Deux normes non équivalentes sur
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 4 — Topologie des espaces vectoriels normés · B. Suites, normes équivalentes
Énoncé
Sur , on pose, pour , a) Vérifier que pour tout . b) Montrer que les deux normes ne sont pas équivalentes, en étudiant . c) Reformuler la conclusion en termes de suites convergentes. d) Pourquoi ce phénomène est-il impossible sur ?
Corrigé
La stratégie. Pour infirmer une équivalence de normes, il faut exhiber une suite témoin rendant le rapport non borné. Toute la difficulté est de fabriquer des polynômes petits sur mais à gros coefficients : ce sont les signes alternés qui produisent cet effet, et l'évaluation en qui mesure d'un coup la taille des coefficients.
a) L'inégalité facile. Pour , on a , donc Le majorant ne dépend pas de : en passant au supremum, . Une seule des deux inégalités est acquise, avec la constante . L'équivalence exigerait de plus une constante telle que pour tout : c'est elle qu'on va détruire.
b) La suite témoin. Posons .
Étape 1 — la norme uniforme vaut à tout rang. Pour , la quantité décrit , donc et . La valeur est atteinte en , où . Donc pour tout .
Étape 2 — la somme des modules des coefficients vaut . La formule du binôme donne , où se lit « k parmi n ». Les modules des coefficients sont les , donc, par la formule du binôme relue à l'envers, Lecture équivalente : évaluer en rend tous les termes positifs, puisque , donc .
Étape 3 — conclusion. S'il existait tel que pour tout , on aurait pour tout ce qui est absurde puisque . Les deux normes ne sont pas équivalentes.
c) La même chose, vue par les suites. Posons . Par homogénéité des deux normes, La suite converge vers pour et pas pour , dont elle garde la valeur . Or deux normes équivalentes ont exactement les mêmes suites convergentes, de mêmes limites : c'est la seconde rédaction complète de la non-équivalence, celle que le programme désigne.
d) Un phénomène de dimension infinie. En dimension finie, toutes les normes sont équivalentes (résultat admis) : sur chaque , il existe donc telle que en degré au plus . Ce qui échoue n'est pas l'existence de mais son uniformité : appliquée à , l'inégalité donne , et la réunion croissante des n'hérite d'aucune constante commune.
Contrôle numérique. : , , . : , , et a pour maximum sur . : contre .
Le point délicat. On ne démontre jamais une non-équivalence en niant l'inégalité « pour tout » : il faut construire l'objet qui la viole. L'idée est de faire travailler les signes — un polynôme à coefficients alternés est minuscule sur , où les termes se compensent, tout en ayant des coefficients énormes qui se révèlent en , où plus rien ne se compense.
Ce que l'exercice installe. Le réflexe en trois temps : établir l'inégalité facile, supposer l'autre, chercher la suite qui la fait exploser — puis homogénéiser, pour transformer « le rapport n'est pas borné » en « une suite converge pour l'une et pas pour l'autre ».
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.