Tout anneau intègre fini est un corps
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 1 — Structures algébriques usuelles · C. , théorème chinois, Euler
Énoncé
Soit un anneau commutatif intègre et fini.
a) Soit non nul. Montrer que est injective, donc bijective, et en déduire que est inversible.
b) Conclure : tout anneau commutatif intègre fini est un corps. Retrouver ainsi, sans calculer aucun inverse, que est un corps pour premier.
c) Où l'hypothèse de finitude est-elle indispensable ? Donner un anneau intègre infini qui n'est pas un corps, et dire lequel des deux arguments du a) tombe.
d) La réciproque est-elle vraie : un anneau fini qui est un corps est-il intègre ?
Corrigé
La stratégie, et les outils. Elle tient en une phrase : l'intégrité fournit l'injectivité, la finitude la convertit en surjectivité, et la surjectivité donne un antécédent de , c'est-à-dire un inverse. On n'utilise que la définition d'un anneau intègre (commutatif, , sans diviseur de zéro) et le principe des tiroirs : une application injective d'un ensemble fini dans lui-même est bijective.
a) De l'injectivité à l'inversibilité. Soit et , .
Injectivité. Si , alors ; comme est intègre et , il vient . L'intégrité, c'est exactement la simplifiabilité par un élément non nul.
Bijectivité. est injective de l'ensemble fini dans lui-même, donc bijective.
Inversibilité. La surjectivité appliquée à fournit tel que ; la commutativité donne aussi . Donc est inversible.
b) Conclusion, et le cas de . est commutatif avec , et tout élément non nul y est inversible : c'est la définition d'un corps.
Application. est commutatif, fini de cardinal , et intègre : si , alors , donc ou par le lemme d'Euclide. Le théorème s'applique : est un corps, noté .
Le point délicat, et il faut être honnête. Bézout n'a pas disparu de la démonstration : il reste en amont, dans le lemme d'Euclide. Ce qui disparaît, c'est le calcul de l'inverse par l'algorithme d'Euclide étendu. La preuve du cours construit tel que ; celle-ci se contente de prouver qu'il existe, par un argument de cardinal. L'une est effective, l'autre est structurelle — et c'est la structurelle qui se généralise à tout anneau intègre fini.
c) La finitude est indispensable. est intègre, infini, et n'est pas un corps : n'y est pas inversible. L'application est pourtant bel et bien injective — l'intégrité n'est pas en cause — mais elle n'est pas surjective, son image étant . C'est le second argument, « injective bijective », qui s'effondre : il est faux sur un ensemble infini.
d) La réciproque. Oui, et la finitude n'y sert même pas : tout corps est intègre. Si avec , alors . Pour les anneaux commutatifs finis, on a donc l'équivalence : intègre est un corps.
Ce que l'exercice installe. Le geste « en cardinal fini, injectif entraîne surjectif » est l'un des plus rentables de la prépa. On vient de l'utiliser pour transformer l'intégrité en inversibilité ; le cours l'utilise pour la surjectivité du morphisme chinois, entre deux ensembles de même cardinal ; l'algèbre linéaire l'utilisera sous la forme « en dimension finie, un endomorphisme injectif est bijectif ». La même idée, trois habillages.
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