Comment crée-t-on des richesses et comment les mesure-t-on ?
Cours complet · SES (seconde), chapitre 2 · seconde générale, sciences économiques et sociales
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Chaque jour, des millions d'organisations — boulangeries, hôpitaux, usines, associations sportives — produisent des biens et des services. Cette production est la source de toutes les richesses dont dispose une société : sans elle, pas de pain, pas de soins, pas de transport, pas de loisirs. Mais comment définir précisément la production ? Comment distinguer ce qui est vraiment « créé » de ce qui est simplement transformé ou revendu ? Et comment un pays tout entier peut-il mesurer, chaque année, la richesse qu'il a créée ? Ce chapitre répond à ces questions en construisant, pas à pas, l'outil de mesure le plus utilisé en économie : le produit intérieur brut (PIB).
2.1 Produire des biens et des services
2.1.1 Qu'est-ce que produire ?
La production est l'activité qui consiste à combiner des ressources (travail, machines, matières premières) pour créer des biens (objets matériels : pain, voiture, ordinateur) ou des services (prestations immatérielles : coupe de cheveux, cours, soins médicaux) destinés à satisfaire des besoins.
Produire ne se limite pas à fabriquer un objet : réparer un ordinateur, transporter des voyageurs, enseigner une leçon ou soigner un patient sont aussi des activités productives, bien qu'aucun bien matériel ne soit créé.
Faire soi-même son ménage n'est pas comptabilisé comme une production au sens économique (c'est une activité domestique), alors que payer une entreprise de nettoyage pour la même tâche l'est. Le jardinage pour son propre plaisir n'est pas non plus une production économique, mais le travail d'un jardinier salarié en est une. La frontière retenue par les économistes est donc conventionnelle : est comptée comme production toute activité légale qui donne lieu à un échange marchand ou à une mise à disposition organisée, réalisée par une organisation identifiable.
2.1.2 Production marchande et production non marchande
Toute production n'est pas vendue de la même façon. On distingue deux grandes catégories.
La production marchande regroupe les biens et services vendus sur un marché à un prix qui couvre au moins les coûts de production (matières premières, salaires, machines, etc.). C'est le cas du pain vendu en boulangerie, d'une coupe de cheveux ou d'un billet de train.
La production non marchande regroupe les biens et services fournis gratuitement ou quasi gratuitement (à un prix très inférieur au coût réel de production), le plus souvent par des administrations publiques ou des associations. C'est le cas de l'école publique, des soins dans un hôpital public ou des conseils donnés par une association caritative.
| Critère | Production marchande | Production non marchande |
|---|---|---|
| Prix | Couvre les coûts | Nul ou très inférieur au coût |
| Financement | Ventes | Impôts, cotisations, dons |
| Exemples | Boulangerie, coiffeur, SNCF | École publique, hôpital public, Croix-Rouge |
| Producteurs typiques | Entreprises | Administrations publiques, associations |
Une consultation chez un médecin du secteur privé facturée 50 € est une production marchande. Une consultation dans un centre de santé municipal gratuit, financée par les impôts locaux, est une production non marchande : le service rendu est identique, mais son mode de financement change sa nature économique.
2.1.3 Qui produit ?
Trois grands types d'organisations produisent des richesses dans une économie :
- les entreprises privées, qui produisent essentiellement des biens et services marchands en recherchant le profit (Renault, Carrefour, une boulangerie) ;
- les administrations publiques (État, collectivités territoriales, Sécurité sociale), qui produisent essentiellement des services non marchands financés par les prélèvements obligatoires (écoles, hôpitaux publics, justice, police) ;
- les associations, qui produisent des services le plus souvent non marchands, sans chercher le profit, grâce aux cotisations, aux dons et parfois aux subventions (Restos du Cœur, club sportif local).
2.1.4 Les facteurs de production
Pour produire, toute organisation combine deux ressources appelées facteurs de production.
Les facteurs de production sont les ressources combinées pour produire :
- le facteur travail : les heures de travail fournies par les salariés et les non-salariés (artisans, agriculteurs indépendants) ;
- le facteur capital, et plus précisément le capital fixe : les machines, les bâtiments, les outils, les véhicules et les logiciels utilisés durablement dans la production (à distinguer des matières premières, consommées et non durables).
