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électronique (PSI) · Chapitre 1 · Exercice de TD

Problème : le filtre de Sallen-Key d'une carte d'acquisition, ou pourquoi un deuxième ordre est stable si ses trois coefficients sont de même signe

Stabilité des systèmes linéaires · B. Stabilité · niveau 3 (difficile)

Énoncé

Avant d'être numérisé, le signal d'un capteur traverse un filtre passe-bas actif du deuxième ordre, dit « de Sallen-Key ». Il comporte deux résistances , deux condensateurs et un amplificateur non inverseur de gain (on admet cette relation, établie au chapitre suivant ; l'amplificateur a une impédance d'entrée infinie et délivre ), avec . On pose et . L'amplificateur sature à .

1) L'équation du filtre. En écrivant la loi des nœuds en termes de potentiels en (aucun courant n'entre dans l'amplificateur), montrer que . En , en déduire que Donner , , le gain statique et le facteur de qualité en fonction de .

2) Établir le critère. On considère une équation homogène à coefficients réels, . En utilisant la somme et le produit des racines de , et en distinguant racines réelles et complexes conjuguées, démontrer que le régime libre tend vers zéro si et seulement si , et sont non nuls et de même signe. Que se passe-t-il si ? si ?

3) Le réglage nominal. Avec , calculer , , , le dépassement de la réponse indicielle et la fréquence . Quelle valeur de donnerait le réglage dit de Butterworth, ?

4) La panne. Un technicien monte par erreur . Montrer que le filtre est instable. Calculer les pôles, la fréquence et la constante de temps de croissance de l'oscillation qui apparaît. En combien de temps un bruit de atteint-il la saturation ?

5) Le cas limite. Que se passe-t-il pour ? Pourquoi ce réglage est-il impossible à tenir en pratique ?

6) Interprétation. Seul l'un des trois coefficients dépend de . Interpréter physiquement son signe. Que devient le modèle linéaire une fois la saturation atteinte ? Énoncer le résultat établi.

Corrigé

La stratégie. Deux lois des nœuds donnent l'équation ; la somme et le produit des racines donnent le critère ; on l'applique ensuite au seul coefficient qui dépend du gain.

1) L'équation du filtre. En , aucun courant n'entre dans l'amplificateur : le courant qui traverse la résistance entre et charge entièrement le condensateur relié à la masse, En , trois courants : celui venant de , celui partant vers , celui du condensateur relié à la sortie : On remplace et : Avec , on obtient l'équation annoncée. Par transposition : gain statique , et, par identification avec , .

2) Le critère, établi. Les racines , de vérifient et . Le régime libre est (ou pour une racine double) : il tend vers zéro si et seulement si les deux racines ont une partie réelle strictement négative.

  • Racines réelles. Toutes deux négatives somme négative et produit positif et : et du signe de .
  • Racines complexes conjuguées . Leur partie réelle est , négative ; leur produit est automatiquement positif, donc est du signe de .

Dans les deux cas : stable non nuls et de même signe. Réciproquement, si un signe diffère, une racine au moins a une partie réelle positive (somme positive, ou produit négatif pour des racines réelles de signes opposés). Si et , les racines sont : oscillation entretenue, système marginalement stable. Si , une racine est nulle : le régime libre tend vers une constante, pas vers zéro.

3) Le réglage nominal. ; ; . Les trois coefficients , et sont positifs : stable. Dépassement et , . Butterworth : , , (en pratique ou dans la série normalisée : le réglage nominal en est voisin).

4) La panne : un oscillateur involontaire. : le coefficient est négatif, les deux autres positifs : instable. Les pôles vérifient : La sortie s'écrit avec une pulsation , soit , et une constante de croissance . Un bruit de atteint au bout de : à l'échelle humaine, instantanément. Le « filtre » sort une oscillation à , écrêtée, alors que son entrée est nulle.

5) Le cas limite . donne , : pôles , oscillation sinusoïdale entretenue à , d'amplitude fixée par les conditions initiales. Mais change de signe au moindre écart : une résistance à près fait varier de ; l'oscillation s'éteint ou diverge. Un oscillateur réel se règle légèrement au-dessus de et compte sur une non-linéarité pour borner l'amplitude : c'est l'objet du chapitre sur les oscillateurs.

6) Interprétation et résultat. Seul dépend de : c'est le terme d'amortissement. Le « » traduit la dissipation dans les résistances ; le « », l'énergie que l'amplificateur réinjecte par le condensateur relié à la sortie. Tant que la dissipation l'emporte (), le régime libre s'amortit ; quand l'amplificateur fournit plus que ce qui est dissipé (), il croît. Une fois la saturation atteinte, la relation cesse d'être vraie : le système n'est plus linéaire, l'équation différentielle et son critère ne s'appliquent plus ; l'amplitude reste bornée à .

Résultat établi : le critère de stabilité d'un système d'ordre 2 par les signes des coefficients — le régime libre de tend vers zéro si et seulement si , , sont non nuls et de même signe ; un coefficient nul donne un système marginalement stable, un changement de signe un système instable. Appliqué au filtre de Sallen-Key, il se réduit à .

Ce que le problème installe. Le critère des coefficients n'est pas une recette : il vient de la somme et du produit des racines. Sur un circuit réel, il désigne le coefficient qui peut changer de signe et lui donne un sens physique (dissipation contre apport d'énergie). Une instabilité se chiffre : pôles, fréquence, constante de croissance, durée jusqu'à la saturation.

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