Le collectionneur de coupons
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 9 — Variables aléatoires discrètes · C. Espérance, variance et covariance
Énoncé
Chaque paquet contient une image choisie uniformément parmi , indépendamment des autres paquets. Soit le nombre de paquets nécessaires pour obtenir les images.
a) Décomposer en une somme de temps d'attente, et donner la loi de chacun.
b) En déduire où , puis un équivalent. Application numérique pour .
c) Montrer que .
d) En déduire une majoration de , et la commenter.
Corrigé
La stratégie. Chercher la loi de serait une faute de méthode : elle fait intervenir une formule d'inclusion-exclusion pénible, et elle est inutile. On découpe l'attente totale en attentes successives, chacune de loi connue, et l'espérance tombe par linéarité — qui ne demande aucune indépendance.
a) Le découpage. Notons le nombre de paquets ouverts pour passer de images distinctes à images distinctes, de sorte que Quand on possède déjà images, chaque nouveau paquet apporte une image nouvelle si et seulement si il tombe sur l'une des images manquantes, ce qui a lieu avec probabilité indépendamment des paquets précédents et quelles que soient les images déjà possédées — c'est ici que sert l'uniformité et l'indépendance des paquets. On attend donc un premier succès dans une suite d'épreuves indépendantes de même paramètre : (En particulier : le premier paquet apporte toujours une image nouvelle, et .)
b) L'espérance. Par linéarité de l'espérance — et sans aucune hypothèse d'indépendance des , ce que la linéarité n'exige jamais : où l'on a posé , qui parcourt quand parcourt . Comme (chapitre des séries),
Application. Pour vignettes : , donc , soit environ paquets. Le détail est éloquent : la dernière image coûte à elle seule paquets en moyenne, l'avant-dernière — les deux dernières images coûtent un tiers du total, alors que les vingt-cinq premières n'en coûtent qu'une trentaine.
c) La variance. Les variables sont indépendantes : chaque attente ne dépend que des paquets ouverts après l'obtention de la -ième image nouvelle, et la probabilité de succès n'y dépend que du nombre d'images déjà obtenues, jamais de lesquelles ni du temps mis à les obtenir. (Ce point se démontre en écrivant la loi conjointe des , qui se factorise ; nous l'admettons ici.) La variance est donc additive : Avec et : d'où L'écart-type est donc au plus — de l'ordre de , alors que la moyenne est de l'ordre de : la fluctuation est négligeable devant la moyenne dès que est grand.
d) La concentration. L'inégalité de Bienaymé-Tchebychev, appliquée à avec l'écart , donne Autrement dit : le nombre de paquets nécessaires est, avec une probabilité qui tend vers , proche de à un facteur près. Ce n'est pas seulement une moyenne : c'est une garantie sur le comportement typique. (La décroissance en est lente, parce que Bienaymé-Tchebychev est une inégalité grossière ; la vraie concentration est bien meilleure, mais elle demande des inégalités exponentielles hors programme.)
Ce que l'exercice installe. Le schéma « découper une durée d'attente en somme de temps d'attente géométriques, puis sommer par linéarité » est l'un des plus rentables du chapitre : il donne l'espérance sans jamais chercher la loi. Retenir la séparation des rôles : la linéarité de l'espérance n'exige rien, la variance, elle, exige l'indépendance (ou le calcul des covariances — c'est l'exercice suivant). Et retenir l'ordre de grandeur , qui gouverne aussi le temps de couverture d'un graphe par une marche aléatoire et le remplissage d'une table de hachage.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.