Produit vectoriel, loi des aires, et l'évaluation
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 7 — Fonctions vectorielles · A. Dérivabilité et opérations
Énoncé
Soient dérivables.
a) Démontrer la règle de dérivation de pour bilinéaire, puis en déduire .
b) On suppose deux fois dérivable et colinéaire à pour tout (force centrale). Montrer que est un vecteur constant.
c) On suppose . Montrer que la trajectoire est plane et interpréter .
d) Soient et dérivables. Montrer que est dérivable, de dérivée . En déduire que si et si est une matrice inversible constante, alors vérifie .
Corrigé
a) La règle de Leibniz bilinéaire. Si est bilinéaire, les trois espaces étant de dimension finie, et si sont dérivables en , alors est dérivable en de dérivée .
Démonstration. On ajoute et retranche le terme mixte , ce qui fait apparaître les deux taux d'accroissement : Quand , le premier argument tend vers , vers par continuité, et est continue parce qu'elle est bilinéaire sur un produit d'espaces de dimension finie — c'est là que l'hypothèse travaille, et elle est indispensable. La limite vaut .
Le produit vectoriel est bilinéaire : . Attention à l'ordre des facteurs : est antisymétrique, on n'a pas le droit d'échanger les arguments.
b) La loi des aires. La fonction est dérivable et Le premier terme est nul par antisymétrie (le produit vectoriel d'un vecteur avec lui-même est nul) ; le second l'est parce que est colinéaire à . Donc sur l'intervalle et, par l'exercice 1 question e), est constant.
c) La trajectoire est plane. Pour tout , le produit mixte donne un déterminant à deux colonnes égales étant nul. Donc est orthogonal au vecteur fixe : la trajectoire est contenue dans le plan vectoriel , déterminé par les conditions initiales puisque .
L'aire balayée. Entre et , le rayon vecteur balaie un triangle de côtés et , d'aire . L'aire balayée par unité de temps est constante : c'est la loi des aires, la deuxième loi de Kepler, et elle ne dépend d'aucune forme particulière de la force — seulement du fait qu'elle est dirigée vers le centre.
d) L'évaluation est bilinéaire. L'application , , est linéaire en à fixé (définition des opérations sur les applications linéaires) et linéaire en à fixé (c'est la linéarité de ) : elle est bilinéaire, sur des espaces de dimension finie. Le a) donne donc où est un endomorphisme qu'on applique au vecteur . Matriciellement, .
Le changement de base. Si et avec constante inversible, alors est l'image de par l'application linéaire constante , donc . Un changement de base constant transforme en : c'est la raison pour laquelle réduire résout les systèmes à coefficients constants. Si dépendait de , il faudrait ajouter le terme — l'hypothèse de constance n'est pas décorative.
Ce que l'exercice installe. Une dérivation bilinéaire fabrique une loi de conservation, et c'est le mécanisme — pas l'exemple — qu'il faut retenir : construire la bonne quantité , la dériver, voir les deux termes s'annuler pour une raison structurelle (antisymétrie, colinéarité, orthogonalité), conclure par « dérivée nulle sur un intervalle ». Le problème final le refera avec le déterminant, et c'est de là que naîtra le wronskien.
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