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chimie organique 2 (PC) · Chapitre 2 · Exercice de TD

L'oléate de méthyle : quatre produits, deux réducteurs, et l'alcool oléique

Conversions par oxydo-réduction en chimie organique · D. Réductions en chimie organique · niveau 2

Énoncé

L'oléate de méthyle, ( ; , ), tiré des huiles de tournesol ou de colza, porte deux groupes réductibles : une double liaison isolée (non conjuguée au carbonyle, huit carbones l'en séparent) et un ester. On dispose de deux réducteurs : le dihydrogène sur palladium, à température ambiante sous quelques bars ; le tétrahydruroaluminate de lithium, dans l'éther anhydre, suivi d'une hydrolyse. Masses molaires () : stéarate de méthyle , ; alcool oléique (octadéc-9-én-1-ol, ) , ; octadécan-1-ol , .

1) Donner le produit de l'action de chacun des deux réducteurs sur l'oléate de méthyle, puis le produit de l'action successive des deux, dans un ordre puis dans l'autre. Présenter les quatre composés aux sommets d'un carré.

2) Justifier chacune des chimiosélectivités : pourquoi le dihydrogène sur palladium épargne-t-il l'ester, et pourquoi l'ion hydrure épargne-t-il la double liaison ?

3) L'alcool oléique est la matière première de tensioactifs doux et d'émollients pour la cosmétique, où sa double liaison lui garde un état liquide ; l'octadécan-1-ol est un solide cireux. Proposer la voie la plus courte pour obtenir l'alcool oléique. Pour d'oléate de méthyle, calculer la masse maximale d'alcool oléique et la quantité minimale de .

4) Dans la séquence qui mène à l'octadécan-1-ol, l'ordre des deux étapes importe-t-il pour le produit final ? Pour le rendement en masse ? Quel volume de dihydrogène (, ) consomme-t-on pour d'oléate ?

5) Cas limite. Le cinnamate de méthyle, , porte une double liaison conjuguée au carbonyle de l'ester. Pourquoi la chimiosélectivité de l'ion hydrure, établie à la question 2, n'y est-elle plus garantie ? (On ne demande pas le produit.)

Corrigé

La stratégie. Deux réducteurs complémentaires : le dihydrogène sur métal réduit les liaisons multiples carbone-carbone, qui s'adsorbent par leur système , et laisse les carbonyles d'ester ; l'ion hydrure, nucléophile, cherche un carbone électrophile et ne trouve, sur une double liaison isolée, qu'un nuage électronique riche qui le repousse. Le choix du réactif suit la cible.

1) Le carré. Les quatre composés et les quatre flèches :

  • oléate de méthyle stéarate de méthyle ;
  • oléate de méthyle alcool oléique (), et méthanol ;
  • stéarate de méthyle octadécan-1-ol ;
  • alcool oléique octadécan-1-ol.

Les deux chemins qui partent de l'oléate et passent par l'un ou l'autre sommet aboutissent au même quatrième sommet, l'octadécan-1-ol.

2) Deux chimiosélectivités. Le dihydrogène sur palladium réduit la double liaison : son système , riche et accessible, s'adsorbe sur le métal où l'attendent les atomes d'hydrogène. Le groupe ester, dont le carbonyle est stabilisé par mésomérie et s'adsorbe mal, n'est pas réduit dans ces conditions douces. Le tétrahydruroaluminate de lithium délivre un ion hydrure nucléophile : il attaque le carbone électrophile du carbonyle de l'ester ; la double liaison isolée, sans carbone électrophile, n'est pas touchée. Chaque réactif ne voit que « son » groupe : c'est ce qui permet de choisir.

3) L'alcool oléique. La voie la plus courte est une seule étape : puis hydrolyse, qui réduit l'ester en alcool primaire en épargnant la double liaison, dont la configuration est conservée (aucune liaison du carbone éthylénique n'est touchée). Hydrogéner d'abord serait une faute : on perdrait la double liaison qu'on veut garder. Pour :

Il faut deux ions hydrure par ester, soit au moins de (, avec ) ; on met un excès. La masse diminue parce que le groupe méthoxy part sous forme de méthanol : . À l'échelle industrielle, on n'emploie pas (coût, sécurité) mais d'autres réducteurs de l'ester qui épargnent eux aussi la double liaison ; la logique de chimiosélectivité est la même.

4) L'ordre des étapes. Pour l'octadécan-1-ol, l'ordre n'importe pas : les deux réactions touchent deux groupes indépendants (huit carbones les séparent), et chacune laisse l'autre groupe intact. Les rendements théoriques en masse sont les mêmes (même produit final, ) ; en pratique, on préfère hydrogéner d'abord l'ester, plus facile à manipuler et à purifier qu'un mélange d'alcools gras, mais c'est une question de commodité. Dihydrogène : , soit .

5) Une double liaison conjuguée. Dans le cinnamate de méthyle, la double liaison est conjuguée au carbonyle : la délocalisation rend le carbone en du carbonyle électrophile (il porte un gros coefficient dans la plus basse vacante du système conjugué, et une charge partielle positive dans une forme mésomère). L'ion hydrure peut alors s'y additionner (addition conjuguée) : la double liaison n'est plus « isolée », la chimiosélectivité n'est plus acquise et dépend du réactif et des conditions. La règle « l'hydrure épargne la double liaison » ne vaut que pour une double liaison isolée.

Ce que l'exercice installe. Deux réducteurs complémentaires : sur métal réduit la liaison et laisse l'ester ; l'ion hydrure réduit l'ester et laisse une liaison isolée. Le carré des quatre produits organise la stratégie : on choisit le réactif selon le groupe à transformer et celui à garder ; deux groupes indépendants se réduisent dans n'importe quel ordre. Une double liaison conjuguée au carbonyle devient électrophile et sort de la règle.

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