Intégration sur un intervalle quelconque
Cours complet · mathématiques (MP/MPI), chapitre 8 · MP et MPI (2e année)
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<i class="fa-solid fa-compass mr-2" style="color:#9A563B"></i>8.1 Introduction et motivation
Ce chapitre a trois objectifs :
- définir, dans le cadre des fonctions continues par morceaux, les notions d'intégrale convergente et d'intégrabilité sur un intervalle non compact ;
- donner des outils efficaces de passage à la limite sous l'intégrale — au premier rang desquels le théorème de convergence dominée ;
- compléter l'étude des séries de fonctions (chapitre 6) par celle des intégrales à paramètre.
La technique n'est pas un but en soi : on privilégie les exemples significatifs — transformées intégrales (Fourier, Laplace), intégrales eulériennes (), intégrale de Gauss. Le plan est calqué sur celui des séries (chapitre 5) : définition par les « sommes partielles » , cas des fonctions positives, convergence absolue, théorèmes de comparaison, intégration des relations de comparaison — le lecteur retrouvera systématiquement les réflexes des séries, l'indice étant remplacé par la borne . Les fonctions sont à valeurs dans ( ou ).
Conformément au programme, on évite tout excès de rigueur : dans les calculs concrets (intégration par parties, changement de variable) on ne rappelle pas les hypothèses de régularité, et dans l'application des théorèmes de passage à la limite on vérifie les hypothèses cruciales (convergence simple, domination), sans insister sur la continuité par morceaux en la variable d'intégration.
8.2 Intégrales généralisées en l'infini
Soit continue par morceaux. L'intégrale est dite convergente si la fonction admet une limite finie quand ; cette limite est alors notée ou . Sinon, l'intégrale est dite divergente. On dit aussi que l'intégrale de converge en (la convergence ne dépend pas du choix de , par Chasles).
Riemann en l'infini : pour ,
En effet si (limite finie si et seulement si ), et si . Exponentielle : pour , converge si et seulement si , et vaut alors (calcul direct de ).
Si est continue et d'intégrale convergente, alors est de classe , de dérivée .
Démonstration
: c'est une constante moins une primitive de (chapitre 7), donc une fonction de classe de dérivée .
Soit continue par morceaux. Alors converge si et seulement si est majorée. En cas de divergence, et l'on écrit .
Démonstration
est croissante () : elle admet une limite en , finie si elle est majorée, égale à sinon (théorème de la limite monotone, première année). C'est l'exact analogue des séries à termes positifs : sommes partielles majorées convergence.
Soient continues par morceaux sur avec . Si converge, alors converge (et ). Par contraposée, si alors .
Démonstration
: la fonction croissante est majorée.
L'échelle de Riemann en : la queue de enferme une aire finie si et seulement si
8.3 Intégrabilité en l'infini
est dite intégrable sur si elle est continue par morceaux et si converge. On dit indifféremment « est intégrable sur » ou « l'intégrale converge absolument », ou encore « est intégrable en ». Pour de signe constant, convergence et intégrabilité coïncident.
Pour une fonction positive, un calcul aboutissant à un résultat fini vaut preuve d'intégrabilité : si une suite d'opérations légitimes mène à , l'intégrabilité est acquise — c'est le confort du cadre positif, où tout a un sens dans .
Si est intégrable sur , alors converge, et .
Démonstration
Cas réel : , donc converge par comparaison positive, et a une limite finie comme différence de deux quantités convergentes. Cas complexe : appliquer le cas réel à et , dominées par . L'inégalité s'obtient en passant à la limite dans (chapitre 7).
La réciproque est fausse : converge sans converger absolument (exercice 15 de la banque). Comme pour les séries, l'étude des intégrales semi-convergentes n'est pas un objectif du programme : le cadre de travail est l'intégrabilité.
Soient continues par morceaux sur , à valeurs dans :
- si (a fortiori si ), l'intégrabilité de implique celle de ;
- si , l'intégrabilité de équivaut à celle de .
Démonstration
Si : au-delà d'un , et la comparaison des fonctions positives s'applique sur (le segment ne pose aucun problème, par Chasles). Si alors , donc et .
Pour étudier une intégrabilité en , on cherche un équivalent ou une domination par une fonction de référence : échelle de Riemann , exponentielles . Exemple type : en , donc est intégrable sur — le réflexe « polynôme-croissance comparée » de première année, au service de l'intégrabilité.
