L'équation d'Airy et sa récurrence à trois crans
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 10 — Équations différentielles linéaires · D. Ordre 2 : wronskien, variation des constantes, séries entières
Énoncé
On considère l'équation d'Airy sur . a) Chercher les solutions développables en série entière : établir la récurrence des coefficients. b) Montrer que le rayon de convergence des séries obtenues est infini. c) En déduire que toute solution de sur est somme d'une série entière de rayon infini.
Corrigé
La stratégie : analyse, synthèse, comptage. Analyse : on suppose qu'une solution de rayon existe, et l'unicité du développement en série entière (chapitre 6) transforme l'équation en une récurrence. Synthèse : on repart de la récurrence, on montre que le rayon est infini, donc que la somme est définie sur et y est solution. Comptage : l'espace des solutions est de dimension par Cauchy, et l'on en a deux indépendantes — donc toutes les solutions sont obtenues. Sans ce troisième temps, on n'aurait trouvé que certaines solutions.
a) Analyse et récurrence. Supposons de rayon solution sur . Une série entière s'y dérive terme à terme (chapitre 6) : Par unicité des coefficients, l'équation équivaut à l'annulation de chacun d'eux :
- coefficient de : , donc ;
- coefficient de , : .
La récurrence saute de trois en trois : elle relie à , donc ne mélange jamais deux classes de congruence modulo .
- classe : entraîne , puis : toute la classe est nulle ;
- classe : libre, , soit ;
- classe : libre, , soit .
Premiers coefficients (récurrence en ) :
b) Le rayon est infini. Fixons et traitons la sous-série des indices multiples de , pour . Les termes sont tous non nuls et Par la règle de d'Alembert, cette sous-série converge absolument pour tout . Idem pour la classe , où le quotient vaut ; la classe est nulle. Somme de trois séries absolument convergentes en tout point : .
Le point délicat : on ne peut pas appliquer d'Alembert à . Un coefficient sur trois est nul, le quotient n'est même pas défini. Il faut découper selon les classes de congruence — licite, puisque la série est la somme de trois séries entières en , à un facteur ou près. Réflexe valable chaque fois qu'une récurrence saute des rangs.
c) Synthèse et comptage. Réciproquement, donnons-nous , définissons les par et la récurrence, et posons : de rayon infini par le b), donc de classe sur , dérivable terme à terme. Les calculs du a) se relisent à l'envers : sur .
Notons la solution obtenue pour et celle pour . Comme et , leurs images par l'isomorphisme sont les deux vecteurs de la base canonique : la famille est libre. Or est scalaire d'ordre , normalisée, à coefficients continus sur : son espace de solutions est de dimension . Une famille libre de deux éléments en est une base. Donc toute solution est développable en série entière de rayon infini, et vaut .
Contrôle chiffré. Pour , la série donne , et l'intégration numérique du problème de Cauchy , , rend la même valeur ; de même par les deux voies, et en pour . Accord à . On note que les solutions croissent pour , régime exponentiel, alors que sur l'équation s'écrit , régime oscillant : la série entière décrit les deux d'un seul tenant.
Ce que l'exercice installe. Coefficients polynomiaux récurrence linéaire sur les , obtenue par unicité du développement, puis vérification du rayon — sur les sous-suites quand la récurrence saute des rangs. C'est ainsi qu'on construit Bessel, Legendre, Hermite ; les combinaisons de et appelées et décrivent en mécanique quantique la fonction d'onde au voisinage d'un point de rebroussement classique. Et , la même au signe de près, servira de banc d'essai au problème final.
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