chimie organique 2 (PC) · Chapitre 3 · Exercice de TD
Carbone ou oxygène : ce que dit l'orbitale haute occupée de l'énolate
Création de liaisons carbone-carbone · C. Énols, énolates et acidité en α · niveau 2
Énoncé
Dans un ballon sec sous argon, on prépare à une solution de LDA ( équivalent) dans le tétrahydrofurane (THF) anhydre, puis on y ajoute lentement de cyclohexanone. Après quinze minutes, on ajoute équivalent d'iodométhane , puis on laisse revenir à température ambiante. Après hydrolyse et distillation, on isole la 2-méthylcyclohexanone ; on ne détecte pas de 1-méthoxycyclohex-1-ène.
Données. Masses molaires : cyclohexanone ; 2-méthylcyclohexanone ; iodométhane (densité ). : cyclohexanone, de l'ordre de (voisin de celui de la propanone) ; diisopropylamine . Pour l'énolate modèle , un logiciel de calcul fournit :
| atome | () | C central | O |
|---|---|---|---|
| coefficient dans la HO | |||
| charge nette (système ) |
1) Écrire avec des flèches courbes la formation de l'énolate de lithium ; calculer la constante. Pourquoi ajoute-t-on la cétone au LDA (et non l'inverse) et l'iodométhane seulement ensuite ?
2) Représenter les deux formes mésomères de l'énolate et les deux produits envisageables avec l'iodométhane.
3) Les deux lignes du tableau ne prévoient pas le même site d'attaque. Laquelle rend compte du produit observé ? Justifier par la nature de l'électrophile et l'orbitale qu'il offre.
4) Écrire le mécanisme de la -méthylation et préciser la géométrie d'approche de .
5) Que se passerait-il si l'on employait seulement équivalent de LDA ? Citer deux réactions parasites.
6) Calculer la quantité de cyclohexanone, le volume d'iodométhane à prélever et la masse maximale de 2-méthylcyclohexanone.
Corrigé
La stratégie. L'énolate a deux sites nucléophiles. Deux lectures sont possibles : la charge (contrôle de charge, électrophile « dur ») et la HO (contrôle orbitalaire, électrophile « mou »). On choisit la lecture selon l'électrophile, puis on vérifie qu'elle prévoit le produit observé.
1) Une déprotonation totale et irréversible. Le doublet de l'azote du diisopropylamidure arrache un hydrogène du carbone en ; le doublet de la liaison se reporte vers le carbonyle et l'on obtient l'énolate (associé à l'ion ) :
: la réaction est totale. On ajoute la cétone dans le LDA en léger excès pour que chaque molécule de cétone qui arrive soit aussitôt déprotonée : à aucun moment une cétone intacte ne côtoie un énolate (sinon, cétolisation). L'iodométhane n'est ajouté qu'une fois toute la cétone convertie, et pas avant : le LDA, base forte, le détruirait.
2) Deux formes, deux produits. Les deux formes mésomères placent la charge sur le carbone ou sur l'oxygène. Attaque par le carbone : 2-méthylcyclohexanone (-alkylation, liaison créée). Attaque par l'oxygène : 1-méthoxycyclohex-1-ène, un éther d'énol (-alkylation).
3) La charge dit oxygène, l'orbitale dit carbone. La ligne des charges désigne l'oxygène ( contre ) ; elle prévoirait l'éther d'énol, qu'on n'observe pas. La ligne de la HO désigne le carbone : contre pour l'oxygène. L'iodométhane est un électrophile mou : son carbone porte une charge partielle faible (la liaison est peu polarisée), et ce qu'il offre au nucléophile est une orbitale basse et vacante, la BV , développée sur le carbone. La réaction est sous contrôle orbitalaire : le recouvrement HO(énolate)–BV() est le plus fort là où le coefficient de la HO est le plus grand, sur le carbone. C'est la lecture qui rend compte du produit.
4) Une substitution nucléophile bimoléculaire par le carbone. Le doublet de l'oxygène reforme le carbonyle, le doublet forme la liaison avec le carbone du méthyle, et la liaison se rompt :
La HO de l'énolate est une orbitale , perpendiculaire au plan de l'énolate : l'iodométhane l'aborde par-dessus ou par-dessous ce plan, sur le carbone . Comme dans toute substitution bimoléculaire, il est attaqué à l'opposé de l'iode, le long de l'axe , là où la BV a son plus gros lobe.
5) Avec la moitié du LDA. La moitié seulement de la cétone est déprotonée : l'énolate côtoie une cétone intacte. Deux parasites : (i) la cétolisation, addition de l'énolate sur la cétone restante ; (ii) la polyalkylation : la 2-méthylcyclohexanone formée est elle-même énolisable, l'énolate restant lui arrache un proton (échange de proton entre deux carbonyles de voisins), et l'on forme des produits diméthylés. La déprotonation totale préalable supprime les deux.
6) Quantités. . Iodométhane : , soit et . Masse maximale de produit : .
Ce que l'exercice installe. L'énolate est un nucléophile ambident : la charge est surtout sur l'oxygène, mais la HO est plus développée sur le carbone. Face à un halogénoalcane, électrophile mou à BV , le contrôle est orbitalaire : -alkylation, par une substitution bimoléculaire, attaque à l'opposé du nucléofuge. On lit donc les orbitales fournies et on vérifie sur le produit observé. Une alkylation exige l'énolate totalement formé avant l'ajout de l'électrophile (ni cétolisation, ni polyalkylation).
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