Mouvement circulaire et gravitation
Cours complet · physique-chimie (terminale), chapitre 9 · terminale, spécialité physique-chimie
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
L'étude du mouvement des astres a longtemps fasciné les hommes. Du géocentrisme antique aux lois de Kepler établies au début du XVIIe siècle, puis à la loi de gravitation universelle de Newton (1687), la physique a peu à peu unifié la chute d'une pomme et la course de la Lune autour de la Terre sous une même description : un même type de force, la gravitation, gouverne aussi bien les objets terrestres que les corps célestes.
Dans ce chapitre, nous étudions d'abord le mouvement circulaire, en particulier le mouvement circulaire uniforme et son accélération dirigée vers le centre. Nous introduisons ensuite la loi de gravitation universelle, qui joue le rôle de force centripète pour les planètes et les satellites. Nous appliquons enfin la deuxième loi de Newton pour déterminer la vitesse et la période orbitales, puis nous présentons les trois lois de Kepler et le cas particulier du satellite géostationnaire.
9.1 Le mouvement circulaire
9.1.1 Repérage et base de Frenet
Un point matériel est en mouvement circulaire lorsque sa trajectoire est un cercle (ou un arc de cercle) de centre et de rayon . À chaque instant, le point se trouve à une distance constante du centre .
Pour décrire ce mouvement, il est commode d'utiliser une base mobile liée au point : la base de Frenet , constituée de deux vecteurs unitaires :
- , vecteur tangentiel, porté par la tangente à la trajectoire et orienté dans le sens du mouvement ;
- , vecteur normal, porté par le rayon et dirigé de vers le centre (vers l'intérieur de la trajectoire).
En un point d'une trajectoire circulaire, la base de Frenet est la base orthonormée telle que :
- est tangent à la trajectoire, dirigé dans le sens du mouvement ;
- est normal à la trajectoire, dirigé vers le centre du cercle.
Cette base est mobile : elle suit le point et change donc de direction au cours du temps.
9.1.2 Vecteur vitesse
Le vecteur vitesse est toujours tangent à la trajectoire et orienté dans le sens du mouvement. Dans la base de Frenet, il s'écrit donc simplement :
où est la valeur (norme) de la vitesse, en .
Un mouvement est dit circulaire uniforme lorsque la trajectoire est un cercle et que la valeur de la vitesse est constante au cours du temps.
Attention : le vecteur vitesse n'est pas constant, car sa direction change en permanence. Seule sa norme est constante.
Pour un mouvement circulaire uniforme de rayon , la période est la durée d'un tour complet. Pendant cette durée, le point parcourt le périmètre :
On définit aussi la vitesse angulaire (en ), reliée à la vitesse par .
9.1.3 Vecteur accélération
Même si la valeur de la vitesse est constante, le mouvement circulaire uniforme est un mouvement accéléré : le vecteur vitesse change de direction, donc l'accélération n'est pas nulle. On démontre que, dans le cas uniforme, l'accélération est entièrement normale (centripète).
Pour un mouvement circulaire de rayon , le vecteur accélération s'écrit dans la base de Frenet :
- La composante tangentielle traduit la variation de la valeur de la vitesse.
- La composante normale , toujours positive, traduit le changement de direction : elle incurve la trajectoire vers le centre.
Dans le cas circulaire uniforme ( constante), la composante tangentielle est nulle et l'accélération est entièrement centripète :
Le point qui résiste le plus est celui-ci : comment un mouvement uniforme peut-il être accéléré ? La construction de y répond sans calcul.
Un enfant sur un manège décrit un cercle de rayon à la vitesse constante . La valeur de son accélération vaut :
Ce vecteur accélération est dirigé en permanence vers le centre du manège.
9.2 Force centripète et deuxième loi de Newton
D'après la deuxième loi de Newton, . Dans un mouvement circulaire uniforme, comme est centripète, la somme des forces appliquées au système doit elle aussi être centripète : c'est la force centripète.
On appelle force centripète la résultante des forces qui, dans un mouvement circulaire, est dirigée vers le centre de la trajectoire. Pour un mouvement circulaire uniforme de rayon , sa valeur vaut :
La force centripète n'est pas une force « nouvelle » : c'est le nom donné à la résultante des forces réelles (tension, frottement, gravitation…) lorsqu'elle pointe vers le centre.
Méthode : Étudier un mouvement circulaire avec la 2e loi de Newton
- Définir le système et le référentiel (souvent supposé galiléen).
- Faire le bilan des forces extérieures appliquées au système.
- Projeter la deuxième loi de Newton dans la base de Frenet.
- Utiliser le fait que, pour un mouvement circulaire uniforme, (composante tangentielle nulle).
- Résoudre pour obtenir la grandeur cherchée (vitesse, période, force…).
9.3 La gravitation universelle
9.3.1 La loi de Newton
Isaac Newton énonce en 1687 que deux corps massiques s'attirent mutuellement. Cette attraction, la gravitation, est universelle : elle s'exerce entre tous les corps possédant une masse.
Deux corps ponctuels et , de masses et , séparés d'une distance , exercent l'un sur l'autre des forces attractives, de même valeur et de sens opposés. La valeur de la force exercée par sur (et par sur ) est :
où est la constante de gravitation universelle.
La force exercée par sur est dirigée de vers : la gravitation est toujours attractive.
Si est le vecteur unitaire dirigé de vers , la force exercée par sur s'écrit :
Le signe « moins » traduit le caractère attractif : la force pointe vers le corps attracteur . De plus, d'après le principe des actions réciproques, .
