Aspects énergétiques du mouvement
Cours complet · physique-chimie (terminale), chapitre 10 · terminale, spécialité physique-chimie
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L'étude de la mécanique peut être abordée de deux manières complémentaires. La première, fondée sur les lois de Newton, décrit le mouvement à partir des forces et de leurs effets instantanés sur le vecteur vitesse. La seconde, présentée dans ce chapitre, repose sur la notion d'énergie : plutôt que de suivre le détail du mouvement à chaque instant, on s'intéresse aux échanges et aux transformations d'énergie entre l'état initial et l'état final d'un système.
Cette approche énergétique présente un grand intérêt pratique : elle permet souvent de résoudre des problèmes sans connaître la durée du mouvement ni intégrer les équations différentielles. La grandeur centrale qui relie les forces au mouvement est le travail. Nous verrons comment le travail d'une force modifie l'énergie cinétique d'un système (théorème de l'énergie cinétique), comment introduire des énergies potentielles, et enfin comment l'énergie mécanique se conserve ou se dissipe selon la nature des forces en jeu.
10.1 Travail d'une force constante
10.1.1 Définition du travail
Lorsqu'une force agit sur un système qui se déplace, elle effectue un travail. Ce travail traduit le transfert d'énergie associé à l'action de la force le long du déplacement.
Le travail d'une force constante lors d'un déplacement rectiligne de son point d'application de vers est le produit scalaire de la force par le vecteur déplacement :
où est l'angle entre la force et le déplacement . Le travail s'exprime en joule ().
Le signe du travail dépend de l'angle :
- si , : le travail est moteur (), la force favorise le mouvement ;
- si , : le travail est résistant (), la force s'oppose au mouvement ;
- si , : le travail est nul, la force est perpendiculaire au déplacement.
Une force perpendiculaire au déplacement, comme la réaction normale d'un support sur un solide en mouvement sur un plan, ne travaille pas.
Le travail ne retient que la composante de la force le long du déplacement : — la composante perpendiculaire ne contribue pas.
Une caisse est tirée sur par une force d'intensité inclinée de par rapport à l'horizontale (qui est la direction du déplacement). Le travail de cette force vaut :
Le travail est moteur car la force possède une composante dans le sens du déplacement.
10.1.2 Travail du poids
Le poids est une force constante près de la surface terrestre (champ de pesanteur uniforme). Son travail possède une propriété remarquable.
Le travail du poids d'un système de masse se déplaçant d'un point à un point ne dépend que de la dénivellation verticale, et non du chemin suivi :
où l'axe est orienté vers le haut. Le travail du poids est moteur lors d'une descente () et résistant lors d'une montée.
Cette indépendance vis-à-vis du chemin n'a rien d'anodin : c'est elle qui permettra de définir une énergie potentielle de pesanteur.
Le fait que le travail du poids soit indépendant du chemin suivi est essentiel : on dit que le poids est une force conservative. C'est cette propriété qui permettra d'associer au poids une énergie potentielle.
Un solide de masse glisse le long d'un plan incliné et descend d'une hauteur . Avec , le travail du poids vaut :
Ce résultat ne dépend ni de l'angle du plan, ni de la longueur réellement parcourue.
10.1.3 Travail de la force électrique
Dans un condensateur plan, le champ électrique est uniforme entre les armatures. Une particule de charge y subit une force électrique constante .
Pour une charge placée dans un champ électrique uniforme et se déplaçant de vers , le travail de la force électrique est :
Comme le travail du poids, ce travail est indépendant du chemin suivi : la force électrique en champ uniforme est elle aussi conservative.
Entre deux armatures distantes de règne un champ uniforme . Une charge se déplace d'une armature à l'autre en suivant les lignes de champ. Le travail vaut :
10.2 Énergie cinétique et théorème de l'énergie cinétique
10.2.1 Énergie cinétique
L'énergie cinétique d'un système de masse (assimilé à un point matériel) animé de la vitesse est :
s'exprime en joule (), en kilogramme () et en mètre par seconde (). L'énergie cinétique est toujours positive et traduit l'énergie liée au mouvement.
10.2.2 Théorème de l'énergie cinétique
Le lien entre le travail des forces et la variation de vitesse est donné par un théorème fondamental.
Dans un référentiel galiléen, la variation de l'énergie cinétique d'un système entre deux instants est égale à la somme des travaux de toutes les forces extérieures appliquées au système entre ces deux instants :
soit
Ce théorème est l'outil central de l'approche énergétique : il relie directement la cause (les forces et leurs travaux) à l'effet observé (la variation de vitesse).
Méthode : Appliquer le théorème de l'énergie cinétique
- Définir le système et le référentiel (galiléen).
- Réaliser le bilan des forces extérieures appliquées au système.
- Calculer le travail de chaque force entre l'état initial et l'état final (attention au signe).
