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Comment se forment les prix sur un marché ?

Cours complet · SES (seconde), chapitre 3 · seconde générale, sciences économiques et sociales

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Pourquoi le prix des fraises baisse-t-il en plein été et grimpe-t-il en hiver ? Pourquoi le prix d'un modèle de smartphone chute-t-il quelques mois après sa sortie ? Dans les économies de marché, la plupart des prix ne sont fixés ni par l'État, ni par une autorité centrale : ils résultent de la confrontation entre les décisions de millions d'acheteurs et de vendeurs. Ce chapitre présente le mécanisme, simple dans son principe, par lequel un marché fait émerger un prix et une quantité échangée.

3.1 Le marché : un lieu de rencontre entre offre et demande

Définition 3.1Le marché

Un marché est le lieu, réel ou fictif, sur lequel se rencontrent des offreurs (les vendeurs) et des demandeurs (les acheteurs) d'un bien ou d'un service, et où se détermine un prix d'échange.

Le marché peut être un lieu réel et concret : le marché de fruits et légumes du samedi matin, une criée aux poissons, un salon professionnel. Il peut aussi être fictif, c'est-à-dire ne correspondre à aucun endroit physique précis : le marché du pétrole, le marché des changes (où s'échangent les devises), ou encore un marché en ligne comme une plateforme de vente entre particuliers. Dans tous les cas, la logique est la même : des vendeurs proposent une quantité de biens, des acheteurs souhaitent en acquérir une quantité, et le prix ajuste ces deux volontés.

Exemple 3.2Des marchés très divers
  • Le marché des fraises : producteurs (offreurs) et consommateurs (demandeurs) se retrouvent chez le primeur ou sur l'étal du marché.
  • Le marché des smartphones : quelques grandes marques (offreurs) vendent à des millions de consommateurs (demandeurs) dans le monde entier, sans lieu physique unique.
  • Le marché du travail : les entreprises demandent du travail, les personnes actives en offrent ; le « prix » qui s'y forme est le salaire.

Sur un marché donné, deux forces s'affrontent et se complètent : la demande, exprimée par les acheteurs, et l'offre, exprimée par les vendeurs. Étudions-les tour à tour.

3.2 La demande et la loi de la demande

Définition 3.3Demande et quantité demandée

La demande désigne la relation entre le prix d'un bien et la quantité de ce bien que les acheteurs sont disposés à acheter, toutes choses égales par ailleurs. Pour un prix donné, la quantité demandée est la quantité que les acheteurs souhaitent acquérir à ce prix.

L'expression « toutes choses égales par ailleurs » est essentielle : elle signifie que l'on étudie l'effet du prix seul, en supposant que tous les autres facteurs qui influencent les achats (revenu des ménages, goûts, prix des autres biens, saison, mode…) restent constants.

◆Théorème 3.4Loi de la demande

Toutes choses égales par ailleurs, lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité demandée de ce bien diminue ; lorsque le prix diminue, la quantité demandée augmente.

La courbe de demande, qui représente le prix en fonction de la quantité demandée, est donc décroissante.

Cette loi traduit une intuition simple : plus un bien est cher, moins les acheteurs sont nombreux à vouloir (ou pouvoir) l'acquérir, et moins chacun en achète. À l'inverse, un prix plus bas rend le bien plus attractif et incite à en consommer davantage, ou attire de nouveaux acheteurs.

Exemple 3.5La demande de fraises

Si le prix des fraises passe de 6 €/kg à 3 €/kg, de nombreux ménages qui n'en achetaient pas en achèteront, et les amateurs de fraises en achèteront davantage : la quantité demandée augmente. Inversement, si le prix grimpe à 9 €/kg, une partie des acheteurs renoncera ou réduira ses achats.

D'autres facteurs, à prix constant, peuvent déplacer la demande : le revenu des ménages, les goûts et la mode, le prix des biens substituables (un bien qui peut remplacer un autre, comme les framboises pour les fraises) ou des biens complémentaires, les anticipations sur les prix futurs, ou encore la saison. On y reviendra en fin de chapitre.

Méthode : Lire un graphique de demande

  • Repérer les axes : par convention, le prix est en ordonnée et la quantité est en abscisse.
  • Vérifier que la courbe est décroissante : c'est la signature d'une courbe de demande.
  • Pour lire la quantité demandée à un prix donné , tracer une droite horizontale en jusqu'à la courbe, puis descendre verticalement jusqu'à l'axe des quantités.
  • Pour lire le prix associé à une quantité donnée, procéder dans l'ordre inverse.

La courbe descend : plus le prix est élevé, moins les acheteurs en veulent. On lit une quantité demandée en partant du prix, à l'horizontale jusqu'à la courbe, puis à la verticale jusqu'à l'axe des quantités.

