Phénomènes ondulatoires, lumière et photons
Cours complet · physique-chimie (terminale), chapitre 13 · terminale, spécialité physique-chimie
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
La lumière, longtemps décrite comme un faisceau de particules, révèle dans de nombreuses expériences un comportement caractéristique des ondes. La diffraction et les interférences constituent les deux phénomènes emblématiques qui ont imposé le modèle ondulatoire de la lumière au début du XIXe siècle. Dans ce chapitre, nous étudions ces deux manifestations ondulatoires, puis nous abordons l'effet Doppler, décalage de fréquence associé au mouvement relatif d'une source et d'un récepteur. Ces notions trouvent des applications majeures, du contrôle radar de la vitesse à la mesure de l'expansion de l'Univers.
13.1 Le modèle ondulatoire de la lumière
13.1.1 Onde lumineuse et longueur d'onde
Une onde lumineuse est une onde électromagnétique qui se propage dans le vide à la célérité . Elle est caractérisée par sa fréquence (en hertz) et, dans le vide, par sa longueur d'onde liées par la relation suivante.
La longueur d'onde dans le vide d'une onde lumineuse de fréquence est
où est la célérité de la lumière dans le vide. La longueur d'onde s'exprime en mètres, mais on utilise couramment le nanomètre : .
L'œil humain perçoit les radiations dont la longueur d'onde dans le vide est comprise approximativement entre (violet) et (rouge). Une lumière monochromatique correspond à une seule longueur d'onde ; une lumière polychromatique (lumière blanche) résulte de la superposition de plusieurs radiations.
Un laser hélium-néon émet une lumière rouge de longueur d'onde . Sa fréquence vaut
13.2 Intensité sonore et niveau d'intensité sonore
13.2.1 Intensité et niveau
L'intensité sonore est la puissance transportée par l'onde sonore par unité de surface : , en . L'oreille humaine perçoit des intensités s'étalant sur douze ordres de grandeur, du seuil d'audibilité (intensité de référence) au seuil de douleur ().
Pour couvrir cette immense gamme, on définit le niveau d'intensité sonore (en décibels, ) par :
Le seuil d'audibilité correspond à , une conversation à , un concert à (seuil de danger : ).
- Doubler l'intensité (deux sources identiques au lieu d'une) ajoute — et non le double de décibels !
- Multiplier l'intensité par ajoute .
Une enceinte produit , soit . Deux enceintes identiques produisent , soit
13.2.2 Atténuation
En s'éloignant de la source, le niveau sonore diminue : c'est l'atténuation, mesurée en décibels (). Elle a deux origines :
- atténuation géométrique : la puissance émise se répartit sur une surface de plus en plus grande (une sphère de surface pour une source isotrope) ; l'intensité décroît en — doubler la distance divise par , soit une atténuation de ;
- atténuation par absorption : le milieu (air, cloison, mousse isolante) absorbe une partie de l'énergie de l'onde, convertie en énergie thermique — c'est le principe de l'isolation phonique.
13.3 La diffraction
13.3.1 Mise en évidence
Lorsqu'une onde rencontre une ouverture ou un obstacle dont la dimension est de l'ordre de sa longueur d'onde, elle ne se propage plus en ligne droite : elle s'étale dans toutes les directions au-delà de l'obstacle. Ce phénomène, appelé diffraction, est caractéristique des ondes et n'a pas d'explication dans le modèle corpusculaire géométrique.
La diffraction est l'étalement des directions de propagation d'une onde lorsqu'elle traverse une ouverture (fente, trou) ou rencontre un obstacle (fil) de dimension comparable à sa longueur d'onde. Le phénomène est d'autant plus marqué que la dimension de l'ouverture est petite devant .
La diffraction devient notable lorsque la dimension caractéristique de l'ouverture ou de l'obstacle est du même ordre de grandeur que la longueur d'onde :
La diffraction n'altère ni la longueur d'onde, ni la fréquence, ni la célérité de l'onde.
13.3.2 Diffraction par une fente ou un fil
Lorsqu'un faisceau laser de longueur d'onde éclaire une fente fine (ou un fil) de largeur , on observe sur un écran éloigné une figure de diffraction : une tache centrale lumineuse, large et intense, entourée de taches secondaires moins lumineuses.
Pour une fente (ou un fil) de largeur éclairée par une onde monochromatique de longueur d'onde , l'écart angulaire entre le milieu de la tache centrale et le premier minimum d'intensité (demi-largeur angulaire de la tache centrale) est
avec en radians, et en mètres. Cette relation suppose le petit angle ( exprimé en radians).
Si l'écran est placé à une distance de la fente, avec , la demi-largeur de la tache centrale (distance entre le centre et le premier minimum) vérifie, pour les petits angles () :
La largeur totale de la tache centrale vaut donc .
