Problème — Le théorème de Riesz : la boule unité et la dimension
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 4 — Topologie des espaces vectoriels normés · E. Compacité et connexité
Énoncé
Soit un espace vectoriel normé sur , non réduit à , et sa boule unité fermée.
1) On suppose . Montrer que est compacte. (On admet, comme le programme y autorise, que toutes les normes sont équivalentes en dimension finie.)
2) Soit un sous-espace vectoriel de de dimension finie, et . Montrer que est fermé, puis qu'il existe avec , et que ce nombre est strictement positif.
3) (Lemme de Riesz.) En déduire l'existence d'un vecteur unitaire tel que .
4) On suppose . Construire par récurrence une suite de vecteurs unitaires telle que pour , et montrer qu'elle n'admet aucune suite extraite convergente.
5) Conclure : énoncer le théorème obtenu.
6) Sur muni de , construire une suite avec et pour . Qu'en déduire ?
Corrigé
Le plan. Le sens facile est celui que le cours a préparé. Tout le travail est dans l'autre sens : fabriquer, en dimension infinie, une suite de vecteurs unitaires deux à deux éloignés d'au moins ; une telle suite vit dans la boule unité fermée et n'a aucune valeur d'adhérence. L'outil de fabrication est le lemme de Riesz, lui-même conséquence du fait qu'une distance à un sous-espace de dimension finie est atteinte — et c'est là, et seulement là, qu'on utilise la compacité en dimension finie.
1) Le sens facile. Soit une suite de . Fixons une base de , écrivons , et introduisons où les sont les coordonnées de dans cette base : c'est une norme, les trois axiomes se vérifiant immédiatement sur des coordonnées qui dépendent linéairement de . Par l'équivalence des normes en dimension finie — résultat admis, le programme précisant que sa démonstration n'est pas exigible —, il existe avec .
Les coordonnées sont bornées. De on tire , donc : chacune des suites de coordonnées est bornée dans .
Extractions successives. Par Bolzano-Weierstrass dans , on extrait de une sous-suite convergente, puis de celle-ci une nouvelle pour la deuxième coordonnée, et ainsi de suite fois — un nombre fini d'extractions, c'est essentiel. On obtient une extraction telle que pour chaque .
La limite. Posons . Alors donc . Enfin la norme est -lipschitzienne donc continue : , c'est-à-dire .
De toute suite de on extrait donc une suite convergeant dans : la boule unité fermée d'un espace normé de dimension finie est compacte.
2) Un sous-espace de dimension finie est fermé, et la distance y est atteinte.
est fermé. Soit une suite de convergeant vers . Une suite convergente est bornée : les sont dans la boule fermée de rayon de , compacte par la question 1 appliquée à et par homothétie. On extrait ; mais converge vers , donc toute extraite aussi, d'où : est fermé.
La distance est strictement positive. On a si et seulement si (exercice 4, question b) ; comme , on a .
Elle est atteinte. Posons et .
- est non vide : et .
- est fermé : intersection du fermé et de la boule fermée .
- est borné : pour , .
- est contenu dans , de dimension finie : fermé et borné, il est donc compact.
L'application , -lipschitzienne donc continue, atteint sur ce compact non vide sa borne inférieure en un . Ce minimum sur est bien l'infimum sur : d'une part ; d'autre part, si , alors , et un tel ne peut pas le réaliser. Finalement
Le point délicat. On ne peut pas dire « est fermé donc la distance est atteinte » : c'est faux en général. Ce qui sauve ici, c'est d'avoir remplacé par un compact, substitution légitime seulement parce que est de dimension finie — exactement la technique de l'exercice 7.
3) Le lemme de Riesz. Soient de dimension finie avec , et . La question 2 fournit avec . Posons Pour , par homogénéité de la norme, où l'on a utilisé que appartient à — c'est un sous-espace vectoriel, stable par combinaison linéaire — et la définition de comme infimum des distances de aux points de . Et en prenant , on obtient . Donc et cet infimum est atteint en . Il existe un vecteur unitaire à distance exactement de .
