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chimie organique 2 (PC) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Problème : la synthèse peptidique de Merrifield, et ce que coûte chaque étape

Conversion de groupes caractéristiques · F. Protection des groupes caractéristiques · niveau 3 (difficile)

Énoncé

En 1963, R. B. Merrifield publie une méthode de synthèse des peptides en phase solide, qui lui vaudra le prix Nobel de chimie en 1984. Le premier acide α-aminé de la chaîne est accroché, par son groupe carboxyle, à une bille de polymère insoluble (la « résine ») ; on fait croître la chaîne unité par unité, en répétant un cycle de trois opérations, puis on la détache de la résine. La version décrite ici, la plus employée aujourd'hui, protège l'azote par le groupe Fmoc ; Merrifield employait le groupe Boc.

Banque fournie :

  • carbamate Fmoc sur l'azote : pose Fmoc-Cl, base ; retrait par la pipéridine (base), à température ambiante ;
  • ester ou éther tert-butylique (chaînes latérales) : pose 2-méthylpropène, ; retrait par le TFA (acide trifluoroéthanoïque concentré) ;
  • carbamate Z, ester benzylique : pose Z-Cl ou alcool benzylique ; retrait , Pd ;
  • lien résine–peptide, ester d'un alcool benzylique de la résine : posé par le couplage du premier résidu ; coupé par le TFA concentré, qui libère le peptide (extrémité ) ;
  • couplage par le DCC : .

Un cycle, schématisé ci-dessous, comporte une déprotection de l'azote terminal de la chaîne fixée (pipéridine), un couplage avec l'acide α-aminé suivant, protégé par un Fmoc sur son azote et par des groupes tert-butyle sur sa chaîne latérale si besoin, activé par le DCC et employé en large excès, puis des lavages du solide.

On note le rendement de chaque opération chimique (déprotection ou couplage), supposé le même pour toutes, et le nombre de résidus du peptide ; on compte l'accrochage du premier résidu comme un couplage, si bien qu'un peptide de résidus exige couplages et déprotections.

1) Pourquoi l'acide α-aminé entrant doit-il avoir son azote protégé ? Pourquoi la chaîne est-elle accrochée à la résine par son extrémité carboxyle, et dans quel sens croît-elle ?

2) Quel est l'intérêt de la phase solide pour la purification ? Pourquoi peut-on employer les réactifs en large excès ?

3) Établir le rendement global en fonction de et . Calculer pour et , avec ; ; . Jusqu'à quelle longueur garde-t-on dans chaque cas ?

4) Pour et , estimer la fraction des chaînes qui ont manqué exactement une opération. Pourquoi ces chaînes « à une unité près » sont-elles l'impureté la plus gênante ?

5) En fin de synthèse, on traite la résine par le TFA concentré. Quelles protections partent dans cette opération ? Laquelle a déjà été retirée, et comment ? Une chaîne latérale protégée en ester benzylique serait-elle libérée ?

6) Conclure : pourquoi synthétise-t-on chimiquement les peptides courts (quelques dizaines d'unités), et fait-on produire les protéines (plusieurs centaines d'unités) par des organismes vivants ?

Corrigé

La stratégie. La synthèse en phase solide est une protection de plus — la résine protège l'extrémité carboxyle — et une machine à répéter le même couplage. Chaque opération a un rendement légèrement inférieur à 1 ; les rendements se multiplient, et l'on établit le prix exponentiel de la longueur.

1) Protéger l'entrant, accrocher par le carboxyle. L'acide α-aminé entrant est activé sur son carboxyle par le DCC. Si son azote était libre, il attaquerait le carboxyle activé d'une autre molécule entrante : les entrants se condenseraient entre eux en solution, au lieu de s'ajouter un par un à la chaîne. Le Fmoc ne laisse qu'un nucléophile dans le milieu : l'azote libéré au bout de la chaîne fixée. La chaîne est accrochée par son extrémité carboxyle (premier résidu fixé en ester sur la résine) : ce carboxyle est ainsi protégé, et l'autre extrémité, l'azote, est celle que l'on déprotège à chaque cycle. La chaîne croît donc de l'extrémité carboxyle vers l'extrémité amino, une unité par cycle, dans l'ordre inverse de celui où l'on lit la séquence.