8.4 Intégrales généralisées sur un intervalle quelconque
Soit continue par morceaux sur ( ou ). L'intégrale converge en si a une limite finie quand ; définition analogue sur (convergence en ). Sur un intervalle ouvert , on fixe : l'intégrale converge si les deux intégrales et convergent, et l'on pose (indépendant de ). Pour d'intégrale divergente, on écrit encore , et un calcul aboutissant à un résultat fini vaut preuve de convergence.
Les faux problèmes. Si est continue sur ( fini) et prolongeable par continuité en , l'intégrale n'a rien de généralisé : c'est une intégrale ordinaire déguisée. Exemples : en (limite ), en (limite ). Le premier réflexe devant est d'identifier les bornes réellement problématiques : celles où n'est pas bornée ou l'intervalle pas borné.
Aucune singularité en : est une intégrale ordinaire déguisée
Pour et réels :
(Calcul direct comme en : pour .) Retenir le miroir : en , Riemann converge pour ; en une borne finie, pour — et diverge des deux côtés (). En particulier ne converge pour aucun .
Le miroir de Riemann en borne finie : converge si et seulement si — la fonction explose, l'aire peut rester finie
Sur un intervalle d'extrémités (finies ou non), les intégrales convergentes vérifient : linéarité (), positivité (), croissance (), et relation de Chasles ().
Soient de classe sur . Si le produit admet des limites finies en et en , alors les intégrales et sont de même nature, et en cas de convergence :
où désigne la différence des limites. (En pratique, on ne rappelle pas les hypothèses de régularité — mais on vérifie toujours l'existence des limites du crochet.)
Démonstration
Sur tout segment : (chapitre 7). Quand et , le crochet a une limite finie par hypothèse : l'un des deux membres a donc une limite finie si et seulement si l'autre en a une, et les limites se correspondent.
Soient continue sur et bijective, strictement croissante et de classe . Les intégrales
sont de même nature, et égales en cas de convergence. Si est strictement décroissante, le résultat subsiste en échangeant les bornes (d'où un signe). On applique ce résultat sans justification dans les cas de changements de variable usuels.
8.5 Fonctions intégrables sur un intervalle quelconque
est intégrable sur si elle est continue par morceaux et si converge (convergence absolue ; « intégrable en », « en » : au voisinage de la borne). La convergence absolue implique la convergence, et l'on dispose de l'inégalité triangulaire . L'ensemble des fonctions intégrables de dans est un espace vectoriel (inégalité et comparaison), et y est une forme linéaire. Notation : .
Si est continue, positive et intégrable sur , et si , alors est identiquement nulle.
Démonstration
Pour tout segment : (positivité et croissance). Le résultat de première année (fonction continue positive d'intégrale nulle sur un segment) donne sur , donc sur tout entier en faisant varier le segment.
Ce théorème dit exactement que est une norme sur l'espace des fonctions continues intégrables sur — la norme de la moyenne du chapitre 4, étendue aux intervalles quelconques. (Sur les fonctions continues par morceaux, l'axiome de séparation échoue : une fonction nulle sauf en un point a une « norme » nulle.)
Le théorème de comparaison (, , ) s'adapte en toute borne : si au voisinage de , l'intégrabilité de en implique celle de ; si en , elles sont simultanément intégrables en . Enfin, est intégrable en (resp. en , finies) si et seulement si (resp. ) est intégrable en — on ramène toute borne finie à par translation ou symétrie.
Étude de : deux bornes problématiques. En : , Riemann , intégrable. En : , intégrable. Conclusion : l'intégrale converge (c'est , voir exercices 8 et 10).
8.6 Intégration des relations de comparaison
Soient continue par morceaux à valeurs dans et continue par morceaux positive au voisinage de (la fonction de référence est réelle de signe constant).
- Cas convergent (si est intégrable en ) — les restes se comparent :
(dans les deux premiers cas, est de plus intégrable en ).
