Codiagonalisation de deux endomorphismes qui commutent
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 2 — Réduction des endomorphismes et des matrices carrées · D. Polynômes annulateurs et minimal
Énoncé
Soient , de dimension finie, tous deux diagonalisables, et tels que .
a) Montrer que chaque sous-espace propre est stable par .
b) Montrer que l'endomorphisme induit par sur est diagonalisable.
c) En déduire qu'il existe une base de formée de vecteurs propres communs à et .
d) Traduire matriciellement.
e) Étudier la réciproque, et montrer par un contre-exemple que chacune des deux hypothèses est nécessaire.
Corrigé
La stratégie, et les outils. Trois théorèmes du chapitre travaillent ensemble : la stabilité des sous-espaces propres de par tout endomorphisme commutant avec ; la diagonalisabilité de l'induit ; et le recollement d'une base adaptée à une somme directe. C'est le schéma « descendre dans les morceaux, y résoudre, recoller » — celui qui servira au problème.
a) La stabilité. Soit et , c'est-à-dire . Alors donc . Chaque sous-espace propre de est stable par .
b) L'induit est diagonalisable. Notons l'endomorphisme induit par sur , bien défini d'après le a). Le polynôme annule , donc annule aussi sa restriction à un sous-espace stable : divise (théorème du cours sur l'endomorphisme induit). Or est diagonalisable, donc est scindé à racines simples ; un diviseur unitaire d'un polynôme scindé à racines simples l'est encore. Donc est scindé à racines simples et est diagonalisable.
c) Le recollement. étant diagonalisable, Dans chaque , l'induit est diagonalisable (question b) : choisissons une base de formée de vecteurs propres de . La concaténation des est une base de , car elle est adaptée à la somme directe.
Vérifions que chacun de ses vecteurs est propre pour et pour . Un vecteur de appartient à , donc : il est propre pour . Et il est propre pour , disons ; comme est la restriction de , on a : il est propre pour . est une base de vecteurs propres communs.
d) La traduction matricielle. Si sont diagonalisables et commutent, il existe telle que et soient toutes deux diagonales : et sont codiagonalisables. (Le résultat s'étend par la même méthode à toute famille d'endomorphismes diagonalisables commutant deux à deux.)
e) La réciproque, et les deux contre-exemples.
La réciproque est vraie. Si et sont diagonaux dans une même base, ils y sont diagonalisables, et deux matrices diagonales commutent ; en revenant à la base de départ par conjugaison, . Donc : codiagonalisables diagonalisables et commutant.
Si l'on retire la commutation. et sont toutes deux diagonalisables ( vérifie , donc l'annule). Mais donc elles ne commutent pas, et elles ne peuvent pas être codiagonalisables — sinon elles commuteraient.
Si l'on retire la diagonalisabilité de l'une. et commutent, et est diagonalisable ; mais ne l'est pas (), donc il n'existe aucune base de vecteurs propres de , a fortiori aucune base commune.
Ce que l'exercice installe. Le schéma « stabilité, induit, recollement » est le mode d'emploi de la réduction dès qu'il y a plusieurs endomorphismes en présence : on ne travaille jamais sur tout entier, on descend dans les morceaux que la première réduction a fabriqués. On le retrouvera au chapitre des espaces euclidiens, et dès le problème pour l'unicité de la décomposition.
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