La lecture à retenir. Un sous-espace de dimension finie ne remplit pas la sphère unité : il y reste un point à distance de lui, le maximum concevable puisque donne déjà .
4) La suite -séparée. Supposons .
Initialisation. : choisissons et posons , unitaire.
Hérédité. Supposons construits unitaires, deux à deux distants d'au moins . Posons , de dimension finie (au plus ). Comme est de dimension infinie, : il existe donc . Les questions 2 et 3 fournissent un vecteur unitaire avec ; en particulier, pour , le vecteur est dans , donc La propriété est conservée. On obtient une suite de vecteurs unitaires avec pour tous .
Aucune extraite ne converge. Supposons qu'une extraite converge vers . Alors les deux termes étant ceux de la même suite convergente et . On obtiendrait : contradiction. Aucune suite extraite de ne converge.
5) Le théorème. Si , la boule unité fermée est compacte (question 1). Par contraposée pour l'autre sens : si , la suite de la question 4 est contenue dans , puisque ses termes sont unitaires, et n'admet aucune suite extraite convergente, donc a fortiori aucune convergeant dans . Par la définition même de la compacité — Bolzano-Weierstrass —, n'est pas compacte.
Théorème de Riesz. Soit un espace vectoriel normé. La boule unité fermée de est compacte si et seulement si est de dimension finie.
Deux corollaires à savoir énoncer. La sphère unité obéit à la même dichotomie : la suite y vit, donc elle n'est pas compacte en dimension infinie, et en dimension finie elle est fermée bornée donc compacte. Et surtout : « fermé et borné » n'équivaut à « compact » qu'en dimension finie, puisque la boule unité fermée est toujours fermée — image réciproque de par la norme, continue — et toujours bornée, sans être compacte dès que la dimension est infinie. Toutes les fois où ce chapitre a écrit « en dimension finie », l'hypothèse était donc indispensable.
6) L'illustration explicite. Prenons muni de la norme de la convergence uniforme. Cet espace est de dimension infinie : les monômes y forment une famille libre infinie, un polynôme nul sur ayant tous ses coefficients nuls.
La construction. Pour , posons et notons son milieu. Soit la fonction « triangle » : nulle hors de , affine de à sur , affine de à sur . Chaque est continue sur — affine par morceaux, les valeurs se recollant aux extrémités où elles valent —, vérifie et , donc .
Les supports sont presque disjoints. et ne partagent que le point , où les deux fonctions s'annulent, et pour les intervalles sont disjoints : en tout point de , au plus une des est non nulle.
Le calcul. Soient . En tout point , l'une au moins des deux valeurs est nulle, donc d'où . Et en , qui est intérieur à donc hors de , on a et , donc l'écart vaut . Finalement non pas « au moins » mais exactement .
Conclusion. La suite vit sur la sphère unité et ses termes sont deux à deux à distance : par l'argument de la question 4, elle n'admet aucune extraite convergente. La boule unité fermée et la sphère unité de ne sont donc pas compactes — ce que le théorème de Riesz prédisait, et qu'on vérifie ici à la main, sur un exemple qu'on peut dessiner : des bosses qui se déplacent vers en rétrécissant sans jamais perdre de hauteur. C'est cela, précisément, qu'un espace de dimension finie interdit. (Contrôle : et ; et ; les deux triangles ne se touchent qu'en , où tous deux valent , et .)
Ce que le problème installe. Le lemme de Riesz d'abord : un sous-espace de dimension finie laisse toujours, sur la sphère unité, un point à distance de lui — c'est la machine qui fabrique des suites sans valeur d'adhérence. Puis le renversement de perspective : la compacité de la boule unité n'est pas une commodité technique, c'est un test de dimension. Chaque fois qu'un théorème exige la dimension finie — équivalence des normes, continuité automatique des applications linéaires, caractérisation des compacts, existence d'un minimum par restriction à une boule —, c'est ce théorème-là qui est derrière.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.