Lois de Newton et mouvement
Cours complet · physique-chimie (terminale), chapitre 7 · terminale, spécialité physique-chimie
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La mécanique newtonienne, élaborée par Isaac Newton dans ses Principia (1687), constitue l'un des piliers de la physique. Elle relie les causes du mouvement (les forces) à ses effets (les variations de vitesse). Pour décrire complètement le mouvement d'un système, nous avons besoin de deux outils : une description cinématique (où se trouve le système, à quelle vitesse, avec quelle accélération) et une description dynamique (quelles forces s'exercent et comment elles modifient le mouvement).
Dans ce chapitre, nous précisons d'abord le cadre indispensable à toute étude : le référentiel. Nous introduisons ensuite les vecteurs position, vitesse et accélération comme dérivées successives, puis la notion de centre de masse et de quantité de mouvement. Enfin, nous énonçons les trois lois de Newton, qui permettent de prévoir et d'interpréter l'évolution d'un système mécanique.
7.1 Référentiel et relativité du mouvement
7.1.1 Notion de référentiel
Décrire un mouvement n'a de sens que si l'on précise par rapport à quoi on l'observe. Un passager assis dans un train est immobile par rapport au wagon, mais en mouvement par rapport au quai : le mouvement est relatif.
Un référentiel est constitué d'un solide de référence (par rapport auquel on repère les positions), auquel on associe :
- un repère d'espace (une origine et des axes orientés, par exemple ) ;
- une horloge permettant de mesurer la date .
La nature et les caractéristiques d'un mouvement (trajectoire, vitesse) dépendent du référentiel choisi : c'est la relativité du mouvement.
Une même expérience, observée depuis deux référentiels différents, ne donne pas la même trajectoire.
- Le référentiel terrestre : lié au sol terrestre. Adapté aux mouvements de courte durée à la surface de la Terre (chute d'une bille, lancer d'un ballon).
- Le référentiel géocentrique : centré sur le centre de la Terre, ses axes pointant vers des étoiles lointaines. Adapté à l'étude du mouvement de la Lune ou des satellites.
- Le référentiel héliocentrique : centré sur le centre du Soleil, axes dirigés vers des étoiles lointaines. Adapté à l'étude du mouvement des planètes.
7.1.2 Référentiel galiléen
Un référentiel est dit galiléen (ou inertiel) si le principe d'inertie (première loi de Newton) y est vérifié : un système isolé ou pseudo-isolé y est animé d'un mouvement rectiligne uniforme ou y reste au repos.
Tout référentiel en translation rectiligne uniforme par rapport à un référentiel galiléen est lui-même galiléen.
En pratique, le référentiel terrestre est considéré comme galiléen pour des expériences de durée suffisamment courte (devant la durée du jour), bien qu'il soit en rotation. Les référentiels géocentrique et héliocentrique sont galiléens pour des durées de plus en plus longues.
7.2 Description cinématique du mouvement
On étudie le mouvement d'un point (par exemple le centre de masse d'un objet) dans un référentiel muni d'un repère .
7.2.1 Vecteur position
Le vecteur position du point à la date est le vecteur reliant l'origine du repère au point . Dans une base cartésienne :
Les fonctions , et sont les équations horaires du mouvement. L'ensemble des positions occupées au cours du temps constitue la trajectoire.
7.2.2 Vecteur vitesse
Le vecteur vitesse du point est la dérivée du vecteur position par rapport au temps :
Il s'exprime en . Le vecteur vitesse est toujours tangent à la trajectoire et orienté dans le sens du mouvement.
À chaque instant, est porté par la tangente à la trajectoire au point . Sa norme est la vitesse instantanée. Si la trajectoire est rectiligne et constante, le mouvement est rectiligne uniforme.
7.2.3 Vecteur accélération
Le vecteur accélération du point est la dérivée du vecteur vitesse par rapport au temps, c'est-à-dire la dérivée seconde du vecteur position :
Il s'exprime en .
Le vecteur accélération traduit la variation du vecteur vitesse (en norme et en direction). Le programme demande de caractériser pour cinq mouvements :
- rectiligne : garde une direction fixe ; est colinéaire à la trajectoire (dans le sens du mouvement si la vitesse augmente, opposé si elle diminue) ;
- rectiligne uniforme : constant, donc ;
- rectiligne uniformément accéléré : est constant, colinéaire à et de même sens ;
- circulaire : possède une composante centripète (dirigée vers le centre, elle incurve la trajectoire) et, si la vitesse varie, une composante tangentielle ;
- circulaire uniforme : la norme est constante mais la direction change ; , non nul, est entièrement centripète, de norme (repère de Frenet, chapitre 9).
Méthode : Déterminer vitesse et accélération à partir des équations horaires
À partir des équations horaires , , :
- Écrire le vecteur position : .
- Dériver chaque coordonnée par rapport à pour obtenir les composantes de .
- Dériver de nouveau chaque composante de pour obtenir celles de .
- Calculer les normes : et .
7.2.4 Exploiter un pointage vidéo ou une chronophotographie
Méthode : Construire les vecteurs vitesse et accélération point par point
Un pointage vidéo (ou une chronophotographie) fournit les positions à intervalles de temps réguliers .
