Les points fixes d'une permutation aléatoire
Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 9 — Variables aléatoires discrètes · C. Espérance, variance et covariance
Énoncé
On tire une permutation uniformément dans , et l'on note son nombre de points fixes.
a) Écrire comme une somme d'indicatrices et calculer .
b) Calculer pour , puis la covariance des deux indicatrices. Sont-elles indépendantes ?
c) En déduire . Pour quelles valeurs de le résultat est-il valable ?
d) Qu'obtiendrait-on en oubliant les covariances ? Vérifier le résultat à la main pour .
Corrigé
La stratégie. Ne jamais chercher la loi de : elle fait intervenir les dérangements et une formule d'inclusion-exclusion. On écrit comme un compteur, c'est-à-dire une somme d'indicatrices : l'espérance tombe par linéarité, et la variance ne demande que les probabilités d'intersections deux à deux.
a) Les indicatrices et l'espérance. Posons pour , de sorte que Les permutations fixant sont en bijection avec les permutations de l'ensemble à éléments restant : il y en a . Donc et par linéarité Une permutation aléatoire a en moyenne exactement un point fixe, quelle que soit sa taille — ce qui est déjà surprenant : ni , ni , mais , pour comme pour .
b) Les covariances. Soient , ce qui suppose . Les permutations fixant et sont au nombre de , donc Comme , il vient Elle est strictement positive : savoir que est fixe augmente légèrement la chance que le soit, puisqu'il reste une place de moins où envoyer ailleurs. Les indicatrices ne sont donc pas indépendantes, et la variance n'est pas simplement additive.
c) La variance. Chaque étant de Bernoulli de paramètre , sa variance vaut . La formule de la variance d'une somme, avec couples — donc après le facteur —, donne c'est-à-dire Les deux se compensent exactement : c'est le terme de covariance, souvent oublié, qui restaure la valeur .
Le cas de bord. Le calcul du b) suppose l'existence d'un couple , donc . Pour , il n'y a qu'une permutation et est constante : mais , et l'égalité est fausse. L'énoncé est à lire pour .
d) L'erreur invisible, et la vérification à la main. En oubliant les covariances, on écrirait : un résultat presque juste — il tend vers — mais faux pour tout fini, et l'erreur est indétectable à l'œil nu.
Vérifions donc pour , en énumérant les permutations : l'identité a points fixes, les transpositions en ont chacune, les cycles d'ordre n'en ont aucun. Donc d'où . C'est bien , et non : la formule sans covariances est fausse, et l'énumération le prouve.
Ce que l'exercice installe. Écrire un compteur comme une somme d'indicatrices est la méthode la plus rentable du chapitre : l'espérance tombe par linéarité sans jamais chercher la loi, et la variance ne demande que les probabilités d'intersections deux à deux. Elle s'applique telle quelle aux montées d'une permutation, aux collisions dans une table de hachage, aux triangles d'un graphe aléatoire — et le programme demande explicitement de faire travailler les élèves « sur divers objets aléatoires : permutations, graphes, matrices ». Plus profondément, est la signature de la loi de Poisson de paramètre , pour laquelle moyenne et variance coïncident ; et le calcul des dérangements de première année donne , dont la valeur approche dès : un battage de cartes ne laisse aucune carte à sa place un peu plus d'une fois sur trois, et ce nombre ne dépend pratiquement pas de la taille du jeu.
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Un blocage sur cet exercice ? Le tuteur d'Adloun guide par questions, sans donner la réponse.