Adloun

Problème — Le processus de Galton–Watson et le critère d'extinction

Exercice de TD · niveau 3 (difficile) · mathématiques (MP/MPI), chapitre 9 — Variables aléatoires discrètes · E. Fonctions génératrices

Énoncé

Une population évolue par générations. À la génération , un seul individu : . Chaque individu de la génération donne naissance, indépendamment de tous les autres et de tout le passé, à un nombre d'enfants de loi fixée sur . On note l'effectif de la génération , une variable de loi , sa fonction génératrice et le nombre moyen d'enfants. Formellement, où les sont indépendantes de loi et indépendantes de , avec si . On suppose , pour écarter le cas où chaque individu a exactement un enfant.

1) Montrer que , puis que (composée de avec elle-même fois).

2) On suppose . Montrer que .

3) On pose et , l'événement « la population s'éteint ». Montrer que la suite d'événements est croissante, que avec , et que . En déduire que est un point fixe de .

4) Montrer que est croissante et convexe sur , avec et une pente en égale à . En déduire que sur si , et que admet un unique point fixe si .

5) Montrer que est le plus petit point fixe de dans , et conclure. Énoncer le théorème obtenu.

6) Contrôle : on prend . Calculer , et , et commenter.

Corrigé

1) La composition itérée. À la génération , l'effectif est une somme d'un nombre aléatoire de variables indépendantes de même loi , indépendantes de : c'est exactement la situation de l'exercice 9, avec . Donc Comme presque sûrement, : c'est l'identité. Une récurrence immédiate donne alors , puis Toute l'évolution de la population est contenue dans l'itération d'une seule fonction — c'est le fait central du problème, et il transforme une question de probabilités en une question de suite récurrente.

Une conséquence utile : la composition étant associative, , donc on a aussi — c'est cette seconde écriture qui servira au 3).

2) L'effectif moyen. La formule de Wald (exercice 9), appliquée à , donne à condition que soit d'espérance finie — ce qu'une récurrence établit en même temps que le résultat. Avec , la suite est géométrique de raison : La population moyenne croît géométriquement si , décroît si , et reste constante si . On pressent déjà le rôle du seuil — mais attention, la moyenne ne dit pas tout, et la question 6 montrera qu'une moyenne constante est compatible avec une extinction certaine.

3) La suite des probabilités d'extinction.

La croissance des événements. Si la population est éteinte à la génération , elle l'est à toutes les suivantes : entraîne par définition. Donc et la suite d'événements est croissante, de réunion .

La récurrence. Par définition d'une fonction génératrice, . En utilisant : avec puisque .

Le passage à la limite. La continuité croissante d'une probabilité donne (Au passage, est croissante et majorée par : la limite existe indépendamment de cet argument, mais c'est la continuité croissante qui l'identifie à la probabilité d'extinction.)

Enfin, est continue sur : c'est une série entière à coefficients positifs de somme , donc de rayon au moins , et elle converge normalement sur — le cours l'énonce explicitement. En passant à la limite dans : La probabilité d'extinction est un point fixe de la fonction génératrice. Reste à savoir lequel, car en est toujours un.

4) La géométrie de sur . Écrivons avec et — d'où .

Croissance et convexité. Sur , la dérivation terme à terme d'une série entière (chapitre 6) donne est croissante et convexe sur , la continuité en prolongeant ces propriétés au segment fermé.

La pente en . Le cours donne l'équivalence : est d'espérance finie si et seulement si est dérivable en , et alors . Si , la pente à gauche en est infinie ; dans les deux cas, on notera cette pente.

Cas . Posons , convexe sur , avec et . La convexité rend croissante, donc pour : est décroissante sur , d'où , c'est-à-dire .

L'inégalité est stricte sur . En effet, si pour un , la décroissance de et forceraient sur , donc sur un intervalle non trivial ; en dérivant deux fois, sur cet intervalle, ce qui impose pour tout , puis , soit et — c'est-à-dire , exclu par hypothèse. Donc (C'est précisément ici que sert l'hypothèse : sans elle, serait l'identité et tout point serait fixe.)

Cas . Alors : est strictement croissante au voisinage à gauche de , donc pour assez proche de . Par ailleurs .

Dans les deux cas il y a au moins un point fixe dans . Il y en a au plus un : impose qu'un avec soit non nul — sinon serait affine avec , donc de pente —, si bien que sur et que est strictement convexe ; or une fonction strictement convexe s'annule au plus deux fois, et est déjà un zéro. D'où

5) est le plus petit point fixe. Soit tel que . Montrons par récurrence que pour tout : c'est vrai pour ; et si , la croissance de donne En passant à la limite, . Comme est lui-même un point fixe (question 3), est le plus petit point fixe de dans .

La conclusion. Si , la question 4 montre que sur : il n'y a aucun point fixe dans , donc le seul point fixe de est , et . Si , les points fixes sont et , et le plus petit est , donc . D'où l'énoncé :

Le théorème obtenu — critère d'extinction de Galton–Watson. Soit une population dont chaque individu a, indépendamment des autres, un nombre d'enfants de loi , avec , et soit le nombre moyen d'enfants. Alors l'extinction est presque sûre si et seulement si . Lorsque , la probabilité d'extinction est l'unique point fixe de dans .

Le point délicat — le cas critique est du côté de l'extinction. L'intuition placerait spontanément le cas du côté de la survie, puisque chaque individu se remplace en moyenne exactement. C'est faux, et c'est tout l'intérêt du théorème : la population s'éteint presque sûrement. La question suivante le vérifie sur un exemple.

6) Le contrôle, dans le cas critique. Avec : Les points fixes : équivaut à , c'est-à-dire , dont est racine double : le seul point fixe dans est . Donc : l'extinction est certaine, au sens presque sûr.

Le commentaire. Et pourtant pour tout : l'effectif moyen ne bouge pas, alors que la population disparaît presque sûrement. Il n'y a pas de contradiction : la moyenne est portée par des événements de plus en plus rares où la population est de plus en plus grande. On peut le voir sur la suite , qui vaut ; ; ; ; puis au rang et au rang : elle monte vers , mais très lentement — on montre qu'elle se comporte comme . À la génération , une population sur douze survit encore, et son effectif conditionnel moyen vaut alors environ .

Ce que le problème installe. Trois idées. Itérer une génératrice : toute l'évolution d'un processus de branchement est l'itération d'une seule fonction, et la question probabiliste devient une question de suite récurrente . La continuité croissante transforme une réunion dénombrable en limite : c'est elle qui donne un sens à « la population s'éteint » sans jamais parler de convergence de variables aléatoires. Et le plus petit point fixe est celui qui compte : la suite partant de et étant croissante, elle ne peut dépasser aucun point fixe — un argument qu'on retrouve dans toute la théorie des points fixes d'applications croissantes. Retenir enfin le seuil et sa surprise : donne l'extinction certaine, cas critique compris, alors que l'effectif moyen y reste constant.

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