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Le cas positif, la roue de secours, et le rêve de l'étudiant

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 8 — Intégration sur un intervalle quelconque · C. Convergence dominée et intégration terme à terme

Énoncé

a) Montrer que , dont la valeur est admise.

b) Justifier l'échange , bien que le théorème d'intégration terme à terme ne s'applique pas, et en déduire .

c) (Le « rêve de l'étudiant ».) Montrer que .

Corrigé

Les deux théorèmes, et le réflexe. Le cours en donne deux. Cas positif : si les sont continues par morceaux, positives, intégrables sur , si converge simplement et si sa somme est continue par morceaux, alors dans — sans aucune autre vérification. Cas des signes variables : il faut de plus . D'où le réflexe : positif, tout est permis ; signes variables, on vérifie la sommabilité — et si elle échoue, on passe à la roue de secours du b).

a) L'intégrale de Planck, cas positif.

Nature. En , donc : faux problème. En , : intégrable. L'intégrale converge.

Le développement. Pour , on a , donc la série géométrique de raison converge et

L'échange. Les fonctions sont continues, positives et intégrables sur ; la série converge simplement, de somme , continue. Le théorème du cas positif s'applique immédiatement. Reste à calculer chaque terme : avec , puisque (intégration par parties, ou ). D'où (C'est l'intégrale du rayonnement du corps noir de Planck : le cadre positif a rendu l'échange gratuit.)

b) Quand la sommabilité échoue. Ici sur , de somme . Calculons ce que le théorème demanderait : L'hypothèse de sommabilité est en défaut : le théorème ne s'applique pas. On ne peut ni l'invoquer, ni conclure qu'il est faux — il faut un autre chemin.

La roue de secours : dominer les sommes partielles. Posons . Comme somme géométrique de raison , et surtout majoration indépendante de par une constante, qui est intégrable sur le segment . Le théorème de convergence dominée s'applique donc à la suite : L'échange est donc justifié, et .

Ce qu'il faut retenir de ce détour. Intégrer terme à terme, c'est échanger une limite et une intégrale ; le théorème du cours n'est qu'une manière commode de le faire. Quand diverge, on revient aux sommes partielles et on leur applique la convergence dominée — c'est la voie officielle, et elle marche ici parce que les sommes partielles d'une série alternée sont bornées, alors que la somme des valeurs absolues ne l'est pas.

c) Le rêve de l'étudiant. On veut — une identité entre une intégrale et une série dont les termes ont exactement la même forme, d'où son surnom.

Le développement. Pour , et chaque terme est positif, car sur . La somme, , se prolonge par continuité en (avec la valeur , puisque ) et en : elle est continue sur . Le théorème du cas positif s'applique.

Le terme général. Calculons par le changement de variable , bijection de classe strictement décroissante de sur , avec : la dernière égalité par le changement , qui ramène à .

La somme. En divisant par et en sommant :

Contrôle numérique. La série vaut , et le calcul numérique direct de l'intégrale donne la même valeur à douze décimales. Les deux premiers termes donnent déjà : la convergence est extrêmement rapide, puisque décroît plus vite que toute exponentielle.

Ce que l'exercice installe. Un réflexe en deux branches : positif on échange, sans rien vérifier d'autre ; signes variables on contrôle , et si cette somme diverge, on domine les sommes partielles. Retenir aussi les deux développements qui reviennent sans cesse : la série géométrique , qui transforme une fraction en série d'exponentielles, et la série exponentielle, qui transforme en série de puissances-logarithmes. Enfin, l'intégrale est la brique de calcul universelle du chapitre — c'est , qui arrive à l'exercice 8.

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