sur la pratique d'une langue et d'un sport :
| Sportif () | Non sportif () | Total | |
|---|---|---|---|
| Angliciste () | |||
| Hispanisant () | |||
| Total |
On choisit un élève au hasard. ; (proportion de sportifs parmi les anglicistes) ; (proportion d'anglicistes parmi les sportifs) : les deux conditionnements ne coïncident pas.
10.2 Arbres pondérés
- Règle des nœuds : la somme des probabilités des branches issues d'un même nœud vaut .
- Règle du produit : la probabilité d'un chemin (une intersection) est le produit des probabilités de ses branches : .
- Règle de la somme : la probabilité d'un événement est la somme des probabilités des chemins qui y aboutissent.
Les pondérations du second niveau sont des probabilités conditionnelles.
Une urne contient boules rouges et vertes ; on tire deux boules successivement sans remise. Premier niveau : , . Second niveau (conditionnel !) : , , , . Alors
10.3 Partition de l'univers et probabilités totales
Des événements forment une partition de l'univers (un système complet d'événements) lorsqu'ils sont deux à deux incompatibles et que leur réunion est : toute issue appartient à un et un seul des . Le cas le plus simple : .
L'événement (orange) se découpe le long de la partition : , morceaux deux à deux incompatibles.
Si est une partition de l'univers (avec ), alors pour tout événement :
Démonstration. Les morceaux sont deux à deux incompatibles (inclus dans les disjoints) et leur réunion est (toute issue de est dans un des ) : la probabilité de est la somme de leurs probabilités, et chacune vaut par la règle du produit.
Sur un arbre, c'est exactement la règle de la somme : = somme des chemins aboutissant à .
Trois machines produisent respectivement , et des pièces d'une usine, avec des taux de défaut de , et . La probabilité qu'une pièce prise au hasard soit défectueuse () est
10.4 Inversion des conditionnements : les faux positifs
Méthode : Distinguer et
Les deux nombres répondent à des questions différentes ( suppose réalisé, suppose réalisé) et peuvent être très éloignés. Pour inverser un conditionnement : calculer par l'arbre, calculer par les probabilités totales, puis
Une maladie touche d'une population. Un test la détecte chez des malades (, sensibilité) et se trompe chez des sains (, faux positifs). Quelle est la probabilité d'être malade sachant que le test est positif ? Probabilités totales :
puis inversion :
Malgré un test fiable à , un positif n'a que 24 chances sur 100 d'être malade : la maladie étant rare, les faux positifs (les ) dominent les vrais (les ). Confondre et est l'erreur classique du raisonnement probabiliste.
10.5 Indépendance
Deux événements et sont indépendants lorsque
De façon équivalente (si ) : — savoir que est réalisé ne change pas la probabilité de .
L'indépendance est une hypothèse du modèle : elle peut être posée au départ (deux dés « sans interaction ») ou résulter de l'analyse de la situation réelle. Ne pas la confondre avec l'incompatibilité () : deux événements incompatibles de probabilités non nulles ne sont jamais indépendants (savoir que l'un est arrivé interdit l'autre !).
Si et sont indépendants, alors et le sont aussi (de même et , et ).
Démonstration. se partage en et , donc
On tire une carte d'un jeu de . : « un roi », : « un cœur ». (le roi de cœur) et : et sont indépendants — la couleur n'apprend rien sur la hauteur. En revanche, avec : « une figure », mais : non indépendants.
10.6 Succession de deux épreuves indépendantes
Deux épreuves sont indépendantes lorsque le résultat de la première ne modifie pas les probabilités de la seconde. L'univers de la succession est le produit cartésien (chapitre 1), et la probabilité d'un couple est le produit des probabilités :
On représente la succession par un arbre (dont les pondérations du second niveau ne dépendent pas de la branche : ce sont les probabilités de la seconde épreuve) ou par un tableau à double entrée.
On lance une pièce équilibrée puis un dé équilibré. L'univers est , de couples équiprobables :
Avec remise, deux tirages dans une urne sont indépendants ; sans remise, ils ne le sont pas (l'exemple de l'urne plus haut : ).
10.7 Algorithme : la méthode de Monte-Carlo
Pour estimer une aire, on peut « mitrailler » au hasard : la proportion de points qui tombent dans la région approche le rapport des aires (loi des grands nombres, vue en seconde).
from random import random
def monte_carlo_pi(n):
# Proportion de points du carré unité tombant dans le quart de disque
dans_le_disque = 0
for i in range(n):
x, y = random(), random() # point au hasard dans [0,1] x [0,1]
if x*x + y*y <= 1:
dans_le_disque += 1
return 4 * dans_le_disque / n # aire du quart de disque = pi/4
def monte_carlo_parabole(n):
# Aire sous la parabole y = x^2 pour x dans [0,1] (valeur exacte : 1/3)
dessous = 0
for i in range(n):
x, y = random(), random()
if y <= x*x:
dessous += 1
return dessous / n
print(monte_carlo_pi(10**6)) # 3.1409 (pi = 3.14159...)
print(monte_carlo_parabole(10**6)) # 0.3335 (1/3 = 0.3333...)
Monte-Carlo pour : chaque point du carré a une probabilité de tomber dans le quart de disque ; la fréquence observée, multipliée par , estime .
10.8 Un peu d'histoire
Les probabilités conditionnelles apparaissent au XVIIIe siècle dans les travaux de Bayes et de Moivre — avec des questions parfois surprenantes : « quelle est la probabilité que le soleil se lève demain, sachant qu'il s'est levé depuis le commencement du monde ? » C'est Laplace qui en élabore la notion. Omniprésentes dans la vie courante (justice, médecine, assurances), elles mènent facilement, mal utilisées, à de fausses affirmations — l'inversion illégitime des conditionnements en tête.
10.9 Approfondissements
On lance fois une pièce équilibrée. Par indépendance, la probabilité d'obtenir dix « pile » est , et celle d'obtenir au moins un « face » vaut, par passage au contraire,
Le passage au contraire transforme « au moins un » en « aucun » : réflexe essentiel.
Un pion part de sur un axe gradué ; à chaque étape il avance de avec probabilité ou recule de sinon, indépendamment. Après deux pas, l'arbre donne :
from random import choice
def marche(n):
# Position finale d'une marche aléatoire de n pas
position = 0
for i in range(n):
position += choice([-1, 1])
return position
Les marches aléatoires modélisent aussi bien le jeu de pile ou face (gain cumulé) que la diffusion d'une particule ; leur étude fine relève de la terminale et au-delà.
10.10 Quiz interactif style NotebookLM
Un quiz interactif d'auto-évaluation à choix multiples au format NotebookLM est disponible pour ce chapitre sur la plateforme en ligne (https://adloun.net/playground).