Une boulangerie combine : du travail (le boulanger, les vendeuses) et du capital fixe (le four, le pétrin, le local commercial). Elle utilise aussi de la farine, du sel et de l'électricité : ce sont des consommations intermédiaires, détruites ou transformées dès la première utilisation — elles ne sont pas un facteur de production au sens strict.
2.2 La valeur ajoutée : la richesse réellement créée
2.2.1 Pourquoi ne pas se contenter de la valeur de la production ?
Une boulangerie qui vend 100 000 € de pain sur l'année n'a pas « créé » 100 000 euros de richesse : une partie de cette somme sert simplement à racheter la farine, l'électricité et les autres biens et services utilisés pour produire — des richesses déjà créées par d'autres producteurs (le meunier, le fournisseur d'électricité). Pour mesurer ce que la boulangerie a réellement ajouté à l'économie, il faut retrancher ces achats.
Les consommations intermédiaires (CI) sont l'ensemble des biens et services détruits ou transformés au cours du processus de production (matières premières, énergie, fournitures, services sous-traités). Elles ne sont pas comptées comme une richesse créée par le producteur, car elles proviennent d'un autre producteur.
La valeur ajoutée (VA) est la richesse réellement créée par une unité de production au cours d'une période donnée. Elle mesure la contribution propre du producteur, une fois retranché ce qu'il doit à d'autres producteurs.
Propriété : Calcul de la valeur ajoutée
La valeur ajoutée sert ensuite à rémunérer les salariés (salaires), l'État (impôts et cotisations), les prêteurs (intérêts), les propriétaires du capital (profits réinvestis ou distribués) : elle est donc partagée entre tous ceux qui ont contribué à la production.
Méthode : Calculer une valeur ajoutée
- Repérer la valeur de la production (chiffre d'affaires ou valeur des biens produits sur la période) ;
- Repérer les consommations intermédiaires (achats de matières premières, énergie, services utilisés et détruits pendant la production) ;
- Appliquer la formule : .
Sur une année, une boulangerie vend pour 120 000 € de pain et de viennoiseries (valeur de la production). Elle a acheté pour 35 000 € de farine, de beurre et d'autres ingrédients, ainsi que pour 9000 € d'électricité et d'emballages (consommations intermédiaires).
| Élément | Montant |
|---|---|
| Valeur de la production | 120 000 € |
| Consommations intermédiaires | 44 000 € |
| Valeur ajoutée | 76 000 € |
La boulangerie a donc réellement créé 76 000 € de richesse sur l'année ; les 44 000 € restants correspondent à des richesses déjà créées par le meunier, le fournisseur d'électricité, etc.
2.3 Le PIB : mesurer la richesse créée par un pays
2.3.1 Additionner les valeurs ajoutées
Un pays compte des millions d'unités productives : entreprises, administrations, associations. Pour connaître la richesse totale créée sur son territoire, il suffit, en principe, d'additionner toutes leurs valeurs ajoutées.
Le produit intérieur brut (PIB) est la somme des valeurs ajoutées créées par l'ensemble des unités de production résidentes d'un pays (entreprises, administrations publiques, associations) au cours d'une année. Il mesure la richesse totale créée sur le territoire national pendant cette période.
Propriété : Calcul simplifié du PIB
Le PIB additionne donc la production marchande et non marchande : la richesse créée par les hôpitaux publics ou les écoles compte tout autant que celle créée par les entreprises, même si elle n'est pas vendue sur un marché.
En 2023, le PIB de la France s'élève à environ 2800 milliards d'euros, ce qui en fait la 7e économie mondiale par la taille de son PIB. Rapporté aux quelque 68 millions d'habitants, cela représente environ 41 000 € de richesse créée par habitant et par an (le PIB par habitant), un indicateur souvent utilisé pour comparer le niveau de richesse moyen entre pays.
2.3.2 La croissance économique
Le PIB ne se lit pas seulement en niveau : son évolution d'une année sur l'autre est tout aussi importante, car elle indique si l'économie d'un pays crée de plus en plus, ou de moins en moins, de richesses.
