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L'exponentielle d'une matrice, et l'hypothèse de commutation

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 5 — Séries numériques et vectorielles · A. Règle de d'Alembert et séries vectorielles

Énoncé

Soit et ou .

a) Montrer que pour toute , la série converge. Sa somme est notée .

b) Calculer pour , puis pour .

c) Montrer que si et commutent, alors . (On admet l'extension du produit de Cauchy aux séries matricielles absolument convergentes.) Montrer sur un exemple que l'hypothèse de commutation ne peut pas être retirée.

d) En déduire que est toujours inversible, d'inverse , puis calculer .

Corrigé

La stratégie. La convergence se règle en une ligne dès qu'on dispose d'une norme sous-multiplicative — c'est l'apport du chapitre 4. L'identité du c) est ensuite, mot pour mot, la démonstration de « e puissance a plus b égale e puissance a fois e puissance b » : produit de Cauchy, puis formule du binôme — et c'est là, et là seulement, que sert la commutation. On relit donc cette preuve connue en surveillant l'ordre des facteurs.

a) Convergence. Munissons d'une norme sous-multiplicative, c'est-à-dire vérifiant : toute norme subordonnée convient (chapitre 4). Une récurrence immédiate donne alors , d'où terme général de la série numérique convergente de somme (première année). La série est donc absolument convergente, et étant de dimension finie , elle converge par l'exercice 1. L'exponentielle est définie pour toute matrice.

b) Deux calculs directs.

Matrice diagonale. Si , alors et la somme partielle vaut , qui tend vers , la convergence se lisant coordonnée par coordonnée (exercice 1). Donc : l'exponentielle agit sur le spectre.

Matrice nilpotente. Si , alors , donc pour : la série s'arrête, et

c) L'identité fondamentale, et son hypothèse.

Produit de Cauchy. Les séries et sont absolument convergentes par le a). Leur produit de Cauchy converge donc, et sa somme vaut — c'est l'extension admise du théorème scalaire aux séries matricielles. Son terme général est où , qui porte en haut et en bas, se lit « k parmi n ». On a simplement écrit .

Le binôme, et l'hypothèse de commutation. Si , les deux matrices engendrent une sous-algèbre commutative de , dans laquelle la formule du binôme de Newton est valide. Donc En sommant sur : .

Sans commutation, c'est faux. Prenons qui ne commutent pas : et . Comme , le b) donne et , donc En revanche vérifie , donc et , et en séparant les indices pairs et impairs où est le cosinus hyperbolique et le sinus hyperbolique. Numériquement, le cosinus hyperbolique de vaut et le sinus hyperbolique de vaut , donc L'écart n'est pas un arrondi : il vaut près d'un demi sur chaque coefficient. L'identité est fausse sans commutation.

d) Inversibilité, et une matrice non diagonalisable.

Inversibilité. Les matrices et commutent, puisque . Le c) s'applique donc : et de même en échangeant les rôles. Donc, pour toute , Remarquable : l'exponentielle ne prend jamais de valeur singulière, sans aucune hypothèse sur .

Le bloc de Jordan. Écrivons avec . La matrice est scalaire, donc elle commute avec tout, et en particulier avec . Le c) donne où l'on a utilisé par le b).

Ce que l'exercice installe. Une série de matrices définit une fonction, qui hérite de l'identité scalaire exactement sous l'hypothèse rendant le binôme valide. Le calcul, lui, est général : on décompose avec diagonalisable, nilpotente et — la décomposition du chapitre 2 —, et l'exponentielle se ramène aux deux cas du b). Enfin est un morphisme du groupe additif des réels dans le groupe linéaire, puisque et commutent toujours : c'est le groupe à un paramètre qui résoudra les systèmes différentiels linéaires.

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