3.3 L'offre et la loi de l'offre

Définition 3.6Offre et quantité offerte

L'offre désigne la relation entre le prix d'un bien et la quantité de ce bien que les vendeurs sont disposés à vendre, toutes choses égales par ailleurs. Pour un prix donné, la quantité offerte est la quantité que les vendeurs souhaitent mettre sur le marché à ce prix.

◆Théorème 3.7Loi de l'offre

Toutes choses égales par ailleurs, lorsque le prix d'un bien augmente, la quantité offerte de ce bien augmente ; lorsque le prix diminue, la quantité offerte diminue.

La courbe d'offre, qui représente le prix en fonction de la quantité offerte, est donc croissante.

Là encore, l'intuition est directe : un prix plus élevé rend la vente plus rentable pour les producteurs, ce qui les incite à produire et à vendre davantage, et attire éventuellement de nouveaux producteurs sur le marché.

Exemple 3.8L'offre de fraises

Si le prix des fraises grimpe à 9 €/kg, les producteurs ont intérêt à récolter davantage, à consacrer plus de terres à cette culture, voire de nouveaux producteurs peuvent se lancer : la quantité offerte augmente. Si le prix chute à 2 €/kg, certains producteurs renonceront à vendre une partie de leur récolte sur ce marché, ou cesseront cette production.

D'autres facteurs déplacent l'offre à prix constant : le coût de production (prix des engrais, du carburant, des salaires), les conditions climatiques (une bonne ou une mauvaise récolte), le nombre d'offreurs présents sur le marché, ou encore les innovations techniques qui réduisent les coûts.

Méthode : Lire un graphique d'offre

  • Repérer les mêmes axes que pour la demande : prix en ordonnée, quantité en abscisse.
  • Vérifier que la courbe est croissante : c'est la signature d'une courbe d'offre.
  • Pour lire la quantité offerte à un prix donné, procéder comme pour la demande : droite horizontale puis verticale.

La courbe monte : plus le prix est élevé, plus les vendeurs ont intérêt à produire. La lecture se fait exactement comme pour la demande ; seul le sens de la pente distingue les deux courbes.

3.4 Le marché concurrentiel

Les économistes étudient souvent un cas de référence, le marché concurrentiel, qui sert de point de départ pour comprendre la formation des prix.

Définition 3.9Marché concurrentiel

Un marché est dit concurrentiel lorsqu'il réunit les conditions suivantes :

  • de nombreux offreurs et de nombreux demandeurs, si bien qu'aucun d'entre eux, à lui seul, ne peut influencer le prix : chacun est price taker (« preneur de prix ») ;
  • un produit homogène : les biens vendus par les différents offreurs sont identiques ou perçus comme tels par les acheteurs ;
  • une libre entrée et sortie : tout nouvel offreur peut entrer sur le marché, et tout offreur peut le quitter, sans obstacle particulier ;
  • une information accessible à tous sur les prix et les caractéristiques des produits.
Exemple 3.10Un marché plus ou moins concurrentiel

Le marché des fraises, avec de nombreux petits producteurs vendant un produit assez homogène, s'approche d'un marché concurrentiel. Le marché des smartphones, dominé par un petit nombre de grandes marques vendant des produits très différenciés (marque, design, système d'exploitation), s'en éloigne : quelques offreurs seulement ont un pouvoir réel sur les prix.

Le modèle du marché concurrentiel est une simplification utile : il permet de comprendre le mécanisme de formation des prix par la confrontation de l'offre et de la demande, avant d'étudier des marchés plus complexes.

3.5 L'équilibre du marché : prix et quantité d'équilibre

Définition 3.11Équilibre du marché

L'équilibre du marché est la situation dans laquelle la quantité demandée est égale à la quantité offerte. Le prix associé à cette situation est le prix d'équilibre , et la quantité échangée est la quantité d'équilibre . Graphiquement, l'équilibre correspond au point d'intersection de la courbe de demande et de la courbe d'offre.

Prenons un exemple chiffré sur le marché des fraises, où le prix est exprimé en euros par kilogramme et la quantité en milliers de tonnes. Une enquête auprès des producteurs et des consommateurs permet d'établir, pour plusieurs prix possibles, la quantité que les acheteurs seraient prêts à acquérir et la quantité que les vendeurs seraient prêts à écouler ; c'est ce que donne le tableau ci-dessous.

Prix (€/kg)Quantité demandée Quantité offerte Situation
190pénurie (excès de demande)
282pénurie (excès de demande)
374pénurie (excès de demande)
466équilibre
558excédent (excès d'offre)
6410excédent (excès d'offre)

On lit dans ce tableau que le prix d'équilibre est €/kg, pour une quantité d'équilibre (milliers de tonnes) : à ce prix, et à ce prix seulement, la quantité que les acheteurs souhaitent acquérir est exactement égale à la quantité que les vendeurs souhaitent écouler.

