Polarisation, et la linéarité automatique
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 3 — Endomorphismes d'un espace euclidien · B. Matrices orthogonales et isométries
Énoncé
Soit un espace euclidien.
a) Soit conservant les normes. Redémontrer par polarisation qu'il conserve le produit scalaire.
b) Soit une application non supposée linéaire conservant le produit scalaire. Montrer, en développant , que est automatiquement linéaire.
c) En déduire que est une isométrie vectorielle, élément de .
d) Le même énoncé vaut-il en remplaçant « conserve le produit scalaire » par « conserve les normes » ?
e) Que conclut-on sur la définition du cours, qui exige qu'une isométrie vectorielle soit linéaire ?
Corrigé
La stratégie, et les outils. L'identité de polarisation, , relie normes et produit scalaire dans les deux sens. Le b) est l'exercice proprement dit : pour montrer qu'un vecteur est nul, on calcule sa norme au carré, et tout se simplifie parce que chacun des produits scalaires apparus se transporte par .
a) Le sens facile. Soit linéaire conservant les normes. Pour , la linéarité donne , donc c'est-à-dire . C'est la linéarité qui a permis de remplacer par — retenons-le, c'est exactement ce dont le b) va se passer.
b) La linéarité est automatique. Supposons pour tous . En particulier, avec , : conserve aussi les normes.
Fixons et , et posons Développons par bilinéarité — six termes : Chacun de ces six termes se transporte : conserve le produit scalaire, donc on peut effacer partout la lettre : Développons les trois expressions restantes : En reportant et en regroupant :
- coefficient de : ;
- coefficient de : ;
- coefficient de : .
Donc , c'est-à-dire : est linéaire.
c) est une isométrie. Étant linéaire et conservant les normes, est une isométrie vectorielle ; elle est injective (si alors ), donc bijective en dimension finie. Ainsi .
d) Non, et c'est le point de l'exercice. Conserver les normes ne suffit pas à entraîner la linéarité. Prenons et où est un vecteur unitaire fixé. Alors : conserve les normes. Mais elle n'est pas linéaire : , alors que . (Elle ne conserve d'ailleurs pas le produit scalaire : alors que .)
e) La conclusion sur la définition du cours. Le cours définit une isométrie vectorielle par la conservation des normes et précise « par définition, une isométrie vectorielle est linéaire ». Le d) montre que cette précision n'est pas redondante : sans elle, la classe serait trop large. En revanche, le b) montre qu'elle le serait si l'on définissait les isométries par la conservation du produit scalaire — là, la linéarité est gratuite. Les deux caractérisations du cours, équivalentes pour des applications linéaires, ne le sont plus si l'on retire la linéarité.
Ce que l'exercice installe. Le geste « pour montrer qu'un vecteur est nul, calculer sa norme au carré » est l'un des plus utilisés en euclidien : on le retrouvera pour l'unicité de la projection orthogonale, pour les inégalités de Cauchy-Schwarz et de Bessel, et à l'exercice 7 de cette séance. Et retenez la vigilance de fond : une hypothèse apparemment anodine (« linéaire ») peut être indispensable ou superflue selon l'autre hypothèse — il faut savoir laquelle.
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