Adloun

Développable, ou seulement de classe ?

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 6 — Suites et séries de fonctions, séries entières · D. Développements en série entière

Énoncé

A. La méthode. Soit et sur .

1) Vérifier que est l'unique solution sur du problème de Cauchy , .

2) Chercher une solution en série entière de rayon : établir , en déduire les et le rayon.

3) Conclure par unicité, et donner le développement pour puis pour .

B. L'obstruction. Soit pour , prolongée par .

4) Montrer que est de classe sur et que pour tout .

5) En déduire que n'est pas développable en série entière en .

6) Énoncer et démontrer le critère qui sauve l'exponentielle, le cosinus et le sinus : si toutes les dérivées de sont majorées sur par une même constante , alors est somme de sa série de Taylor. La réciproque est-elle vraie ?

Corrigé

La stratégie. Être de classe ne suffit pas à être développable : la série de Taylor peut converger vers autre chose. Ce qui décide, c'est le contrôle du reste de Taylor. Et quand on ne sait pas calculer les dérivées, on fait vérifier à une équation différentielle linéaire, on cherche une solution en série entière, et l'unicité du problème de Cauchy conclut — c'est la méthode que le programme exige de savoir mettre en œuvre.

1) Le problème de Cauchy. est de classe sur , de dérivée , donc et . Unicité : l'équation s'écrit , linéaire du premier ordre à coefficient continu sur , donc la solution valant en est unique (théorème de Cauchy linéaire, première année). (Directement : si est solution, la dérivée de vaut , donc ce quotient est constant, égal à .)

2) La solution en série entière. Cherchons de rayon . Sur , la dérivation terme à terme est licite et . L'équation devient où le terme a été récrit . Par unicité des coefficients (exercice 8), on identifie ordre par ordre : Avec , une récurrence immédiate donne

Le rayon. Si , dès que : la série est un polynôme — la formule du binôme — et . Sinon aucun facteur ne s'annule, tous les sont non nuls, et donne par la règle de d'Alembert. Dans les deux cas , ce qu'il fallait.

3) La conclusion, et deux cas remarquables. Notons la somme de la série sur . Elle est de classe , vérifie par construction et : c'est une solution du même problème de Cauchy que . Par unicité (question 1), sur :

Cas . On calcule, pour , le produit valant , soit fois le produit des impairs. En multipliant et divisant par les pairs, , d'où Contrôle : donne ; donne ; donne . On retrouve bien

Cas . Cette fois où se lit « n parmi 2n ». En substituant , il vient la forme qui servira au problème : (Contrôle : donne , donne , conformément à )

4) La fonction dont toutes les dérivées s'annulent.

Sur . Montrons par récurrence qu'il existe un polynôme tel que Pour , . Si la formule vaut au rang , en dérivant le produit et en utilisant et : avec , qui est bien un polynôme. En particulier est de classe sur .

En . Montrons par récurrence que existe et vaut . C'est vrai pour par définition du prolongement. Supposons ; le taux d'accroissement en s'écrit, pour , Posons quand . Si est le degré de , il existe tel que pour , donc l'exponentielle écrasant toute puissance. Donc existe et vaut .

Continuité des dérivées en . La même croissance comparée donne quand : chaque est continue en . Donc est de classe sur , avec toutes ses dérivées nulles en .

5) Elle n'est pas développable. Sa série de Taylor en est : c'est la série nulle, de rayon infini, et de somme la fonction nulle. Or pour tout . La série de Taylor de converge donc partout, mais pas vers : il n'existe aucun voisinage de sur lequel soit somme d'une série entière. Être de classe n'implique pas être développable en série entière.

6) Le critère qui sauve l'exponentielle, le cosinus et le sinus.

L'énoncé. Soit de classe dont toutes les dérivées sont majorées par une même constante : pour tout et tout . Alors est somme de sa série de Taylor en sur tout entier.

La démonstration. Fixons et notons et . La fonction étant de classe sur le segment d'extrémités et , l'inégalité de Taylor-Lagrange à l'ordre donne C'est ici, et uniquement ici, que sert l'hypothèse : le supremum est majoré par quel que soit . Or, à fixé, est le terme général de la série exponentielle , qui converge : son terme général tend vers . Par encadrement, , c'est-à-dire :

Les trois exemples. Pour et , toutes les dérivées valent ou : l'hypothèse tient avec . Pour , l'hypothèse globale est fausse, mais une hypothèse locale suffit et se démontre à l'identique : si pour tout une constante majore toutes les dérivées sur , la même majoration y donne , donc sur — et sur les dérivées de valent .

La réciproque est fausse. Être développable n'impose nullement des dérivées bornées : est de classe sur et développable en série entière, , mais de rayon seulement, et ses dérivées en explosent, , soit , , , pour . Aucune constante ne les majore toutes.

Le point à ne pas manquer. La majoration n'est pas décroissante en : le rapport de deux termes consécutifs vaut , donc la suite croît tant que et ne s'effondre qu'ensuite. Le seuil est , et il peut être arbitrairement grand : la convergence est garantie, mais elle est « en retard » sur — c'est ce qui rend le calcul numérique de par sa série de Taylor si instable.

Ce que l'exercice installe. Deux choses opposées. Une méthode : quand on ne sait pas calculer les dérivées, on fait vérifier à une équation différentielle linéaire, on cherche la solution en série entière par identification, et l'unicité du problème de Cauchy conclut. Et une obstruction : la classe ne suffit pas, ce qui décide étant le contrôle du reste de Taylor. La question 6 renverse alors le point de vue — « être développable » devient la conclusion d'un théorème dont l'hypothèse porte sur les dérivées.

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