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chimie organique 2 (PC) · Chapitre 3 · Exercice de TD

Une trace ou la totalité : compter les énolates avec les pKa

Création de liaisons carbone-carbone · C. Énols, énolates et acidité en α · niveau 1 (application)

Énoncé

On dispose des données suivantes, dans l'eau à .

Couple acide/base
éthanol / éthanolate
propanone / son énolate
acétoacétate d'éthyle / son énolate
diisopropylamine / diisopropylamidure (LDA)

Pour la propanone, la constante de l'équilibre de tautomérie cétone énol vaut , avec . La pentane-2,4-dione (acétylacétone) pure contient, elle, d'énol à .

1) Représenter l'énol de la propanone et calculer la fraction d'énol dans la propanone. Comparer à la pentane-2,4-dione : quel est le rapport des deux constantes de tautomérie ? Proposer deux raisons structurales à cet écart, en représentant l'énol majoritaire de la pentane-2,4-dione.

2) Écrire, avec des flèches courbes, la déprotonation de la propanone par l'ion hydroxyde, puis les deux formes mésomères de l'énolate. Quel atome porte la charge dans chacune ?

3) Calculer la constante de cette déprotonation. On prépare une solution aqueuse contenant initialement de propanone et d'hydroxyde de sodium. Calculer la concentration d'énolate à l'équilibre et le nombre de molécules de propanone présentes par énolate. Reprendre le calcul avec l'éthanolate de sodium, à la même concentration, dans l'éthanol (constante ).

4) L'acétoacétate d'éthyle est traité par un équivalent d'éthanolate de sodium ( chacun). Calculer la constante et la fraction d'acétoacétate non déprotonée. Représenter les trois formes mésomères de l'énolate et expliquer pourquoi ce composé est environ fois plus acide que la propanone.

5) Calculer la constante de la déprotonation de la propanone par le LDA et la fraction de propanone restante à l'équilibre, à concentrations initiales égales.

6) On veut, d'une part, condenser la propanone sur elle-même (aldolisation), d'autre part la méthyler par l'iodométhane . Pour chaque projet, l'ion hydroxyde convient-il ? Justifier en considérant ce que rencontre un énolate dans chacun des deux milieux.

Corrigé

La stratégie. Un énolate se forme par une réaction acide-base : sa quantité se lit sur la constante , et un tableau d'avancement suffit. La seule question chimique est ensuite de savoir si l'on a besoin de tout le carbonyle sous forme d'énolate, ou d'une trace régénérée au fur et à mesure.

1) L'énol, minoritaire, et l'exception des -dicétones. L'énol de la propanone est le propén-2-ol : le proton d'un méthyle est passé sur l'oxygène, la double liaison est passée entre les carbones.

Avec , la fraction d'énol vaut , soit : une molécule sur deux cents millions. La liaison et la liaison de la cétone sont plus solides, ensemble, que les liaisons et de l'énol. Pour la pentane-2,4-dione, : le rapport des constantes est . L'énol majoritaire de la dione est représenté ci-dessous : la double liaison y est conjuguée avec le second carbonyle, et le groupe forme avec l'oxygène de ce carbonyle une liaison hydrogène intramoléculaire (en pointillés), qui ferme un cycle à six atomes.

Les deux raisons sont donc la conjugaison (, délocalisation sur quatre atomes) et la liaison hydrogène intramoléculaire : ensemble, elles renversent l'équilibre.

2) L'énolate et ses deux formes. L'ion hydroxyde arrache, avec un de ses doublets, un proton du méthyle ; le doublet de la liaison reste sur le carbone :

Le doublet du carbone se délocalise vers le carbonyle, dont le doublet bascule sur l'oxygène : les deux formes mésomères de l'énolate portent la charge l'une sur le carbone , l'autre sur l'oxygène.

La forme où l'oxygène, plus électronégatif, porte la charge a le poids le plus important : c'est cette délocalisation qui stabilise la base conjuguée et rend le proton en si acide pour un hydrogène porté par un carbone ( contre une cinquantaine pour un alcane).

3) Une trace d'énolate. . Avec la concentration d'énolate formé, à partir de concentrations initiales égales :

d'où : de la propanone est sous forme d'énolate, et chaque énolate est entouré de molécules de propanone intactes. Avec l'éthanolate, , , : , soit environ molécules de cétone par énolate. Un écart de deux unités de multiplie la constante par cent, mais la concentration d'énolate par dix seulement (elle varie comme à concentrations initiales égales).

4) Le -cétoester : une déprotonation totale par un alcoolate. . Le même calcul donne cette fois : il reste d'acétoacétate non déprotoné, la déprotonation est quantitative. Le carbanion est encadré par deux carbonyles ; la charge se répartit sur le carbone central et sur deux oxygènes (Et désigne le groupe éthyle) :

Plus la charge est délocalisée, plus la base est stable : l'écart de unités de , soit un facteur , de l'ordre de , mesure ce que rapporte le second carbonyle.

5) Le LDA : tout est déprotoné. . La fraction de propanone restante vaut : il ne reste pratiquement plus de cétone, tout est énolate. Le LDA, très encombré, arrache le proton sans s'additionner sur le carbonyle.

6) Aldoliser ou alkyler : ce que rencontre l'énolate. Pour l'aldolisation, l'énolate doit rencontrer une cétone intacte : en solution de soude, chaque énolate en a quatre cent cinquante autour de lui, et celui qui réagit est aussitôt remplacé par une nouvelle déprotonation (l'ion hydroxyde est régénéré à la protonation de l'alcoolate). Une trace d'énolate, renouvelée, suffit : convient, en quantité catalytique même. Pour la méthylation, c'est l'inverse : l'énolate doit rencontrer plutôt qu'une cétone, et chaque cétone intacte est un partenaire concurrent ; de plus, l'ion hydroxyde, présent en large excès devant l'énolate, attaque lui-même l'iodométhane (substitution en méthanol). Il faut donc transformer toute la cétone en énolate avant d'ajouter l'électrophile : seul le LDA le permet ().

Cas limite. Pour un -cétoester, l'éthanolate suffit à tout déprotoner () : on peut l'alkyler sans LDA. C'est ce qui fait tout l'intérêt de ces composés.

Ce que l'exercice installe. La quantité d'énolate se calcule : , puis un tableau d'avancement. Une base dont l'acide conjugué a un inférieur à celui du carbonyle n'en forme qu'une trace, qui suffit à une aldolisation (catalyse) mais pas à une alkylation ; une alkylation exige une déprotonation totale préalable (LDA pour une cétone, alcoolate pour un -dicarbonylé). L'énol et l'énolate sont stabilisés par délocalisation ; un second carbonyle gagne environ neuf unités de .

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