Le contre-exemple de Schwarz
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 11 — Calcul différentiel et optimisation · A. Dérivées partielles et différentielle
Énoncé
Soit pour , prolongée par .
a) Calculer pour tout , et pour tout . b) En déduire et . c) Montrer que est pourtant de classe C1 sur . Où l'hypothèse du théorème de Schwarz échoue-t-elle ?
Corrigé
La stratégie : les deux dérivées croisées se calculent sur les deux axes, et nulle part ailleurs. On n'a pas besoin de l'expression générale des dérivées secondes : pour obtenir en l'origine, il suffit de connaître sur l'axe des abscisses, puisqu'on la dérive ensuite en le long de cet axe. Ce sont donc deux calculs d'une variable, et ils sont exacts.
a) Les deux dérivées premières sur les axes. Sur l'axe des abscisses. Pour fixé, écrivons , et comme , Pour : pour tout , donc . La formule vaut donc pour tout .
Sur l'axe des ordonnées. Symétriquement, et , donc pour et : la formule vaut pour tout .
b) Les deux dérivées croisées. Par définition, est la dérivée en de la fonction d'une variable , qui vaut d'après le a) : De même, est la dérivée en de : Les deux dérivées croisées diffèrent en l'origine : l'ordre de dérivation n'est pas indifférent.
c) est pourtant de classe C1. Sur , est une fraction rationnelle de dénominateur non nul, donc de classe C∞. Calculons en un point , en écrivant : le numérateur se développant en . Majorons : comme (développer : ), il vient Donc est continue en l'origine, et elle l'est ailleurs comme fraction rationnelle. Comme , on obtient par symétrie , également majorée par , donc continue en l'origine. Les deux dérivées partielles existent partout et sont continues : est de classe C1 sur (critère pratique du cours).
Où l'hypothèse échoue. Le théorème de Schwarz demande la classe C2. Or vaut sur l'axe des abscisses et sur l'axe des ordonnées, donc La fonction prend la valeur le long d'un axe et le long de l'autre : elle n'a pas de limite en l'origine, donc n'y est pas continue. n'est pas de classe C2 en — et c'est exactement l'hypothèse qui manque. (En tout point autre que l'origine, est C∞ et les croisées coïncident bien : le phénomène est ponctuel.)
Le point délicat : la dérivée croisée se calcule par deux limites emboîtées, pas par une limite en deux variables. signifie « on dérive d'abord en , à gelé, puis le résultat en ». L'ordre des deux gels n'est pas symétrique, et c'est tout le phénomène. ⚠️ Deuxième mise en garde, expérimentale celle-là : un schéma numérique de différences centrées appliqué à l'origine rend pour les deux croisées, parce qu'il symétrise les quatre quadrants et fait disparaître l'antisymétrie de . Le calcul exact des deux dérivées premières sur les axes, lui, ne ment pas : et , vérifiés numériquement à près en .
Ce que l'exercice installe. Les hypothèses de régularité des grands théorèmes ne sont pas décoratives, et l'on ne sait vraiment ce qu'elles font que lorsqu'on a vu ce qui tombe sans elles. Ici la conclusion « les croisées sont égales » est fausse dès que la classe C2 manque, fût-ce en un seul point — alors que la classe C1, elle, est acquise. À retenir aussi la technique : pour prendre en défaut une propriété en l'origine, on fabrique une fonction antisymétrique en dont les deux axes voient des comportements opposés.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.