- Vitesse au point (différence centrée) : — vecteur tangent à la trajectoire.
- Accélération au point : — on construit graphiquement le vecteur en reportant les deux vecteurs vitesse depuis la même origine.
- Représenter les vecteurs à une échelle choisie et vérifier la cohérence (pour une chute libre, tous les doivent être verticaux, de norme ).
Chronophotographie d'un projectile (intervalles égaux) : les vecteurs vitesse (bleus) sont tangents à la trajectoire, les vecteurs accélération (rouges), obtenus par la construction de , sont tous verticaux et de même norme — on retrouve .
import numpy as np
import matplotlib.pyplot as plt
dt = 0.10 # intervalle entre deux pointages (s)
# positions pointees (chute parabolique, unites SI)
x = np.array([0.0, 0.8, 1.6, 2.4, 3.2, 4.0])
y = np.array([0.0, 1.16, 1.75, 1.75, 1.16, 0.0])
# vitesses par differences centrees (points 1 a n-2)
vx = (x[2:] - x[:-2]) / (2*dt)
vy = (y[2:] - y[:-2]) / (2*dt)
# accelerations par differences centrees des vitesses
ax = (vx[2:] - vx[:-2]) / (2*dt)
ay = (vy[2:] - vy[:-2]) / (2*dt)
plt.plot(x, y, "ko--")
plt.quiver(x[1:-1], y[1:-1], vx, vy, color="blue",
angles="xy", scale_units="xy", scale=8, label="vitesse")
plt.quiver(x[2:-2], y[2:-2], ax, ay, color="red",
angles="xy", scale_units="xy", scale=80, label="acceleration")
plt.axis("equal"); plt.legend(); plt.show()
# les vecteurs acceleration sont verticaux, diriges vers le bas
Capacité numérique : représenter les vecteurs accélération d'un mouvement pointé
7.3 Centre de masse et quantité de mouvement
7.3.1 Centre de masse
Le centre de masse d'un système est le point qui représente le « barycentre » des masses du système. Pour un système de points matériels de masses situés en , est défini par :
Pour un solide homogène présentant des symétries, coïncide avec le centre géométrique. C'est le mouvement de que l'on étudie pour décrire le mouvement d'ensemble du système.
7.3.2 Quantité de mouvement
La quantité de mouvement d'un système de masse dont le centre de masse a pour vitesse est le vecteur :
Elle s'exprime en . Le vecteur a même direction et même sens que ; il caractérise à la fois l'inertie (par ) et le mouvement (par ) du système.
Le programme de Terminale énonce la deuxième loi de Newton sous la forme : la quantité de mouvement et la formulation , présentées ici, sont un approfondissement (utile notamment pour l'étude des chocs et la préparation au supérieur), non exigible au baccalauréat.
Un camion de masse roulant à a une quantité de mouvement
Une voiture de masse roulant à a . Malgré sa vitesse trois fois plus grande, la voiture possède une quantité de mouvement bien plus faible que le camion.
7.4 Les trois lois de Newton
7.4.1 Première loi : principe d'inertie
Dans un référentiel galiléen, si un système est isolé (aucune force) ou pseudo-isolé (forces qui se compensent, ), alors son centre de masse est soit au repos, soit animé d'un mouvement rectiligne uniforme. Réciproquement, si est constant alors . De façon équivalente : sa quantité de mouvement se conserve.
La chronophotographie rend le principe visible : ce n'est pas le mouvement qui exige une force, c'est son changement.
Un palet glissant sur une table à coussin d'air horizontale subit son poids et la force de soutien (le coussin d'air) , qui se compensent. Les frottements étant supprimés, : le palet se déplace en ligne droite à vitesse constante, illustrant le principe d'inertie.
7.4.2 Deuxième loi : principe fondamental de la dynamique
Dans un référentiel galiléen, la somme des forces extérieures appliquées à un système est égale à la dérivée par rapport au temps de sa quantité de mouvement :
Si la masse du système est constante, et l'on retrouve :
La deuxième loi montre qu'une force est la cause d'une variation de vitesse : le vecteur accélération a même direction et même sens que la somme des forces . Elle généralise et contient la première loi (cas ).
Méthode : Appliquer la deuxième loi de Newton
- Définir le système étudié et le référentiel (galiléen).
- Faire le bilan des forces extérieures s'exerçant sur le système.
- Écrire la deuxième loi : .
- Projeter cette relation vectorielle sur les axes du repère.
- Résoudre pour obtenir l'accélération, puis, par intégration, la vitesse et la position.
Un objet en chute libre n'est soumis qu'à son poids . La deuxième loi donne :
L'accélération est indépendante de la masse : tous les corps tombent de la même façon dans le vide, avec .
7.4.3 Troisième loi : actions réciproques
Lorsqu'un corps exerce sur un corps une force , alors le corps exerce simultanément sur le corps une force telle que :
Ces deux forces ont la même droite d'action, la même norme, des sens opposés ; elles s'appliquent sur des corps différents (elles ne se compensent donc pas).
Quand un nageur pousse l'eau vers l'arrière (force ), l'eau le pousse vers l'avant avec une force opposée qui le propulse. De même, les gaz éjectés par un moteur de fusée exercent en réaction une poussée vers le haut sur la fusée.