Aucune probabilité uniforme sur
Exercice de TD · niveau 2 · mathématiques (MP/MPI), chapitre 9 — Variables aléatoires discrètes · A. Dénombrabilité et espaces probabilisés
Énoncé
a) Montrer qu'une probabilité sur est entièrement déterminée par la famille de ses masses , et que la seule contrainte est .
b) En déduire qu'il n'existe aucune probabilité uniforme sur .
c) Existe-t-il une probabilité sur dont les masses soient proportionnelles à ? Énoncer le critère général, et donner un exemple de poids qui convient.
d) Où, exactement, la -additivité intervient-elle ? Pourquoi ne peut-on pas « faire tendre vers l'infini » dans la probabilité uniforme sur ?
Corrigé
La stratégie. Tout se joue sur la nature d'une seule série. La question « existe-t-il une telle probabilité ? » devient, pour chaque famille de poids proposée, une question de convergence — et c'est là que l'infini dénombrable se sépare du fini.
a) Une probabilité sur est exactement une distribution de masses. Les singletons sont deux à deux disjoints et leur réunion, dénombrable, est tout entier. La -additivité donne donc Et pour toute partie de , la même -additivité donne : la probabilité est déterminée par ses masses. Réciproquement, le cours établit que toute famille de réels positifs de somme définit une unique probabilité sur . La correspondance est parfaite : probabilité sur un univers dénombrable famille positive de somme .
b) L'uniforme n'existe pas. Supposons pour tout , avec constante. Le a) impose . Or les sommes partielles valent :
- si , elles sont toutes nulles et la somme vaut ;
- si , elles tendent vers et la somme vaut .
Aucune valeur de ne convient : il n'existe pas de probabilité uniforme sur , ni sur aucun univers infini dénombrable, puisque le raisonnement ne dépend que de la dénombrabilité.
c) Le critère général. Supposons sur , avec . Alors , et la série harmonique diverge : la somme vaut si et si , jamais . Impossible également.
Le critère qui contient les deux cas : soit une famille de réels positifs ; il existe une probabilité de masses proportionnelles aux si et seulement si et la constante de normalisation est alors , unique. Les poids et échouent tous deux par divergence ; en revanche convient, puisque : la loi de masses est une probabilité sur . La frontière est exactement l'exposant de Riemann.
Contrôle. et : leur produit vaut . Et l'on mesure la lenteur de la divergence harmonique — la somme des jusqu'à un milliard vaut environ — sans que cela change rien : aucune borne, donc aucune normalisation possible.
d) Le point délicat — c'est la -additivité, pas l'additivité finie. Sur , l'équiprobabilité existe parfaitement, avec ; il n'y a aucune contradiction, parce qu'il n'y a qu'un nombre fini de singletons à réunir. C'est en passant à une réunion dénombrable que la contrainte apparaît.
Et faire tendre vers l'infini ne construit rien : à fixé, , et la limite des masses est la famille identiquement nulle, qui n'est pas une probabilité. La masse « fuit à l'infini », et c'est précisément ce que la -additivité interdit. (Il existe bien des fonctions d'ensembles « uniformes » sur — la densité asymptotique —, mais elles ne sont définies que sur une partie de et ne sont pas -additives : ce ne sont pas des probabilités au sens du cours.)
Ce que l'exercice installe. « Tirer un entier au hasard uniformément » n'a aucun sens : la phrase, pourtant courante, ne désigne aucun objet mathématique. Toute probabilité sur un univers infini dénombrable est nécessairement non uniforme, et même beaucoup plus : puisque converge, pour tout il existe une partie finie portant une masse au moins . Une loi discrète est toujours essentiellement concentrée sur un ensemble fini — ce qui explique structurellement pourquoi les lois usuelles du chapitre, géométrique et Poisson, décroissent : elles n'ont pas le choix.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.