Méthode : Déterminer l'équilibre d'un marché à partir d'un tableau ou d'un graphique

  • Dans le tableau, parcourir les prix et repérer celui pour lequel la quantité demandée est égale à la quantité offerte : c'est le prix d'équilibre .
  • La quantité correspondante (identique dans les deux colonnes) est la quantité d'équilibre .
  • Sur le graphique, ce couple est le point d'intersection de la courbe de demande et de la courbe d'offre.

Exemple : dans le tableau ci-dessus, à €/kg, la quantité demandée (6) est égale à la quantité offerte (6) : €/kg et .

3.5.1 Le retour à l'équilibre

Que se passe-t-il si le prix observé sur le marché n'est pas le prix d'équilibre ? Le tableau précédent donne la réponse : à un prix supérieur à (par exemple ), la quantité offerte (10) dépasse la quantité demandée (4) : c'est un excédent, ou excès d'offre. À un prix inférieur à (par exemple ), la quantité demandée (8) dépasse la quantité offerte (2) : c'est une pénurie, ou excès de demande.

Propriété : Mécanisme de retour à l'équilibre

  • Si le prix est au-dessus du prix d'équilibre : il existe un excédent (offre excédentaire). Les vendeurs, pour écouler leurs stocks, ont intérêt à baisser leurs prix. Le prix tend alors à diminuer vers .
  • Si le prix est en dessous du prix d'équilibre : il existe une pénurie (demande excédentaire). Les acheteurs, en concurrence pour se procurer un bien rare, sont prêts à payer plus : le prix tend alors à augmenter vers .

Sur un marché concurrentiel, ce mécanisme d'ajustement ramène spontanément le prix vers le prix d'équilibre.


Hors de l'équilibre, l'écart horizontal entre les deux courbes mesure ce qui manque ou ce qui reste sur les bras des vendeurs. Dans les deux cas, le prix est poussé (flèches oranges) vers , la seule hauteur où les deux courbes se touchent et où l'écart s'annule.

3.6 Les déplacements des courbes : effets sur l'équilibre

Le prix et la quantité d'équilibre ne sont pas figés : ils changent lorsque la courbe de demande ou la courbe d'offre se déplace tout entière, sous l'effet d'un facteur autre que le prix (revenu, goûts, coûts, climat, innovation…).

3.6.1 Un déplacement de la demande : l'effet de mode

Exemple 3.12Un effet de mode sur le marché des fraises

Supposons qu'une tendance alimentaire rende les fraises particulièrement populaires (recettes virales, campagne publicitaire). À chaque prix, les consommateurs souhaitent désormais en acheter davantage : la courbe de demande se déplace tout entière vers la droite, tandis que la courbe d'offre ne change pas.

Le nouvel équilibre se situe à et : la demande accrue a fait augmenter à la fois le prix et la quantité d'équilibre.

3.6.2 Un déplacement de l'offre : bonne récolte ou innovation

Exemple 3.13Une bonne récolte de fraises

Un printemps particulièrement favorable augmente les rendements : à chaque prix, les producteurs sont désormais en mesure d'offrir davantage de fraises. La courbe d'offre se déplace vers la droite (le coût de production a baissé pour une même quantité), tandis que la demande ne change pas. Il en résulte un prix d'équilibre plus bas et une quantité d'équilibre plus élevée.

À l'inverse, une mauvaise récolte (gel tardif, sécheresse) déplace l'offre vers la gauche : à chaque prix, les producteurs offrent moins. Le prix d'équilibre augmente et la quantité d'équilibre diminue. Un raisonnement analogue s'applique à une innovation technique qui réduirait durablement les coûts de production : elle déplace l'offre vers la droite et fait baisser le prix d'équilibre.


Toute la courbe d'offre glisse vers la droite : à €/kg, les producteurs proposent milliers de tonnes au lieu de . La demande n'ayant pas bougé, l'équilibre descend le long de la courbe de demande : le prix baisse et la quantité échangée augmente .

Méthode : Prévoir l'effet d'un choc sur l'équilibre

  • Identifier quelle courbe est affectée par l'événement : la demande (goûts, revenu, mode, prix d'un bien lié) ou l'offre (coûts, climat, innovation, nombre d'offreurs) ?
  • Déterminer le sens du déplacement : vers la droite (augmentation) ou vers la gauche (diminution) ?
  • Tracer la nouvelle courbe et repérer le nouveau point d'intersection avec la courbe inchangée.
  • Comparer et avant/après pour conclure sur l'effet du choc.

Le tableau suivant résume les quatre cas possibles.

ChocEffet sur Effet sur
Demande augmente (déplacement à droite)haussehausse
Demande diminue (déplacement à gauche)baissebaisse
Offre augmente (déplacement à droite)baissehausse
Offre diminue (déplacement à gauche)haussebaisse

Ce qu'il faut retenir

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