Adloun

Problème — La formule de Jacobi–Liouville

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 7 — Fonctions vectorielles · A. Dérivabilité et opérations

Énoncé

Soit et, pour , .

1) Montrer que est de classe sur avec . En déduire que est de classe .

2) Montrer, par -linéarité du déterminant par rapport aux colonnes, que est dérivable en de dérivée ; en déduire .

3) Établir , et en déduire pour tout .

4) Résoudre cette équation différentielle avec et conclure : . Contrôler sur trois exemples.

5) Montrer que est inversible d'inverse , en dérivant . En déduire que n'est pas surjective. Et pourtant est l'exponentielle d'une matrice réelle : laquelle ?

6) Soient continue et dérivables vérifiant . On pose . Montrer que , puis que . Appliquer à et énoncer le théorème obtenu.

Corrigé

1) L'exponentielle est de classe . Par définition, ; le coefficient d'indice est , une série entière en , de rayon infini puisque domine la série par . Le théorème de dérivation terme à terme des séries entières donne chaque de classe , avec et tout aussi bien en factorisant à droite, puisque . On retient surtout que commute avec .

Et ? Le déterminant est une fonction polynomiale des coefficients : est une somme de produits de fonctions de classe , donc est de classe , en particulier .

2) La trace est la dérivée du déterminant en l'identité. Notons les colonnes de .

Le cas . Les colonnes de sont , dérivables avec . Le déterminant étant -linéaire en ses colonnes, le théorème de dérivation d'une application multilinéaire donne , une seule colonne étant dérivée à la fois. En , où , cela vaut . Or en décomposant et en utilisant la linéarité par rapport à la -ième colonne, car pour la matrice a deux colonnes égales et son déterminant est nul, tandis que pour on retrouve . En sommant, la dérivée en vaut .

Le cas de . Les colonnes de sont , et la question 1 donne . La même formule multilinéaire donne et en , où donc , on retrouve exactement la somme précédente : .

3) L'équation fonctionnelle, puis l'équation différentielle. Les matrices et commutent (ce sont deux multiples scalaires de ), et le chapitre des séries a établi que pour deux matrices qui commutent. Donc et, le déterminant étant multiplicatif, Fixons et formons le taux d'accroissement, en utilisant : Le point remarquable : on n'a dérivé qu'en un seul point, et l'équation fonctionnelle a propagé l'information partout. C'est le mécanisme général — une fonction qui vérifie et qui est dérivable en est une exponentielle.

4) La résolution. Posons ; alors Une fonction dérivable de dérivée nulle sur l'intervalle est constante : , donc , et en :

Trois contrôles. Pour avec : comme , la série se scinde en parties paire et impaire et donne , la rotation d'angle , de déterminant , tandis que : cohérent. Pour : : cohérent. Pour , nilpotente : , de déterminant , et : cohérent.

5) Les conséquences. L'inversibilité, sans la formule. Posons . Le produit étant bilinéaire, la règle de Leibniz et la question 1 (appliquée à puis à ) donnent où l'on a utilisé la commutation — c'est le seul point délicat : ce n'est pas une commutation générale entre matrices, qui serait fausse, mais celle, démontrée, de avec sa propre exponentielle. Chaque coefficient de est de dérivée nulle sur , donc est constante égale à ; en , et en échangeant les rôles de et (le raisonnement n'a rien supposé sur ), est inversible d'inverse — sans aucune hypothèse : peut être nilpotente, de déterminant nul, non diagonalisable.

La non-surjectivité. Pour réelle, : l'exponentielle ne produit que des matrices de déterminant strictement positif. Or est dans et son déterminant vaut : elle n'est l'exponentielle d'aucune matrice réelle, et n'est pas surjective. Et pourtant en est une : le contrôle de la question 4 donne . Le critère du signe du déterminant est nécessaire, il n'est pas suffisant — et l'on voit pourquoi : un demi-tour est le bout d'un chemin continu de rotations partant de l'identité, alors qu'une symétrie, qui renverse l'orientation, ne l'est pas.

6) La formule de Liouville. Les sont dérivables, donc l'est, et la dérivation d'une application -linéaire donne

Le lemme de la trace. Pour toute matrice et tous vecteurs , Démonstration. Notons le membre de gauche. C'est une application -linéaire : dans chaque terme, chaque argument intervient linéairement, directement ou à travers qui est linéaire. Elle est alternée : si avec , les termes d'indice ont deux colonnes égales et sont nuls, et les deux termes restants se déduisent l'un de l'autre par échange des colonnes et , donc sont opposés et se compensent. Une forme -linéaire alternée sur est proportionnelle au déterminant : , et l'on obtient sur la base canonique, par le calcul de la question 2. (On a démontré le lemme par les formes alternées plutôt qu'en écrivant dans la base des , parce que cette seconde voie supposerait les indépendants — hypothèse dont on ne dispose pas.)

La conclusion. Avec et : , équation scalaire du premier ordre à coefficient cette fois variable. La fonction étant continue, est de classe de dérivée (dérivation de la primitive), et vérifie : est constante égale à , d'où Conséquence essentielle : l'exponentielle ne s'annulant jamais, ou bien est identiquement nul, ou bien il ne s'annule jamais — le wronskien ne peut pas s'annuler par accident en un point isolé.

L'application à l'équation du second ordre. Soient deux solutions de , continue. Posons , dérivable, avec où est de trace nulle. Donc : le wronskien de deux solutions de est constant, quelle que soit . Et s'il est nul ? Si les solutions sont proportionnelles, , les colonnes sont colinéaires et . C'est le critère qui structurera le chapitre des équations différentielles : deux solutions forment une base de l'espace des solutions si et seulement si leur wronskien est non nul en un point, et la formule de Liouville garantit qu'il suffit de le tester en un seul.

Le théorème obtenu — formule de Jacobi–Liouville. Pour toute matrice , . Plus généralement, si est continue et si sont des solutions dérivables de , leur wronskien vérifie , donc : il est ou bien identiquement nul, ou bien partout non nul.

Ce que le problème installe. Trois idées qui dépassent le chapitre. La trace est la dérivée du déterminant en l'identité — d'où le lien entre et par une exponentielle, comme entre un produit et une somme. Une fonction qui vérifie et qui est dérivable en un seul point est une exponentielle : on n'a jamais calculé , on a trouvé l'équation différentielle qu'il vérifie. Et le déterminant se dérive colonne par colonne : c'est de là que sortent toutes les formules de wronskien. Retenir enfin la technique employée quatre fois ici : former , montrer , conclure par « dérivée nulle sur un intervalle ».

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