Problème de Cauchy contre problème aux limites
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 10 — Équations différentielles linéaires · A. Généralités et théorème de Cauchy
Énoncé
On considère sur , dont on note l'espace des solutions.
a) Justifier que est de dimension et que, pour tout , l'évaluation est un isomorphisme de sur .
b) Montrer que les solutions vérifiant forment une droite vectorielle, et qu'aucune ne vérifie , .
c) Pour , on pose , . Écrire sa matrice dans la base et déterminer les pour lesquels le problème « , » a, pour tout , une solution et une seule.
d) En déduire l'ensemble des réels pour lesquels admet une solution non nulle s'annulant en et en .
Corrigé
a) L'évaluation est un isomorphisme. L'équation est scalaire linéaire d'ordre , normalisée, à coefficients constants donc continus, sur l'intervalle : le théorème de Cauchy linéaire s'applique et donne, pour tout et tout , une solution et une seule définie sur tout entier. Relu, cet énoncé dit que est surjective (« il existe ») et injective (« une seule ») ; elle est linéaire, donc c'est un isomorphisme et . Comme et , la famille est une base de : toute solution s'écrit de façon unique.
b) Deux conditions aux limites. Pour , Le sinus a disparu : la condition ne porte que sur .
- équivaut à , c'est-à-dire : une droite vectorielle, donc une infinité de solutions.
- et exigeraient et : aucune solution.
Autrement dit envoie sur : son noyau est , son image la droite . Elle n'est ni injective ni surjective.
c) Le déterminant qui décide. est linéaire de dans , deux espaces de dimension , et Le problème est bien posé pour tout si et seulement si est bijective, c'est-à-dire Pour , la matrice est de rang .
Le point délicat : existence et unicité tombent ensemble. est linéaire entre deux espaces de même dimension finie, donc injective si et seulement si surjective. Il n'y a que deux régimes : ou bien et le problème a une solution unique pour toute donnée, ou bien et alors, selon , il n'y a aucune solution ou une droite entière de solutions. Le théorème de Cauchy, lui, ne connaît jamais ce second régime.
d) Les qui autorisent une solution non nulle. Trois cas.
. Posons : les solutions sont , et donne , donc avec . Alors impose avec , soit et .
. Les solutions de sont ; et donnent : seule la solution nulle.
. Posons : les solutions s'écrivent , où est le cosinus hyperbolique et le sinus hyperbolique. Comme le cosinus hyperbolique vaut en et le sinus hyperbolique , la condition donne ; et avec , le sinus hyperbolique étant strictement croissant et nul seulement en : , seule la solution nulle.
Conclusion. L'ensemble cherché est , les solutions non nulles étant les multiples de : les valeurs propres et fonctions propres du problème aux limites. Plus est grand, plus la fonction propre oscille — a zéros sur contre pour .
Ce que l'exercice installe. Le théorème de Cauchy porte sur des conditions initiales, prises en un même point : c'est la seule situation où l'on dispose d'un isomorphisme. Réflexe : un problème aux limites se traduit en une application linéaire de l'espace des solutions, de dimension connue, vers l'espace des données ; tout se lit ensuite sur un rang. La dernière question relie la taille de à la vitesse d'oscillation : c'est l'objet du problème final.
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