La croissance économique est l'augmentation du PIB d'un pays d'une période à l'autre, généralement mesurée par un taux de variation annuel exprimé en pourcentage. Lorsque le taux de variation est négatif, on parle de récession.
Propriété : Taux de croissance du PIB
où est le PIB de l'année étudiée et celui de l'année précédente.
Méthode : Calculer un taux de croissance du PIB
- Relever le PIB de l'année de départ () et celui de l'année d'arrivée () ;
- Calculer la variation : ;
- Diviser cette variation par le PIB de départ, puis multiplier par 100 pour obtenir un pourcentage.
Le PIB de la France passe d'environ 2640 milliards d'euros en 2022 à 2800 milliards d'euros en 2023.
Attention : une partie importante de cette hausse s'explique par la hausse des prix (inflation) et non par une hausse de la quantité produite ; les économistes distinguent pour cela le PIB nominal (aux prix de l'année courante) du PIB réel (corrigé de l'inflation), ce dernier donnant une image plus fidèle de la croissance « physique » de la production.
2.4 Les limites du PIB
Le PIB est l'indicateur le plus utilisé pour comparer les économies, mais il fait l'objet de nombreuses critiques : il mesure la richesse monétaire produite, pas le bien-être ni la qualité de vie.
Propriété : Ce que le PIB ne mesure pas
Le PIB présente plusieurs limites importantes :
- il ne dit rien des inégalités : un PIB élevé peut cacher une répartition très inégale des richesses entre les habitants ;
- il ne mesure pas le bien-être : santé, éducation, sécurité, temps libre ou satisfaction de vivre n'entrent pas dans son calcul ;
- il ignore le travail domestique et bénévole (ménage, garde d'enfants, aide associative non rémunérée), pourtant socialement utile ;
- il ne tient pas compte de l'environnement : la pollution, l'épuisement des ressources naturelles ou la destruction d'écosystèmes ne sont pas déduits du PIB — pire, dépolluer augmente le PIB, car cela crée une activité marchande supplémentaire ;
- il peut augmenter alors que certaines activités diminuent le bien-être (accidents, catastrophes suivies de reconstructions).
Deux pays fictifs A et B ont exactement le même PIB par habitant. Dans le pays A, les richesses sont réparties de façon relativement homogène et l'espérance de vie est élevée. Dans le pays B, une minorité concentre l'essentiel des richesses, la pollution est forte et l'espérance de vie plus faible. Le PIB par habitant, identique dans les deux cas, ne permet pas de voir cette différence : il faut d'autres indicateurs pour la révéler.
L'indicateur de développement humain (IDH), construit par l'ONU, combine trois dimensions : le niveau de vie (PIB par habitant), la santé (espérance de vie à la naissance) et l'éducation (durée de scolarisation). Il varie entre 0 et 1 et permet de comparer les pays sur des critères plus larges que la seule richesse monétaire.
| Indicateur | Ce qu'il mesure | Limite principale |
|---|---|---|
| PIB | Richesse monétaire produite | Ignore répartition, bien-être, environnement |
| PIB par habitant | Richesse moyenne par personne | Cache les inégalités |
| IDH | Niveau de vie + santé + éducation | Ignore encore inégalités et environnement |
D'autres indicateurs complètent aujourd'hui le PIB : l'empreinte écologique, l'indice de pauvreté ou des indices de bien-être subjectif (bonheur déclaré), afin de proposer une image plus complète des richesses et du bien-être d'une société.
L'essentiel
- Produire, c'est combiner travail et capital fixe pour créer des biens et des services, marchands (vendus à un prix couvrant les coûts) ou non marchands (fournis gratuitement ou quasi gratuitement).
- Les entreprises, les administrations publiques et les associations sont les trois grands types de producteurs.
- La valeur ajoutée (production consommations intermédiaires) mesure la richesse réellement créée par une unité de production.
- Le PIB, somme des valeurs ajoutées de toutes les unités productives résidentes, mesure la richesse créée par un pays sur une année ; son évolution mesure la croissance économique.
- Le PIB ne mesure ni les inégalités, ni le bien-être, ni l'environnement, ni le travail non rémunéré : d'autres indicateurs, comme l'IDH, tentent de compléter cette mesure.