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Nombres réels

Cours complet · mathématiques (seconde), chapitre 3 · seconde générale

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Au collège, on a appris à comparer des nombres et à résoudre des inéquations du premier degré. Ce chapitre rassemble tous les nombres sur une même droite numérique : l'ensemble des nombres réels. On y introduit une notion nouvelle, l'intervalle, qui décrit un ensemble de nombres vérifiant des inégalités, et la valeur absolue, qui mesure la distance entre deux réels.

3.1 L'ensemble et la droite numérique

Définition 3.1Nombres réels et droite numérique

L'ensemble des nombres réels, noté , est l'ensemble de tous les nombres que l'on peut placer sur une droite graduée, appelée droite numérique (ou droite réelle). À chaque point de la droite correspond un unique réel, son abscisse, et réciproquement.

Méthode : Lire et placer une abscisse

Pour lire l'abscisse d'un point, on repère sa position par rapport aux graduations et l'on estime, si besoin, la fraction de carreau. Pour placer un réel d'abscisse donnée, on part de et on se déplace vers la droite (nombre positif) ou vers la gauche (nombre négatif) de la distance correspondante.

3.2 Intervalles de

Un intervalle est l'ensemble des réels compris entre deux bornes ; c'est une portion « d'un seul tenant » de la droite numérique.

Définition 3.2Notations des intervalles

Soit et deux réels avec .

IntervalleEnsemble des réels tels queBornes
fermé (bornes comprises)
ouvert (bornes exclues)
semi-ouvert
non borné à droite
non borné à gauche

Un crochet fermé inclut la borne (point plein) ; un crochet ouvert l'exclut (point creux). Du côté de l'infini, le crochet est toujours ouvert.


Du côté de l'infini, il n'y a pas de borne à inclure : le crochet reste ouvert et la demi-droite se prolonge par une flèche.

Méthode : Un réel appartient-il à un intervalle ?

On compare le réel aux deux bornes : il appartient à l'intervalle si les inégalités correspondantes sont vérifiées, en tenant compte du caractère ouvert ou fermé de chaque borne.

Exemple 3.3

Avec : on a (borne fermée) et , mais (borne ouverte) et .

3.3 Valeur absolue et distance

Définition 3.4Valeur absolue

La valeur absolue d'un réel , notée , est la distance de à sur la droite numérique :

Exemple 3.5

,   ,   . Une valeur absolue est toujours positive ou nulle.

Proposition 3.6Distance entre deux réels

La distance entre deux réels et sur la droite numérique est

Exemple 3.7

La distance entre et est . La distance entre et est également.

La valeur absolue se lit sur la droite numérique : est la distance de à (vert), et la distance entre et (orange).

3.4 Inéquation et intervalle centré

◆Théorème 3.8Caractérisation d'un intervalle par sa distance au centre

Soit un réel et un réel positif. Dire que , c'est dire que la distance de à ne dépasse pas . L'ensemble des solutions est l'intervalle centré en et de rayon :

Exemple 3.9

Résoudre : les solutions sont les réels à distance au plus de , c'est-à-dire , soit .

iRemarque

En Seconde, la valeur absolue sert uniquement à exprimer une distance et à décrire les intervalles centrés : toute autre utilisation est hors programme.

3.5 Nombres décimaux et encadrement

Définition 3.10Nombres décimaux

Un nombre est décimal s'il peut s'écrire sous la forme avec et : ce sont les nombres possédant un nombre fini de chiffres après la virgule. Leur ensemble est noté .

Exemple 3.11

et sont décimaux. Tout entier est décimal (), donc .

Définition 3.12Encadrement décimal à près

Encadrer un réel à près (c'est-à-dire avec une amplitude ), c'est trouver deux décimaux consécutifs et tels que

Le décimal est la valeur approchée par défaut, et la valeur approchée par excès.

Exemple 3.13

Pour : un encadrement à près (amplitude ) est

En « zoomant » sur la droite numérique, on affine l'encadrement : puis .

ImportantArrondir avec le bon nombre de chiffres significatifs

Lors de la résolution d'un problème, on arrondit le résultat en gardant un nombre de chiffres significatifs adapté à la situation (à la précision des données). Par exemple, une longueur mesurée « environ m » sera donnée avec chiffres significatifs : un résultat comme sera arrondi à m.

Une première démonstration : n'est pas décimal

◆Théorème 3.14Le rationnel n'est pas décimal

Le nombre n'appartient pas à .

Démonstration (par l'absurde). Supposons que soit décimal. Il s'écrit alors avec entier et entier naturel. En multipliant en croix, on obtient

donc serait un multiple de . Or s'écrit « suivi de zéros » : la somme de ses chiffres vaut , qui n'est pas un multiple de . D'après le critère de divisibilité par (chapitre 2), n'est donc pas un multiple de . C'est une contradiction : n'est pas décimal.

