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Les deux différentielles matricielles, et la formule de Jacobi

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 11 — Calcul différentiel et optimisation · A. Dérivées partielles et différentielle

Énoncé

a) Montrer que est différentiable et que . b) Montrer que est différentiable sur l'ouvert , avec . c) Soit . En écrivant , montrer la formule de Jacobi . En déduire .

Corrigé

La stratégie : ne pas écrire une seule coordonnée. L'espace de départ est , de dimension : écrire la matrice jacobienne serait un désastre. On utilise à la place les deux outils du cours qui ne demandent aucune base : la multilinéarité ( est -linéaire par rapport aux colonnes) et la règle de dérivation d'une application multilinéaire (une position à la fois).

a) La différentielle du déterminant en l'identité. Notons les colonnes de et celles de . Le déterminant étant -linéaire en les colonnes, on développe en termes, un par choix, dans chaque position, de ou de :

D'où , avec linéaire : est différentiable en et . (Que soit différentiable partout est acquis d'avance : c'est une fonction polynomiale des coefficients, donc de classe C∞.)

b) La différentielle de l'inversion. D'abord, est différentiable. La formule de la comatrice donne : chaque coefficient de est une fraction rationnelle des coefficients de , de dénominateur , qui ne s'annule pas sur . Or est ouvert, image réciproque d'un ouvert par une application continue (chapitre 4). Donc est de classe C∞ sur cet ouvert.

Ensuite, on différentie l'identité. Considérons , qui est constante égale à sur . C'est l'application où est bilinéaire ; la règle de dérivation d'une application multilinéaire, une position à la fois, donne En multipliant à droite par : (En dimension , cela redonne la dérivée de , à savoir : la formule matricielle n'est pas , elle encadre par les deux inverses, faute de commutativité.)

c) La formule de Jacobi. Pour inversible, , donc par multiplicativité du déterminant et par le a) appliqué à la matrice : L'application est linéaire en dimension finie, donc continue, et pour une norme d'algèbre : . Comme est linéaire,

Conséquence : . Posons pour . L'application est de classe C∞ de dérivée (chapitre 10), et elle est à valeurs dans puisque a pour inverse . Par la règle de la chaîne, est dérivable et car commute avec son exponentielle, donc . Ainsi avec : par unicité dans le théorème de Cauchy, , et en , .

Le point délicat : la multilinéarité se manipule par positions, pas par coefficients. L'erreur classique, dans le a), est de développer par la formule de Leibniz sur les permutations : exact, mais illisible. Le développement par colonnes range au contraire les termes selon le nombre de facteurs , ce qui sépare d'un coup le terme constant, le terme linéaire et le reste — le même geste que pour dériver un produit de fonctions.

Contrôle chiffré. Prenons , de déterminant et d'inverse , et . Alors , soit un accroissement de , quand la formule de Jacobi prévoit : l'écart, , est bien du second ordre. En avec , on a contre , la différence valant exactement : c'est l'identité , propre à la dimension .

Ce que l'exercice installe. Trois formules — , , — et une méthode : on différentie une identité entre applications, et la règle du produit fait apparaître l'inconnue. La trace est la différentielle du déterminant, ce qui explique la parenté des deux invariants : le déterminant est multiplicatif, sa version infinitésimale est additive.

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