Stabilité sans diagonalisabilité
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 10 — Équations différentielles linéaires · E. Études qualitatives
Énoncé
Soit dont toutes les valeurs propres complexes sont de partie réelle strictement négative. Montrer que toute solution de tend vers en , sans supposer diagonalisable. L'hypothèse « partie réelle négative ou nulle » suffirait-elle ?
Corrigé
La stratégie : trigonaliser, puis résoudre en cascade. Faute de base propre, on ne peut plus découpler. Mais toute matrice complexe est trigonalisable (chapitre 2), et un système triangulaire se résout de proche en proche en partant de la dernière coordonnée : chaque équation est alors scalaire d'ordre , à second membre déjà connu. On montrera que les solutions sont des polynômes en multipliés par des , puis on conclura par croissances comparées.
1) Trigonalisation. Il existe et triangulaire supérieure, de diagonale , avec . Posons ; comme est linéaire, donc commute avec la dérivation, De plus est linéaire en dimension finie, donc continue (chapitre 4) : si et seulement si . Il suffit de traiter le cas triangulaire.
2) Résolution en cascade. Le système s'écrit, ligne par ligne, la dernière ligne étant , sans second membre. Notons l'ensemble des combinaisons linéaires finies de monômes exponentiels , avec et .
Affirmation : chaque appartient à . Récurrence descendante sur .
Initialisation, . donne .
Hérédité. Supposons . Le second membre est alors dans , et est solution de , dont les solutions sont une solution particulière plus . Par superposition, il suffit d'en trouver une pour chaque monôme de :
- si : on cherche , ce qui donne ; cette équation admet une solution polynomiale de degré (terme dominant , puis on descend degré par degré) ;
- si : convient, comme on le vérifie en dérivant.
Dans les deux cas la solution particulière est dans , donc . (Le degré augmente d'au plus par remontée : il reste majoré par .)
3) Conclusion par croissances comparées. Chaque est une combinaison finie de termes , de module pour . Par hypothèse , et par croissances comparées quel que soit : l'exponentielle décroissante l'emporte sur toute puissance. Donc , puis , puis .
La réponse à la seconde question : non. Prenons , de spectre , donc de parties réelles . Le système , donne et : pour la solution est non bornée. C'est la nilpotence qui produit le facteur , et ici rien ne l'amortit. C'est l'inégalité stricte qui fait tout le travail, parce qu'elle laisse une marge exponentielle capable d'absorber n'importe quelle puissance de . Pour diagonalisable, en revanche, donnerait des solutions bornées — pas forcément tendant vers : penser à , régime périodique.
Contrôle chiffré : la décroissance n'est pas monotone. Prenons avec nilpotente. Comme et commutent et , et . Avec : , nul en , croissant jusqu'à où il vaut , puis décroissant — , , . La solution tend bien vers , mais commence par s'éloigner : la partie nilpotente coûte un transitoire, jamais la stabilité.
Ce que l'exercice installe. Un réflexe : quand la diagonalisation manque, on trigonalise et l'on résout en cascade. Une forme : les solutions d'un système à coefficients constants sont toujours des polynômes-exponentielles. Une lecture : le signe strict des parties réelles décide seul de la stabilité asymptotique, la partie nilpotente ne pesant que sur le transitoire — c'est le critère qu'emploient l'automatique et la mécanique pour juger un équilibre sans résoudre.
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