- Cas divergent (si ) — les intégrales partielles se comparent :
Démonstration
Montrons le cas , intégrable en (les autres se traitent de même). Pour , il existe tel que au-delà de . Pour :
ce qui est la définition de (le quotient tend vers ). C'est le décalque exact de la sommation des relations de comparaison du chapitre 5 — restes pour le cas convergent, sommes partielles pour le cas divergent.
en : une intégration par parties donne , et donne, par intégration des restes, un second terme négligeable. Le couple « IPP + intégration des comparaisons » est la machine à équivalents de restes (exercices 31 et 33).
8.7 Le théorème de convergence dominée
Soit une suite de fonctions continues par morceaux de dans telle que :
- (convergence simple) converge simplement sur vers une fonction continue par morceaux ;
- (domination) il existe positive, intégrable sur , indépendante de telle que pour tout .
Alors les et sont intégrables sur , et
La démonstration est hors programme. Extension : l'énoncé vaut pour une famille à paramètre réel ( intervalle, borne ou point de ), avec les mêmes hypothèses.
En pratique on vérifie (1) la convergence simple (limite à fixé) et (2) la domination par une intégrable indépendante de — sans expliciter la continuité par morceaux en . Toute la difficulté est dans la chasse à : majorer brutalement en faisant disparaître , en découpant l'intervalle si nécessaire.
La domination : toutes les vivent sous un même chapeau intégrable — aucune masse ne peut fuir
Limite de . Convergence simple : à fixé, si , si (et en , sans influence) : la limite simple est , continue par morceaux. Domination : pour , sur et sur (car ) : la fonction est intégrable et indépendante de . Donc .
Sans domination, tout peut arriver : la bosse glissante sur converge simplement vers , mais (exercice 23 de la banque : aucune intégrable ne peut dominer toutes les ). L'hypothèse de domination n'est pas une formalité : c'est elle qui interdit à la masse de s'échapper — écho direct de la bosse glissante du chapitre 6.
La bosse glissante : convergence simple vers , mais chaque aire vaut ; toute dominante doit majorer l'enveloppe , tangente à chaque bosse en
8.8 Intégration terme à terme
Soit une suite de fonctions continues par morceaux et intégrables sur , à valeurs dans , telle que converge simplement sur et que sa somme soit continue par morceaux. Alors, dans :
En particulier, l'intégrabilité de équivaut à . (Démonstration hors programme.)
Soit une suite de fonctions continues par morceaux et intégrables sur , à valeurs dans , telle que converge simplement sur vers une somme continue par morceaux, et que
Alors est intégrable sur et . (Démonstration hors programme.)
Le réflexe : positif premier théorème, tout est permis dans ; signes variables vérifier la condition de sommabilité . Quand celle-ci échoue (séries alternées typiquement), tout n'est pas perdu : on applique la convergence dominée aux sommes partielles , souvent bornées par une fonction intégrable fixe — c'est l'exercice 9, où mais où l'échange est pourtant justifié. Le parallèle avec les familles sommables est complet : « positif : tout marche ; sommable : tout marche ; sinon : prudence ».
8.9 Intégrales à paramètre
Soient une partie d'un espace normé de dimension finie, un intervalle de et telle que :
- pour tout , est continue sur ;
- pour tout , est continue par morceaux sur ;
- (domination) il existe intégrable sur telle que pour tout .
Alors est définie et continue sur .
Démonstration
Caractérisation séquentielle (chapitre 4) : si dans , la suite converge simplement vers (continuité en la première variable) et est dominée par : la convergence dominée donne .
Soient et deux intervalles de et telle que :
- pour tout , est de classe sur ;
- pour tout , est intégrable sur ;
- pour tout , est continue par morceaux sur ;
- (domination de la dérivée) il existe positive intégrable sur telle que pour tout .
Alors est de classe sur et l'on dérive sous l'intégrale :
Extension : sous domination de et intégrabilité des pour , la fonction est de classe et .
Démonstration
Esquisse : pour (), le taux . À fixé, le taux intérieur tend vers , et l'inégalité des accroissements finis (chapitre 7) appliquée à le domine par : la convergence dominée conclut, et la continuité de vient du théorème précédent.
La domination globale sur est souvent fausse ou pénible. Mais la continuité et la dérivabilité sont des propriétés locales : il suffit de vérifier la domination sur tout segment (ou sur des intervalles adaptés), avec une qui peut dépendre du segment. C'est l'exact analogue du réflexe « convergence normale sur tout segment » du chapitre 6 — voir la fonction (exercice 8).