Méthode : Déterminer une dimension par diffraction
Pour mesurer la largeur d'une fente ou le diamètre d'un fil :
- Mesurer la largeur totale de la tache centrale sur l'écran et la distance fente--écran.
- En déduire l'écart angulaire : (petits angles).
- Appliquer pour obtenir .
Vérifier la cohérence des unités et l'ordre de grandeur ( de l'ordre du dixième de millimètre pour la lumière visible).
Un fil de diamètre est éclairé par un laser de longueur d'onde ; l'écran est à . L'écart angulaire vaut
La largeur totale de la tache centrale est
13.4 Les interférences
13.4.1 Conditions d'interférence
Lorsque deux ondes lumineuses se superposent en un même point, leurs effets peuvent s'ajouter ou se compenser. Pour observer un phénomène stable d'interférences, les deux ondes doivent être cohérentes.
Deux ondes sont dites cohérentes lorsqu'elles ont la même fréquence (donc la même longueur d'onde) et présentent un déphasage constant au cours du temps. En pratique, on les obtient à partir d'une même source que l'on dédouble (par exemple à l'aide de deux fentes proches).
La différence de marche en un point M est la différence des distances parcourues par les deux ondes issues des sources et pour atteindre M :
Elle s'exprime en mètres et détermine l'état d'interférence au point M.
Pour deux ondes cohérentes de longueur d'onde en phase à l'émission :
- interférences constructives (intensité maximale, frange brillante) si la différence de marche est un multiple entier de :
- interférences destructives (intensité minimale, frange sombre) si la différence de marche est un multiple impair de demi-longueur d'onde :
Superposer deux ondes n'est pas les additionner en amplitude : selon leur décalage, elles se renforcent ou s'annulent.
Démonstration (— établir les conditions d'interférences)
Les deux ondes, émises en phase, parcourent des distances différentes pour atteindre M : la seconde arrive avec un retard par rapport à la première.
- Si , le retard vaut : un nombre entier de périodes. Les deux ondes vibrent en phase en M (crête sur crête) : leurs amplitudes s'ajoutent, l'interférence est constructive.
- Si , le retard vaut un nombre entier de périodes plus une demi-période : les ondes vibrent en opposition de phase (crête sur creux) : elles se compensent, l'interférence est destructive.
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
f = 2.0 # frequence commune (Hz)
t = np.linspace(0, 2, 1000)
for phi in [0, np.pi/2, np.pi]: # dephasage de la seconde onde
s1 = np.sin(2*np.pi*f*t)
s2 = np.sin(2*np.pi*f*t + phi)
plt.plot(t, s1 + s2, label=f"phi = {phi:.2f} rad")
plt.xlabel("t (s)"); plt.ylabel("somme des signaux")
plt.legend(); plt.grid(); plt.show()
# phi = 0 : amplitude double (interference constructive)
# phi = pi : somme nulle (interference destructive)
Capacité numérique : somme de deux sinusoïdes synchrones, phase variable
13.4.2 Le dispositif des fentes de Young
Le dispositif des fentes de Young consiste à éclairer deux fentes fines parallèles et , distantes de , avec une lumière monochromatique. Sur un écran placé à une distance , on observe une succession régulière de franges brillantes et sombres parallèles aux fentes : les franges d'interférences.
Les franges (alternance de zones brillantes et sombres régulièrement espacées) sont représentées sur l'écran ; le point M est repéré par son abscisse comptée depuis le centre .
Pour un point M de l'écran situé à l'abscisse (mesurée à partir du centre de la figure), avec et (petits angles), la différence de marche vaut
L'interfrange est la distance qui sépare les milieux de deux franges brillantes (ou sombres) consécutives. Dans le dispositif de Young :
où est la longueur d'onde, la distance fentes--écran et l'écartement des fentes. Toutes les grandeurs sont en mètres.
Démonstration (— établir l'expression de l'interfrange)
Les franges brillantes correspondent à . Avec l'expression linéarisée (donnée), leurs positions sont :
L'interfrange est la distance entre deux franges brillantes consécutives :
Deux fentes distantes de sont éclairées par un laser de longueur d'onde ; l'écran est à . L'interfrange vaut
Méthode : Mesurer une longueur d'onde par interférences
- Mesurer la largeur totale occupée par interfranges consécutifs sur l'écran, puis en déduire (mesurer plusieurs interfranges réduit l'incertitude).
- Mesurer et connaître (donné par le constructeur).
- Calculer .
13.5 L'effet Doppler
13.5.1 Principe
Lorsqu'une source d'ondes et un récepteur sont en mouvement relatif, la fréquence perçue par le récepteur diffère de la fréquence émise par la source. Ce phénomène, l'effet Doppler, s'observe aussi bien pour les ondes sonores (variation de la hauteur du son d'une sirène en mouvement) que pour les ondes électromagnétiques.