2) La phase solide. Le peptide en croissance est fixé sur un solide insoluble : après chaque opération, on filtre et on lave, ce qui élimine les réactifs en excès, la DCU, la pipéridine et les sous-produits du Fmoc, sans aucune purification intermédiaire de l'intermédiaire peptidique. Comme l'excès de réactif s'élimine si facilement, on peut l'employer en large excès, ce qui pousse chaque couplage aussi près que possible de la conversion totale () : c'est précisément ce que la question 3 montre être indispensable. La méthode s'automatise.

3) Le rendement global. Une chaîne n'atteint la bonne séquence complète que si toutes les opérations ont réussi sur elle. Si chacune réussit avec la probabilité , indépendamment des autres, la fraction des chaînes complètes après couplages et déprotections est

La décroissance est exponentielle en : quand est voisin de 1. Le rendement global reste au-dessus de tant que , soit : pour ; pour ; pour . La courbe ci-dessous montre pour les trois valeurs de .

Un rendement de 99 % par étape, excellent en synthèse classique, ne laisse qu'un peptide de cinquante résidus sur trois correct.

4) Les chaînes de délétion. Une chaîne manque exactement une des opérations avec la probabilité (une opération manquée parmi cent, les quatre-vingt-dix-neuf autres réussies) :

Plus d'un tiers des chaînes sont des peptides « à une unité près » : il leur manque un résidu quelque part dans la séquence (on dit des peptides de délétion). Ce sont les impuretés les plus gênantes : même extrémités, mêmes groupes, masse et polarité très voisines de celles du produit voulu (49 résidus sur 50 identiques) : leur séparation est très difficile. C'est la pureté qui devient inaccessible.

5) La coupure finale par le TFA. Le TFA concentré retire en une seule opération : le lien résine–peptide (ester d'alcool benzylique de la résine, libéré en acide carboxylique), et toutes les protections tert-butyliques des chaînes latérales (esters et éthers). Le Fmoc du dernier résidu a déjà été retiré par la pipéridine, lors d'une dernière déprotection : c'est l'orthogonalité Fmoc / tert-butyle (base contre acide) qui permet, à chaque cycle, de retirer le Fmoc sans toucher aux chaînes latérales, puis, à la fin, de tout libérer d'un coup. Une chaîne latérale protégée en ester benzylique ne serait pas libérée par le TFA : dans cette banque, elle exige une hydrogénolyse. On choisit donc des protections de chaînes latérales qui partent avec le lien résine, dans la même opération finale.

6) Conclusion. Pour quelques dizaines de résidus, la synthèse chimique est excellente : l'ocytocine (neuf résidus) s'obtient avec un rendement global supérieur à 90 % si (), et l'on peut y introduire des unités que la nature n'emploie pas. Pour une protéine de plusieurs centaines de résidus, s'effondre même avec ( : , et les délétions deviennent inséparables) : on fait alors produire la protéine par des cellules, dont la machinerie de traduction se trompe bien moins souvent qu'une fois par mille liaisons, et qui ne passent par aucune protection.

Le résultat établi est le rendement global d'une synthèse itérative : pour opérations successives de rendement , , décroissance exponentielle avec la longueur.

Ce que l'exercice installe. Une synthèse itérative cumule ses pertes multiplicativement : , exponentielle en , d'où l'exigence de couplages quasi totaux (réactifs en excès, rendus possibles par la phase solide). La stratégie de protection repose sur l'orthogonalité Fmoc (base, à chaque cycle) / tert-butyle (acide, une fois à la fin), la résine jouant le rôle d'une protection du carboxyle. Les impuretés « à une unité près » limitent la longueur accessible plus encore que le rendement.

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