- Écrire et isoler la grandeur cherchée (vitesse, distance, force…).
Un skieur de masse part du repos et descend une piste, perdant une altitude . En négligeant les frottements, seul le poids travaille (la réaction du sol est perpendiculaire au déplacement). Le théorème de l'énergie cinétique donne :
La masse n'intervient pas dans le résultat final.
10.3 Énergies potentielles
À toute force conservative, on peut associer une énergie potentielle, c'est-à-dire une énergie stockée du fait de la position du système.
10.3.1 Énergie potentielle de pesanteur
L'énergie potentielle de pesanteur d'un système de masse situé à l'altitude (axe vertical orienté vers le haut) est :
Le choix de l'origine des altitudes () fixe la constante ; on prend généralement à l'altitude de référence, d'où .
Le travail du poids est l'opposé de la variation de l'énergie potentielle de pesanteur :
Cette relation est caractéristique d'une force conservative.
10.3.2 Énergie potentielle élastique
Un ressort de raideur allongé ou comprimé d'une longueur par rapport à sa position de repos emmagasine une énergie potentielle élastique :
s'exprime en et en . Cette énergie est toujours positive et nulle lorsque le ressort est au repos.
Un ressort de raideur est comprimé de . L'énergie potentielle élastique emmagasinée vaut :
10.4 Énergie mécanique
10.4.1 Définition
L'énergie mécanique d'un système est la somme de son énergie cinétique et de ses énergies potentielles :
Dans le champ de pesanteur, et donc .
10.4.2 Conservation de l'énergie mécanique
Si un système n'est soumis qu'à des forces conservatives (ou à des forces dont le travail est nul, comme la réaction normale d'un support), son énergie mécanique se conserve au cours du mouvement :
Il y a alors transformation réciproque entre énergie cinétique et énergie potentielle, sans perte.
Lors d'une chute libre, seul le poids agit. L'énergie mécanique se conserve : à mesure que le système descend, diminue tandis que augmente d'autant. À tout instant, reste constant.
10.4.3 Cas non conservatif : les frottements
Dans la réalité, les frottements sont presque toujours présents. La force de frottement, opposée au déplacement, fournit un travail résistant.
Lorsqu'un système subit des forces de frottement, son énergie mécanique varie : la variation est égale au travail des forces non conservatives (frottements) :
Comme le travail des frottements est résistant (), l'énergie mécanique diminue : . L'énergie mécanique perdue est convertie en énergie thermique (dissipation).
Un palet de masse lancé sur une table horizontale à s'arrête après une distance . Comme la table est horizontale, ne varie pas et :
L'énergie mécanique a diminué de , intégralement dissipée par les frottements sous forme de chaleur.
10.5 Interprétation énergétique des mouvements
L'approche énergétique éclaire la nature des mouvements. La représentation des courbes , et permet de visualiser les échanges d'énergie.
- Si reste constante (droite horizontale), le mouvement est conservatif : aucun frottement n'intervient.
- Si décroît au cours du temps, des forces dissipatives (frottements) sont présentes.
- Aux points où est maximale, la vitesse est maximale ; aux points où , le système est momentanément au repos.
La figure suivante illustre la conservation de l'énergie mécanique pendant une chute (échanges entre et ).
10.5.1 Capacité numérique : tracer les grandeurs énergétiques
Le programme demande de représenter, à l'aide d'un langage de programmation, l'évolution des énergies d'un système en mouvement dans un champ uniforme, à partir de données expérimentales (pointage vidéo).
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
m, g, dt = 0.058, 9.81, 0.05 # balle de tennis, pas de pointage (s)
# positions pointees (m) : tir incline
x = np.array([0.00, 0.35, 0.70, 1.05, 1.40, 1.75, 2.10, 2.45])
y = np.array([0.00, 0.29, 0.53, 0.71, 0.83, 0.90, 0.91, 0.87])
# vitesses par differences centrees (points 1 a n-2)
vx = (x[2:] - x[:-2]) / (2*dt)
vy = (y[2:] - y[:-2]) / (2*dt)
v2 = vx**2 + vy**2
t = np.arange(len(x)) * dt
Ec = 0.5 * m * v2 # energie cinetique (J)
Epp = m * g * y[1:-1] # energie potentielle (J)
Em = Ec + Epp # energie mecanique (J)
plt.plot(t[1:-1], Ec, "ro-", label="Ec")
plt.plot(t[1:-1], Epp, "gs-", label="Epp")
plt.plot(t[1:-1], Em, "b^-", label="Em")
plt.xlabel("t (s)"); plt.ylabel("energie (J)")
plt.legend(); plt.grid(); plt.show()
# Em est quasi constante : les frottements sont negligeables.
# Si Em decroissait nettement, on quantifierait la dissipation.
Énergies d'un projectile à partir d'un pointage vidéo