Même polynôme caractéristique pour et , par densité
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 4 — Topologie des espaces vectoriels normés · C. Topologie
Énoncé
Soient . a) Montrer que si est inversible, et sont semblables ; en déduire dans ce cas. b) Montrer que, pour réel fixé, l'application est continue. c) En déduire, par densité, que sans hypothèse sur . d) Peut-on en conclure que et sont semblables ?
Corrigé
La stratégie. Le schéma en trois temps du raisonnement par densité, dont cet exercice est l'exemple canonique : établir l'identité sur une partie dense où un argument algébrique la donne gratuitement ; vérifier que les deux membres sont continus en la variable qu'on fait bouger ; conclure, deux applications continues coïncidant sur une partie dense coïncidant partout. Deux subtilités : on ne fait bouger qu'une des deux matrices, et l'égalité obtenue est d'abord une égalité de valeurs, pas de polynômes.
a) Le cas inversible. Si , alors : les matrices et sont semblables, la matrice de passage étant . Or deux matrices semblables ont même polynôme caractéristique, puisque Donc dès que est inversible. L'argument tombe complètement sinon : plus de matrice de passage, et aucune raison a priori que l'égalité subsiste.
b) La continuité. Fixons et un réel , et posons . Les coefficients de sont les , formes linéaires en les coefficients de , et de même pour ; le déterminant est un polynôme en les coefficients de sa matrice. Par composition, chacun des deux déterminants est polynomial en les coefficients de — donc continu, en dimension finie. Donc est continue.
c) Le passage à la limite. Par le a), s'annule sur , dense dans (exercice 8). Une application continue nulle sur une partie dense est nulle partout : tout point est limite d'une suite de points où s'annule, donc par continuité séquentielle. Concrètement, avec la suite ,
De « pour tout » à « les polynômes sont égaux ». Le raisonnement a été fait à fixé, mais il vaut pour chaque : on a donc pour tout réel . Le polynôme admet une infinité de racines : il est nul. D'où, comme égalité de polynômes, pour toutes .
Les deux points délicats. Il faut faire bouger une seule des deux matrices, restant figé : c'est ce qui fait de une fonction d'une variable matricielle et permet d'invoquer la densité. Et l'étape « pour tout , donc égalité de polynômes » n'est pas une formalité : elle utilise qu'un polynôme réel ayant une infinité de racines est nul.
d) Ce qu'on ne peut pas conclure. et ont même polynôme caractéristique, donc même spectre avec les mêmes multiplicités algébriques, même trace et même déterminant. Elles ne sont pourtant pas semblables en général : Même polynôme caractéristique , conformément au c) ; mais et , et le rang est un invariant de similitude. Les multiplicités géométriques diffèrent : est diagonalisable, ne l'est pas.
Contrôle numérique. Prenons , non inversible puisque — c'est tout l'intérêt de l'exemple —, et . Alors et : deux matrices différentes, de traces et de déterminants des deux côtés, donc . L'approximation fonctionne aussi : le spectre de étant , la matrice est inversible pour tout avec .
Ce que l'exercice installe. Le raisonnement par densité démontre une identité algébrique en la vérifiant seulement là où elle est facile ; on l'emploie de même pour ou pour . Retenir la forme exacte : une identité, une partie dense où elle est vraie, deux fonctions continues, et l'identité partout.
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