Modélisation des Actions Mécaniques et Principe d'Inertie
Cours complet · physique (seconde), chapitre 3 · seconde générale, physique-chimie
Travailler ce chapitre sur Adloun Exercices corrigés de ce chapitre
Ce chapitre étudie la dynamique, c'est-à-dire l'analyse des forces responsables des mouvements. Nous verrons comment modéliser une action mécanique par une force, étudierons des forces usuelles (gravitation et poids), puis nous énoncerons le principe d'inertie, une loi fondamentale de la physique reliant les forces et la nature du mouvement.
3.1 Modélisation des Actions Mécaniques par des Forces
3.1.1 Actions de contact et actions à distance
Une action mécanique s'exerce entre deux corps : l'auteur (qui agit) et le receveur (qui subit). On distingue deux types d'actions :
- Les actions de contact : Elles nécessitent un contact physique entre l'auteur et le receveur (ex : pousser un wagon, la tension d'un fil qui retient un ballon, le frottement de l'air sur un cycliste).
- Les actions à distance : Elles s'exercent sans contact matériel entre les deux objets (ex : l'attraction d'un aimant sur une bille de fer, l'attraction gravitationnelle exercée par la Terre sur la Lune).
En physique, toute action mécanique est modélisée par une force, représentée géométriquement par un vecteur force .
Un vecteur force est caractérisé par quatre éléments :
- Le point d'application : Point où s'exerce la force (le point de contact pour une action de contact ; le centre de gravité pour une action à distance).
- La direction (droite d'action) : Droite le long de laquelle s'exerce la force.
- Le sens : Vers où s'effectue l'action (vers le bas, le haut, la gauche, la droite).
- La norme (valeur) : Intensité de la force, mesurée avec un dynamomètre et exprimée en Newtons (symbole : ).
On représente graphiquement une force par un segment fléché dont la longueur est proportionnelle à la valeur de la force selon une échelle donnée.
Les quatre caractéristiques du vecteur force : point d'application, direction, sens et norme (représentée par la longueur, selon l'échelle choisie).
Méthode : Modéliser une action mécanique par une force
Pour transformer une situation concrète en un vecteur force, on procède avec méthode :
- Identifier le système étudié : c'est le corps qui subit l'action (le receveur).
- Repérer l'auteur de l'action et préciser sa nature : contact (les deux corps se touchent) ou à distance (aucun contact).
- Nommer la force en indiquant l'auteur puis le receveur : .
- Donner ses quatre caractéristiques : point d'application, direction, sens et valeur.
Une main pousse horizontalement un chariot de supermarché. Le système est le chariot ; l'auteur est la main : c'est une action de contact. On la modélise par la force , de point d'application le point de contact main-barre, de direction horizontale, de sens celui de la poussée, et de valeur mesurable au dynamomètre, par exemple .
Méthode : Représenter une force par un vecteur à l'échelle
Pour tracer le vecteur force de valeur :
- Choisir une échelle, c'est-à-dire la valeur de force représentée par , par exemple « ».
- Calculer la longueur de la flèche par une proportionnalité :
- Tracer la flèche à partir du point d'application, dans la bonne direction et le bon sens, avec cette longueur .
On veut représenter une force de valeur à l'échelle « ». La longueur de la flèche est :
3.2 Deux Forces Usuelles de Gravitation
3.2.1 La force d'interaction gravitationnelle
Deux corps et , assimilés à des sphères de masses et , dont les centres sont séparés d'une distance , exercent l'un sur l'autre des forces gravitationnelles attractives. Ces deux forces ont la même direction, des sens opposés et la même valeur donnée par la formule :
- et : forces gravitationnelles en Newtons ().
- et : masses des corps en kilogrammes ().
- : distance séparant leurs centres en mètres ().
- : constante de gravitation universelle : .
3.2.2 Le poids d'un corps : distinction avec la masse
Le poids d'un objet de masse sur Terre est la force d'attraction gravitationnelle que la Terre exerce sur lui. Le vecteur poids possède les caractéristiques suivantes :
- Point d'application : Le centre de gravité du corps.
- Direction : La verticale du lieu (passant par le centre de la Terre).
- Sens : Vers le bas (dirigé vers le centre de la Terre).
- Norme (valeur) : Donnée par la relation .
La valeur du poids (en ) est proportionnelle à la masse (en ) du corps :
où est l'intensité de la pesanteur du lieu ( à la surface de la Terre).
Il ne faut pas confondre la masse et le poids :
- La masse est liée à la quantité de matière contenue dans l'objet. Elle est constante et ne dépend pas de l'endroit où se trouve l'objet (elle s'exprime en ).
- Le poids est une force d'attraction. Il varie selon le lieu où se trouve l'objet et selon la planète (sur la Lune, où , le poids d'un objet est 6 fois plus faible que sur Terre, mais sa masse reste identique !).
Le même kilogramme sur deux astres : la masse ne change pas, mais le poids — donc la longueur du vecteur , tracée ici à la même échelle — est six fois plus faible sur la Lune.
Méthode : Calculer le poids d'un corps
Pour déterminer la valeur du poids d'un objet :
- Relever la masse et la convertir en kilogrammes ( ).
- Choisir la valeur de correspondant au lieu (sur Terre, ).
