La réciproque de la relation d'Euler
Exercice classique · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 11 — Calcul différentiel et optimisation · B. Règle de la chaîne et équations aux dérivées partielles
Énoncé
Réciproque d'Euler : soit sur vérifiant . Montrer que est homogène de degré (fixer et étudier : sur l'intervalle , donc constante ).
Corrigé
Stratégie : fabriquer la quantité qui devrait être constante, et montrer qu'elle l'est. Dire que est homogène de degré , c'est dire que ne dépend pas de . On pose donc cette fonction de , on la dérive, et l'hypothèse — appliquée au point courant , et non au point de départ — fait tomber la dérivée à zéro. Le domaine étant un intervalle, une dérivée nulle donne une constante, que l'on identifie en .
1) Le domaine est un cône. est ouvert, et stable par homothétie de rapport : si et , alors . Sans cette stabilité, l'expression n'aurait pas de sens pour tout , et l'énoncé serait vide. C'est la première chose à vérifier dans tout énoncé d'homogénéité.
2) La fonction auxiliaire. Fixons et posons, pour ,
L'arc est de classe à valeurs dans , de vitesse constante ; est sur . Par composition (dérivation le long d'un arc) et produit, est de classe sur et
3) L'hypothèse, appliquée au bon point. L'identité est vraie en tout point de . Appliquons-la en :
puis divisons par :
4) La dérivée est nulle. En reportant dans le 2) :
5) Conclusion. est identiquement nulle sur , qui est un intervalle : y est constante, égale à . Donc, pour tout ,
Ceci vaut pour tout : est homogène de degré .
⚠️ Deux points délicats, tous deux invisibles si l'on rédige trop vite.
- L'hypothèse s'utilise en , point courant de l'arc, et non en . Écrire serait faux et ferait échouer le calcul : c'est le facteur que l'on divise à l'étape 3 qui produit exactement le nécessaire à la simplification de l'étape 4.
- « Dérivée nulle donc constante » exige un intervalle (ou, en dimension supérieure, un ouvert connexe par arcs — cours). Ici en est un. Sur une réunion d'intervalles disjoints on n'obtiendrait qu'une constante par morceau, et l'identification tomberait.
Contrôle chiffré. Prenons sur — une fonction dont l'homogénéité n'est pas visible au premier coup d'œil. On calcule
d'où . L'hypothèse est donc vérifiée avec . Au point : , et le calcul numérique des deux dérivées partielles (différences centrées) donne , à comparer à — accord à , l'écart provenant du pas de dérivation.
La conclusion du théorème se vérifie alors directement :
| 1,07090355 | 1,07090355 | |
| 64,32114441 | 64,32114441 |
est bien homogène de degré , comme la relation d'Euler le prédisait.
Ce que l'exercice installe. Avec l'exercice précédent, on tient une équivalence : pour de classe sur un cône ouvert connexe par arcs, homogène de degré partout. Une propriété globale est ainsi entièrement caractérisée par une EDP linéaire du premier ordre. C'est le schéma de la méthode des caractéristiques : ici les caractéristiques sont les demi-droites issues de l'origine, l'EDP dit comment varie le long de chacune, et n'est autre que « lue le long d'une caractéristique » et renormalisée pour être constante.
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