Trois corps en contact thermique : le retour à la moyenne
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 10 — Équations différentielles linéaires · C. Systèmes à coefficients constants
Énoncé
Trois corps identiques sont en contact thermique deux à deux ; leurs températures vérifient Montrer que toute solution converge vers l'équilibre avec , et préciser la vitesse de convergence.
Corrigé
La stratégie : reconnaître la matrice, puis tout lire sur son spectre. Le système est avec symétrique réelle. Le théorème spectral (chapitre 3) fournit une base orthonormée de vecteurs propres ; dans cette base le système se découple en trois équations scalaires , dont le comportement en ne dépend que du signe de . Reste à identifier le spectre, ce que la structure de rend immédiat, sans polynôme caractéristique.
1) Mise en forme. , et de même pour les deux autres par symétrie des rôles :
2) Le spectre, sans polynôme caractéristique. Soit la matrice dont tous les coefficients valent , et . On lit . Or est de rang (ses trois colonnes valent ) : son image est , son noyau l'hyperplan de dimension , et . Donc avec , , et est diagonalisable (). Ajouter ne change pas les sous-espaces propres et décale les valeurs propres : soit le spectre avec multiplicités. Toutes les valeurs propres sont négatives ou nulles, et est simple.
3) Résolution. Décomposons suivant la somme directe orthogonale : L'unique solution du problème de Cauchy est , et agit par sur chaque sous-espace propre — c'est le cas diagonalisable du cours, où l'on ne calcule surtout pas : L'écart à l'équilibre décroît en : constante de temps .
4) Deux faits physiques, lisibles sur le spectre.
- La somme est conservée : , en utilisant la symétrie de puis . C'est la traduction dynamique de la valeur propre .
- Les écarts s'amortissent : sur — les triplets de somme nulle, c'est-à-dire les écarts à la moyenne — la dynamique est .
5) L'exponentielle explicite, en prime. et commutent et , donc pour et ; par le théorème d'exponentielle d'une somme dans le cas commutatif (), la matrice « moyenne », qui envoie tout vecteur sur .
Le point délicat : est valeur propre, donc les solutions ne tendent PAS vers . Le critère du cours — « toutes les parties réelles strictement négatives entraînent la convergence vers » — ne s'applique pas, et sa conclusion serait fausse. Ce qui reste vrai est plus fin : la composante de dans est figée, tout le reste s'éteint. Il n'y a donc pas un équilibre mais une droite entière d'équilibres, : tous les états où les trois corps sont à la même température. Second piège : sans la symétrie de , la décomposition ne serait plus orthogonale et ne serait plus la moyenne.
Contrôle chiffré. Départ , de moyenne ; la théorie prédit composante par composante. Le calcul matriciel de et cette formule coïncident : en , ; en , ; en , . Vérification à la main de la première composante en : . Et la somme des trois vaut à chaque instant, conformément à la conservation du 4).
Ce que l'exercice installe. Le spectre est le comportement : une valeur propre nulle est une quantité conservée, une partie réelle strictement négative un amortissement dont elle donne le taux. C'est le schéma générique des systèmes de diffusion : , et plus généralement l'opposée d'un laplacien de graphe, a toujours pour valeur propre associée au vecteur constant et un spectre strictement négatif sur son orthogonal dès que le graphe est connexe — d'où conservation de la quantité totale, retour à la moyenne, et vitesse donnée par le « trou spectral ».
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