- Appliquer la relation et exprimer le résultat en newtons, avec le bon nombre de chiffres significatifs.
Un smartphone a une masse . Son poids sur Terre vaut :
La valeur de n'est pas une constante universelle : elle diminue légèrement avec l'altitude et varie d'un astre à l'autre. Le tableau ci-dessous donne quelques valeurs de référence (en ) :
| Astre | Terre | Lune | Mars | Jupiter | Soleil |
|---|---|---|---|---|---|
| () | 9,81 | 1,62 | 3,71 | 24,8 | 274 |
Un même corps (masse invariable) n'a donc pas le même poids selon l'astre où il se trouve.
3.2.3 Les forces usuelles de contact
Outre le poids (action à distance), un système subit souvent des forces de contact exercées par les corps qui le touchent.
Un support (table, sol, plan) exerce sur l'objet posé une force de contact appelée réaction du support, notée . Lorsqu'il n'y a pas de frottement, elle est perpendiculaire au support (on parle de réaction normale ) et dirigée du support vers l'objet.
Lorsque deux surfaces en contact glissent (ou tendent à glisser) l'une sur l'autre, il apparaît une force de frottement , parallèle au support et de sens opposé au mouvement (ou au mouvement qui tendrait à se produire). L'air exerce aussi des frottements sur un corps en mouvement.
Un fil (ou un ressort) tendu exerce sur l'objet auquel il est accroché une force de contact appelée tension, notée , dirigée le long du fil et orientée de l'objet vers le point d'attache du fil (le fil tire toujours l'objet vers lui).
3.3 Le Principe d'Inertie
Le principe d'inertie, formulé par Galilée puis formalisé par Isaac Newton, permet d'associer l'état de mouvement d'un objet aux forces extérieures qui s'exercent sur lui.
Des forces s'exerçant sur un système se compensent si leur somme vectorielle est égale au vecteur nul :
Dans ce cas, l'action globale des forces est nulle, comme si le système ne subissait aucune force.
Dans un référentiel terrestre (supposé galiléen), un système est immobile (au repos) ou en mouvement rectiligne uniforme si et seulement si les forces s'exerçant sur lui se compensent :
3.3.1 Interprétations et contraposée
- La réciproque : Si les forces se compensent (), alors le système reste immobile ou poursuit sa trajectoire en ligne droite à vitesse constante.
- La contraposée : Si la trajectoire du système n'est pas une droite, ou si la valeur de sa vitesse varie (elle augmente ou elle diminue), alors la somme des forces n'est pas nulle (). Les forces ne se compensent pas.
Méthode : Faire le bilan des forces d'un système
Avant toute conclusion, on établit soigneusement la liste des forces :
- Définir le système étudié et le référentiel (le plus souvent le référentiel terrestre).
- Inventorier les actions à distance : sur Terre, c'est le poids , toujours présent.
- Inventorier les actions de contact : repérer chaque corps qui touche le système (support , fil , air ou surface ).
- Représenter chaque force par un vecteur au point d'application, puis étudier si les forces se compensent.
Méthode : Appliquer le principe d'inertie
Pour relier le bilan des forces à la nature du mouvement :
- Observer le mouvement : le système est-il au repos ou en mouvement rectiligne uniforme (trajectoire droite et vitesse constante) ?
- Si oui, les forces se compensent : . Deux forces opposées ont alors la même valeur et permettent d'en déduire une inconnue.
- Sinon (trajectoire courbe ou vitesse variable), les forces ne se compensent pas : (contraposée).
Si les forces se compensent, le système n'est pas forcément immobile : il peut aussi être en mouvement rectiligne uniforme. Réciproquement, un système immobile n'est pas un système « sans force » : ses forces existent mais se compensent (le poids et la réaction du sol, par exemple).
Une voiture roule en ligne droite à la vitesse constante de . Sa trajectoire est droite et sa vitesse est constante : le mouvement est rectiligne uniforme. D'après le principe d'inertie, les forces qui s'exercent sur elle (poids, réaction de la route, force motrice, frottements) se compensent : .
3.3.2 Cas de la chute libre à une dimension
Un système est en chute libre lorsqu'il n'est soumis qu'à son seul poids (on néglige les frottements de l'air et la poussée d'Archimède). Si le mouvement est vertical, il s'agit d'une chute libre à une dimension, avec ou sans vitesse initiale.
En chute libre, le système n'est soumis qu'au poids : la somme des forces n'est pas nulle (). D'après la contraposée du principe d'inertie, son mouvement n'est donc pas rectiligne uniforme : la valeur de sa vitesse varie (le vecteur vitesse change entre deux instants voisins).
On lâche une bille sans vitesse initiale : elle tombe verticalement, et sa vitesse augmente au cours de la chute. La trajectoire est une droite (mouvement rectiligne) mais la vitesse n'est pas constante : le mouvement est rectiligne non uniforme. Le seul poids, dirigé vers le bas, est responsable de cette variation de vitesse — en accord avec le principe d'inertie.
Si l'on ne peut pas négliger les frottements de l'air (parachutiste, plume), le mouvement n'est plus une chute libre : lorsque les frottements finissent par compenser le poids, la vitesse devient constante (mouvement rectiligne uniforme, forces compensées).