Rayon de convergence : comparaisons et séries lacunaires
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 6 — Suites et séries de fonctions, séries entières · C. Rayons de convergence et sommes
Énoncé
Pour une série entière , on note son rayon de convergence.
1) Rappeler la caractérisation du rayon issue du lemme d'Abel : .
2) Montrer que si , alors .
3) Montrer que pour tout , la série (pour ) a le même rayon que .
4) Montrer que si , alors a un rayon infini.
5) Calculer le rayon de et celui de .
Corrigé
La stratégie. Tout découle d'une seule caractérisation : le rayon est le seuil au-delà duquel la suite cesse d'être bornée. C'est une condition très grossière — elle ne voit ni les signes, ni les constantes multiplicatives, ni même les facteurs polynomiaux — et c'est précisément pour cela que les comparaisons marchent.
1) La caractérisation. Le lemme d'Abel dit : si est bornée pour un , alors converge absolument pour . Réciproquement, si la série converge en un , son terme général tend vers et est bornée. L'ensemble des admissibles est donc un intervalle contenant , de supremum exactement : pour convergence absolue, pour divergence grossière.
2) La comparaison. Supposons : il existe et tels que pour . Soit : alors est bornée, disons par , donc pour et les premiers termes forment un ensemble fini : est bornée, donc . Ceci valant pour tout , on obtient .
3) Les facteurs polynomiaux ne déplacent pas le rayon. Notons le rayon de .
. Soit ; choisissons avec . La suite est bornée, par disons. Alors car et la géométrique écrase la puissance. Une suite convergente est bornée, donc . D'où .
. Appliquons ce qu'on vient d'établir à la suite avec l'exposant : le rayon de est supérieur ou égal à , c'est-à-dire .
Donc . (Le terme d'indice , retiré ou ajouté, ne change jamais un rayon : il ne modifie la suite qu'en un rang.)
4) La factorielle envoie le rayon à l'infini. Supposons et fixons avec : la suite est bornée par un . Soit maintenant quelconque. Alors puisque est le terme général de la série exponentielle, convergente pour tout . La suite est donc bornée pour tout , et le rayon vaut .
5) Deux calculs.
La série . D'une part , donc et, par la question 2, le rayon est au moins celui de , qui vaut : .
D'autre part, supposons et prenons avec . Alors est bornée par un , donc , c'est-à-dire . Montrons que c'est impossible. Si , alors , donc . Or Le membre de gauche et le premier terme du membre de droite tendent vers , donc , donc puisque . Contradiction avec . Donc , et .
Conclusion : .
La série lacunaire . Ses coefficients sont si est de la forme , et sinon. La règle de d'Alembert est inapplicable : une infinité de coefficients sont nuls, donc le rapport n'est pas défini. On revient à la définition.
- Pour : comme et , on a , terme général d'une série géométrique convergente. La série converge absolument, donc .
- Pour : , le terme général ne tend pas vers , la série diverge. Donc .
Conclusion : .
Le point délicat. Le rayon se lit sur la bornitude de et sur rien d'autre : multiplier les coefficients par ou par ne le change pas, diviser par l'envoie à l'infini. Et la règle de d'Alembert, commode, n'est ni générale ni nécessaire : dès que les coefficients s'annulent une infinité de fois, il faut revenir au lemme d'Abel.
Ce que l'exercice installe. Trois réflexes : comparer — une domination entre coefficients donne une inégalité entre rayons ; négliger les puissances — ne déplace pas le rayon, l'envoie à l'infini ; et revenir à la définition devant une série lacunaire.
Les autres exercices de ce chapitre Le cours du chapitre
Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.