Avec , et , la valeur de la force d'attraction gravitationnelle entre la Terre et la Lune vaut :
9.3.2 Poids et champ de gravitation
Au voisinage d'un astre de masse et de rayon , un corps de masse subit une force gravitationnelle qui, sur Terre, est assimilée au poids. On définit le champ de gravitation à la distance du centre de l'astre par :
exprimé en . À la surface de la Terre, on retrouve l'ordre de grandeur de .
Avec et :
9.4 Mouvement des satellites et des planètes
9.4.1 Mise en équation
Considérons un satellite de masse en orbite circulaire de rayon autour d'un astre central de masse (par exemple la Terre). Le système \{satellite\} est étudié dans le référentiel géocentrique, supposé galiléen. La seule force prise en compte est l'attraction gravitationnelle de l'astre central, qui joue le rôle de force centripète.
La figure ci-dessous illustre la situation : la force gravitationnelle et l'accélération sont dirigées vers le centre, tandis que la vitesse est tangente à l'orbite.
En projetant la deuxième loi de Newton sur le vecteur normal (dirigé vers le centre) :
La masse du satellite se simplifie : le mouvement ne dépend pas de la masse du satellite.
Un satellite en orbite circulaire de rayon autour d'un astre de masse a une vitesse de valeur constante :
Le mouvement est donc circulaire uniforme. La vitesse ne dépend que de la masse de l'astre central et du rayon de l'orbite, mais pas de la masse du satellite.
La période du satellite vérifie , d'où :
L'ISS orbite à une altitude , soit un rayon . Avec :
soit environ . La période correspondante est d'environ .
9.5 Les lois de Kepler
Avant Newton, Johannes Kepler (1571--1630) avait établi, à partir des observations astronomiques de Tycho Brahe, trois lois empiriques décrivant le mouvement des planètes autour du Soleil. La loi de gravitation de Newton permet ensuite de les démontrer.
Dans le référentiel héliocentrique, chaque planète décrit une orbite elliptique dont le Soleil occupe l'un des foyers.
Dans le cas particulier d'une orbite circulaire, le Soleil occupe le centre du cercle, et le mouvement est circulaire uniforme.
Le segment reliant le Soleil à la planète (rayon vecteur) balaie des aires égales pendant des durées égales.
Conséquence : la planète se déplace plus vite lorsqu'elle est proche du Soleil (au périhélie) et plus lentement lorsqu'elle en est éloignée (à l'aphélie).
Loi des aires : les deux secteurs colorés, balayés pendant la même durée , ont la même aire — près du Soleil (périhélie), l'arc parcouru est long (la planète va vite) ; loin du Soleil (aphélie), il est court.
Pour toutes les planètes en orbite autour d'un même astre, le rapport du carré de la période au cube du demi-grand axe de l'orbite est une constante :
Cette constante ne dépend que de l'astre central. Pour une orbite circulaire, le demi-grand axe est égal au rayon de l'orbite.
La loi devient une simple droite dès qu'on choisit les bons axes.
À partir de , on élève au carré :
Le rapport ne dépend que de la masse de l'astre central : c'est bien la troisième loi de Kepler. Elle permet de déterminer la masse de l'astre central à partir de la mesure de et de .
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
# donnees astronomiques : demi-grand axe a (m), periode T (s)
planetes = ["Mercure", "Venus", "Terre", "Mars",
"Jupiter", "Saturne", "Uranus", "Neptune"]
a = np.array([0.579, 1.082, 1.496, 2.279,
7.786, 14.34, 28.71, 44.95]) * 1e11
T = np.array([0.241, 0.615, 1.000, 1.881,
11.86, 29.45, 84.02, 164.8]) * 3.156e7
rapport = T**2 / a**3
for nom, k in zip(planetes, rapport):
print(f"{nom:8s} T^2/a^3 = {k:.3e}") # 2.97e-19 pour toutes !
# regression : T^2 = k * a^3 -> droite dans le plan (a^3, T^2)
k, _ = np.polyfit(a**3, T**2, 1)
M_soleil = 4 * np.pi**2 / (6.67e-11 * k)
print("Masse du Soleil :", M_soleil, "kg") # 2.0e30 kg
plt.loglog(a, T, "o")
plt.xlabel("a (m)"); plt.ylabel("T (s)")
plt.title("Pente 3/2 en echelle log-log : T^2 proportionnel a a^3")
plt.grid(which="both"); plt.show()
Capacité numérique : tester la troisième loi de Kepler sur les planètes
Le rapport est bien le même pour les huit planètes (troisième loi), et la régression fournit la masse du Soleil. La deuxième loi se teste de même en calculant l'aire balayée entre deux positions successives d'une planète (données d'éphémérides) et en vérifiant qu'elle est constante à durée fixée.
La Terre décrit une orbite quasi circulaire de rayon avec une période an . La masse du Soleil vaut :
9.6 Le satellite géostationnaire
Un satellite est dit géostationnaire lorsqu'il paraît immobile pour un observateur terrestre. Cela impose trois conditions :
- son orbite est dans le plan de l'équateur ;
- il tourne dans le même sens que la Terre (d'ouest en est) ;
- sa période de révolution est égale à la période de rotation de la Terre sur elle-même, soit un jour sidéral (environ ).
Méthode : Calculer l'altitude d'un satellite géostationnaire
À partir de la troisième loi de Kepler , on isole le rayon de l'orbite :
puis l'altitude . Avec , et , on obtient , soit une altitude (environ ).