3.6 Notation scientifique et ordres de grandeur

Un automatisme du collège, réactivé ici : écrire un nombre décimal à l'aide d'une puissance de permet de manier commodément de très grands ou de très petits nombres, et d'en estimer rapidement l'ordre de grandeur.

Définition 3.15Notation scientifique

La notation scientifique d'un nombre décimal non nul est son écriture sous la forme

Le nombre , appelé mantisse, possède un unique chiffre non nul avant la virgule.

Exemple 3.16

;    ;    est déjà écrit en notation scientifique.

Méthode : Écrire un nombre en notation scientifique

  • placer la virgule juste après le premier chiffre non nul pour former la mantisse (avec ) ;
  • compter de combien de rangs la virgule a été déplacée : c'est la valeur absolue de ;
  • l'exposant est positif si le nombre est grand (), négatif s'il est petit ().
iRemarque

La notation scientifique permet de comparer rapidement de très grands ou de très petits nombres : on compare d'abord les exposants de , puis, à exposant égal, les mantisses. Ainsi car .

Définition 3.17Ordre de grandeur

L'ordre de grandeur d'un nombre est la puissance de qui en donne la taille approximative. On l'obtient à partir de la notation scientifique : on convient de retenir si , et si .

Exemple 3.18

L'ordre de grandeur de est (car ). Celui de est (car ).


Sur cette frise, un pas correspond à une multiplication par : le cheveu ( m) est dix fois plus large que le globule rouge ( m), et le diamètre de la Terre dépasse la taille d'un homme de sept ordres de grandeur.

ImportantCalculer avec des puissances de 10

Pour multiplier ou diviser des nombres en notation scientifique, on traite séparément les mantisses et les puissances de :

puis on réajuste la mantisse pour revenir à si nécessaire.

3.7 Nombres rationnels et nombres irrationnels

Définition 3.19Nombres rationnels

Un nombre est rationnel s'il s'écrit comme un quotient de deux entiers, avec et . Leur ensemble est noté . Tout décimal est rationnel, d'où la chaîne d'inclusions

Chaque famille contient la précédente ; les décimaux s'intercalent entre et . En bordure de : les irrationnels.

Définition 3.20Nombres irrationnels

Un réel qui n'est pas rationnel (qui ne peut s'écrire comme quotient de deux entiers) est dit irrationnel. La géométrie en fournit des exemples : la diagonale d'un carré de côté mesure , et le périmètre d'un cercle fait intervenir ; or et sont irrationnels.

La géométrie fournit des irrationnels : la diagonale du carré de côté mesure , le périmètre du cercle de rayon vaut .

Une deuxième démonstration : est irrationnel

◆Théorème 3.21Irrationalité de

Le nombre réel n'est pas rationnel.

Démonstration (par l'absurde). Supposons que soit rationnel. On peut alors l'écrire sous forme de fraction irréductible (chapitre 2), avec et entiers sans diviseur commun autre que . En élevant au carré :

Ainsi est pair, donc est pair (chapitre 2 : un entier et son carré ont la même parité). Écrivons . Alors , d'où : est pair, donc est pair lui aussi. Mais alors et sont tous deux divisibles par , ce qui contredit le fait que la fraction est irréductible. L'hypothèse est donc intenable : est irrationnel.

3.8 Algorithme : encadrer par balayage

Puisque est irrationnel, on ne peut pas l'écrire exactement ; on cherche à l'encadrer d'aussi près que l'on veut. La méthode du balayage avance pas à pas depuis tant que le carré reste inférieur à .


def encadrement_racine2(n):
    # Encadre sqrt(2) avec une amplitude 10^(-n), par balayage
    pas = 10 ** (-n)
    x = 1
    while (x + pas) ** 2 <= 2:
        x = x + pas
    return x, x + pas       # x <= sqrt(2) < x + pas
Exemple 3.22

En sortie de boucle, , donc : l'encadrement a bien une amplitude . Pour , l'appel encadrement_racine2(2) renvoie , c'est-à-dire .

Balayage au pas de : on avance tant que le carré ne dépasse pas , et l'on s'arrête juste avant ; d'où .

iRemarqueLes décimaux de la machine sont approchés

En exécutant réellement ce programme, on peut obtenir un affichage comme 1.4100000000000004 au lieu de : l'ordinateur représente les décimaux de façon approchée, et de minuscules erreurs d'arrondi s'accumulent au fil des additions. C'est un fait général : calculatrices et logiciels font des calculs approchés. Pour un affichage propre, on peut arrondir le résultat :


    return round(x, n), round(x + pas, n)
iRemarqueApprofondissement : développement décimal

En poursuivant le balayage, on obtient de plus en plus de décimales : Un réel possède un développement décimal illimité. Pour les rationnels, ce développement finit par être périodique (par exemple ou ) ; pour un irrationnel comme ou , il ne l'est jamais.

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