Séries vectorielles : ce que la dimension finie autorise
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 5 — Séries numériques et vectorielles · A. Règle de d'Alembert et séries vectorielles
Énoncé
Soient et deux espaces vectoriels normés et une suite de .
1) On suppose de dimension finie et convergente. Redémontrer que converge, en passant par les coordonnées dans une base, puis établir
2) Donner un exemple de suite d'un espace normé de dimension infinie telle que converge sans que converge dans cet espace. (Prendre l'espace des suites réelles nulles à partir d'un certain rang, muni de , et .)
3) Soient et de dimension finie et . Montrer que est absolument convergente dès que l'est, et que .
4) Dans muni de la norme euclidienne, exhiber une série absolument convergente pour laquelle l'inégalité de la question 1 est stricte. Que faudrait-il pour qu'elle soit une égalité ?
Corrigé
Ce qu'on a le droit d'utiliser. Du chapitre 4 : en dimension finie, toutes les normes sont équivalentes — résultat admis, sa démonstration n'étant pas exigible — et toute application linéaire est continue. De la première année : une série réelle absolument convergente converge. Le critère de Cauchy étant hors programme, c'est exactement par les coordonnées qu'il faut passer.
1) Absolue convergence en dimension finie.
Mise en place. Soit une base de et . Introduisons , où les sont les coordonnées de dans cette base : par équivalence des normes, il existe avec .
Chaque suite de coordonnées donne une série absolument convergente. Pour tout et tout , La série convergeant, la série réelle converge par comparaison de séries à termes positifs. Donc est absolument convergente, donc convergente (première année) : notons sa somme.
Retour dans . Posons et , dont les coordonnées sont les . Alors car le maximum d'un nombre fini de suites tendant vers tend vers . Donc : la série converge.
L'inégalité triangulaire, passée à la limite. Pour tout , l'inégalité triangulaire donne la seconde majoration valant parce que la série est à termes positifs, donc de sommes partielles croissantes. La norme étant -lipschitzienne donc continue, , et l'inégalité passe à la limite :
2) En dimension infinie, tout tombe. Soit l'espace des suites réelles nulles à partir d'un certain rang, muni de — ce supremum est atteint, la suite n'ayant qu'un nombre fini de termes non nuls. Notons la suite valant en position et ailleurs, et posons .
La série des normes converge. , donc .
La série ne converge pas dans . La somme partielle est la suite , qui est bien dans . Supposons dans . Pour chaque , l'application « -ième coordonnée » est -lipschitzienne puisque , donc continue : la -ième coordonnée de , qui vaut dès que , tend vers celle de . Donc pour tout , et n'est nulle à partir d'aucun rang : . Contradiction.
La série est donc absolument convergente sans être convergente. L'implication de la question 1 est bien une propriété de la dimension finie, et non une évidence.
3) Une application linéaire passe sous la somme. Soit , avec et de dimension finie. Par le chapitre 4, est continue, et il existe une constante telle que
Absolue convergence. Appliquée à , elle donne , terme général d'une série convergente : converge, et par la question 1 appliquée à , converge.
Égalité des sommes. Par linéarité — une somme finie, pas une série —, . Comme et que est continue, le membre de gauche tend vers et le membre de droite vers :
4) L'inégalité est stricte dès que les directions diffèrent. Prenons dans muni de : La série est trivialement absolument convergente, de somme , et L'inégalité est stricte.
Le cas d'égalité. Pour la norme euclidienne, élever au carré les deux membres de donne : c'est le cas d'égalité de Cauchy-Schwarz avec le bon signe, c'est-à-dire et positivement colinéaires. Par récurrence, l'égalité exige donc que tous les non nuls pointent dans la même direction et le même sens ; dès que deux d'entre eux forment un angle non nul, il y a perte.
Ce que l'exercice installe. « En dimension finie » n'est pas une clause de style : c'est l'hypothèse qui donne d'un coup l'équivalence des normes, la convergence coordonnée par coordonnée et la continuité automatique de toute application linéaire — trois choses qui tombent ensemble en dimension infinie, comme le montre la question 2. Retenir aussi le geste de la question 3 : linéarité sur les sommes partielles, continuité pour passer à la limite — la linéarité seule ne dit rien d'une série.
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