Adloun

Convergente sans être intégrable

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 8 — Intégration sur un intervalle quelconque · A. Nature et intégrabilité

Énoncé

a) Montrer que se prolonge par continuité en : la borne est un faux problème. Quelle est alors la seule borne généralisée ?

b) Par une intégration par parties sur , montrer que a une limite finie quand : l'intégrale converge.

c) Montrer que , et en déduire que n'est pas intégrable sur .

d) Pourquoi le théorème de comparaison ne s'applique-t-il pas ici ? Quelle hypothèse manque ?

e) Donner un exemple de fonction positive continue sur non intégrable dont l'intégrale converge — ou montrer qu'il n'en existe pas.

Corrigé

Ce que l'exercice veut séparer. Le cours donne deux définitions qu'un débutant confond : l'intégrale converge signifie que a une limite finie en ; est intégrable sur signifie que converge. La seconde implique la première, et l'exercice montre que la réciproque est fausse — sur l'exemple le plus célèbre.

a) La borne est un faux problème. Au voisinage de , , donc quand . La fonction se prolonge par continuité en posant sa valeur à en ; sur elle est alors continue, et est une intégrale ordinaire sur un segment, pas une intégrale généralisée. La seule borne généralisée est , et c'est elle seule qu'il faut étudier. (Réflexe du chapitre : avant toute étude, on identifie les bornes qui posent vraiment problème ; une singularité apparente qui se prolonge par continuité n'en est pas une.)

b) La convergence, par intégration par parties. Sur , les fonctions et sont de classe , d'où Examinons les deux termes qui dépendent de . D'abord . Ensuite , qui est intégrable sur (Riemann, ) : par comparaison de fonctions positives, est intégrable, donc son intégrale converge absolument, donc elle converge. Les deux termes ont une limite finie, donc aussi : Ce que l'intégration par parties a fait. Elle a transformé un intégrande en — trop lent pour être intégrable — en un intégrande en , qui l'est : chaque intégration par parties sur une oscillation gagne une puissance de , parce qu'on primitive la partie oscillante et qu'on dérive la partie lente.

c) La non-intégrabilité, par paquets. Sur avec , on a , donc , et la dernière égalité parce que est -périodique et que . Sommons de à : par la relation de Chasles, la série harmonique divergeant. Les intégrales partielles de , qui sont croissantes, ne sont donc pas majorées : n'est pas intégrable sur .

Conclusion. L'intégrale converge sans que la fonction soit intégrable. C'est le contre-exemple qui sépare définitivement les deux notions.

d) Pourquoi la comparaison ne dit rien. Le théorème de comparaison du cours s'énonce ainsi : si au voisinage de et si est intégrable, alors est intégrable — et l'énoncé avec les équivalents suppose la fonction de référence de signe constant. Ici change de signe une infinité de fois, et surtout : aucun théorème de comparaison ne conclut jamais à la convergence, ils concluent tous à l'intégrabilité. L'hypothèse qui manque n'est donc pas une hypothèse technique, c'est que la conclusion demandée n'est pas de la bonne nature. Pour obtenir une convergence sans intégrabilité, il n'y a que deux outils : le calcul explicite, et l'intégration par parties du b).

e) Une telle fonction n'existe pas. Soit positive et continue sur . La fonction est alors croissante, puisque sa dérivée est positive. Une fonction croissante a une limite finie en si et seulement si elle est majorée. Or : dire que converge, c'est dire que a une limite finie, c'est dire que est majorée, c'est exactement dire que converge, c'est-à-dire que est intégrable. Pour une fonction de signe constant, convergence et intégrabilité sont la même chose — et c'est pourquoi tout le chapitre travaille avec des valeurs absolues : on se ramène systématiquement au cas positif, où les deux notions fusionnent.

Ce que l'exercice installe. Deux définitions, une implication, une réciproque fausse. Retenir que la comparaison, les équivalents, les et les ne servent qu'à prouver l'intégrabilité — jamais la convergence seule —, et qu'ils exigent une référence de signe constant. Retenir aussi les deux techniques de l'exercice : l'intégration par parties qui fabrique la convergence en gagnant une puissance, et la minoration par paquets qui tue l'intégrabilité en faisant apparaître une série divergente. (La valeur de cette intégrale est célèbre, mais l'étude des intégrales semi-convergentes n'est pas un objectif du programme : ce qui compte ici est la séparation des deux notions, pas le calcul.)

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