L'effet Doppler est la variation de la fréquence (et donc de la longueur d'onde) d'une onde mesurée par un récepteur, due au mouvement relatif de la source et du récepteur :
- si la source se rapproche, la fréquence perçue augmente (longueur d'onde plus courte) ;
- si la source s'éloigne, la fréquence perçue diminue (longueur d'onde plus longue).
Le dessin des fronts d'onde successifs explique tout : la source, en avançant, rattrape les ondes qu'elle vient d'émettre vers l'avant.
Pour une source se déplaçant à la vitesse faible devant la célérité de l'onde (), le long de l'axe source--récepteur, le décalage de fréquence est, en valeur absolue,
La fréquence reçue augmente lors d'un rapprochement et diminue lors d'un éloignement.
Démonstration (— établir le décalage Doppler (émetteur mobile, observateur fixe, 1D))
La source émet des fronts d'onde à la période ; ils se propagent à la célérité . Si la source se rapproche de l'observateur à la vitesse , entre deux émissions successives elle a avancé de : la distance entre deux fronts successifs — la longueur d'onde perçue — est raccourcie de cette quantité :
La fréquence perçue vaut donc :
Pour , , d'où le décalage relatif :
Si la source s'éloigne, on remplace par : la fréquence perçue diminue d'autant.
13.5.2 Applications
Un radar émet une onde, qui se réfléchit sur un véhicule en mouvement : le véhicule joue le rôle d'un récepteur puis d'une source mobile. La mesure du décalage de fréquence entre l'onde émise et l'onde reçue permet de remonter à la vitesse . Pour une onde réfléchie (double effet Doppler), , ce qui rend la méthode très sensible.
En astrophysique, on mesure le décalage des raies spectrales connues d'un objet lointain. Lorsque l'objet s'éloigne, les raies sont décalées vers les grandes longueurs d'onde : c'est le décalage vers le rouge (redshift). On définit
et pour des vitesses faibles, . La mesure de pour les galaxies lointaines a mis en évidence l'expansion de l'Univers.
Une raie émise à est reçue à . Le décalage relatif vaut
La vitesse d'éloignement est donc .
13.6 La lumière, flux de photons
Les phénomènes de ce chapitre — diffraction, interférences — imposent le modèle ondulatoire. Pourtant, certaines expériences du début du XXe siècle lui échappent totalement : il faut alors décrire la lumière comme un flux de photons.
13.6.1 Le photon
Le photon est le quantum d'énergie associé à une onde électromagnétique de fréquence :
- son énergie vaut , où est la constante de Planck ;
- il se déplace à la vitesse de la lumière (dans le vide) ;
- sa masse est nulle.
Pour un photon rouge () :
(On rappelle .)
13.6.2 L'effet photoélectrique
Lorsqu'un métal est éclairé par un rayonnement de fréquence suffisante, il éjecte des électrons : c'est l'effet photoélectrique (Hertz, 1887). Les observations clés :
- il existe une fréquence seuil , caractéristique du métal, en dessous de laquelle aucun électron n'est émis, quelle que soit l'intensité de la lumière ;
- au-dessus du seuil, l'émission est instantanée et l'énergie cinétique des électrons ne dépend que de la fréquence, pas de l'intensité (qui ne joue que sur leur nombre).
Ces faits sont inexplicables par le modèle ondulatoire (une onde plus intense devrait finir par arracher des électrons à n'importe quelle fréquence). C'est leur interprétation par Einstein en 1905 — chaque électron absorbe un photon — qui a imposé le photon et lui a valu le prix Nobel : une importance historique majeure dans la naissance de la physique quantique.
C'est le graphique de en fonction de la fréquence qui a mis le modèle ondulatoire en défaut.
Pour extraire un électron du métal, il faut lui fournir au moins le travail d'extraction (caractéristique du métal, avec ). Un photon d'énergie est absorbé par un électron ; l'excédent devient énergie cinétique :
L'énergie cinétique maximale des électrons croît linéairement avec la fréquence — conformément à l'expérience.
Dans une cellule photoélectrique, les électrons éjectés par la lumière sont collectés par une électrode : le flux lumineux est converti en courant électrique mesurable (détecteurs, cellules d'ouverture de portes). Plus largement, l'absorption et l'émission de photons par la matière sont au cœur de nombreuses applications : capteurs de lumière (photodiodes, capteurs d'appareil photo), cellules photovoltaïques, diodes électroluminescentes (DEL, émission de photons), spectroscopies UV-visible et infrarouge (chapitres 4 et 6).
Une cellule photovoltaïque convertit l'énergie lumineuse reçue en énergie électrique. Son rendement est :
de l'ordre de pour les cellules au silicium commerciales.